COMITE VALMY

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Les sanctions américaines vont-elles ouvrir
l’époque du "patriotisme économique" en Russie ?
par Karine Bechet-Golovko

mercredi 27 juin 2018, par Comité Valmy


Les sanctions américaines vont-elles ouvrir
l’époque du "patriotisme économique" en Russie ?

Les sanctions que les Etats-Unis et l’Europe ont adoptées contre la Russie ont produit des effets intéressants, par forcément attendus par leurs auteurs. Au-delà de l’obligation faite au Gouvernement russe de s’occuper non pas seulement de l’achat pour revente, mais également de la production intérieure, il semblerait que le grand business se souvienne de sa patrie - et pense même à rapatrier ses actifs. C’est en tout cas ce qui se dit autour de l’oligarque Deripaska, tombé sous sanctions, qui a demandé l’aide de l’Etat.

La dernière vague de sanctions américaines a touché l’oligarchie russe, rendant tout à coup ces mesures beaucoup plus ... sensibles. Même si elles sont paradoxalement indolores pour les simples citoyens.

L’histoire est somme toute assez banale. Deripaska, oligarque à la tête de En + Group (géant de l’aluminium, métallurgie, etc) tombe sous sanctions le 6 avril. Pour que les sanctions soient levées contre le groupe, les Etats-Unis exigent que l’oligarque dit "pro-Poutine" en perde le contrôle et en quitte la direction.

Deripaska, très obéissant face à ses "chefs", se plie aux conditions. Ses parts dans la compagnie passent de 65% à 48% et il accepte le principe d’en quitter la direction pour la remettre entre les mains d’une "majorité indépendante". Pour sa part, la compagnie a rapidement déclaré tout mettre en oeuvre pour tenir compte des sanctions adoptées par le Département du Trésor américain afin de "protéger les intérêts de leurs investisseurs".

Bref, et la compagnie et l’oligarque se sont immédiatement pliés aux injonctions du Trésor américain. Mais cela n’a pas suffi et ni l’un ni l’autre ne furent retirés de la liste des sanctions. Car les sanctions n’ont rien à voir avec une quelconque "responsabilité russe" pour des faits qui n’ont pas été prouvés, elles sont un instrument de défense du marché américain. L’on voit ici l’opposition entre la politique et l’économie.

Les conséquences ne se sont pas faites attendre : la compagnie estimerait que finalement il serait possible de rapatrier les actifs en Russie (ils se trouvent actuellement dans l’Ile de Jersey), les conditions pour le business sont soudainement devenues bonnes en Russie.

Pourquoi ce soudain "patriotisme économique" ? Après l’annonce des sanctions, du retrait de Deripaska, les actions du Groupe En + ont baissé de 20% à la bourse de Moscou, et ont également chuté sur les places boursières internationales. Si la compagnie a pu régler certains problèmes, beaucoup restent en suspens.

Ne voyant finalement pas de sortie de crise avec les Etats-Unis, le groupe s’est tourné vers le Gouvernement russe pour demander de l’aide. Une aide qui se traduirait, selon certains, par une augmentation des tarifs de l’énergie électrique pour les particuliers, notamment dans l’Extrême-Orient, de 12%.

Ce sera au Gouvernement de faire son choix de "patriotisme". Même si ici, en tout cas, pour la compagnie, le patriotisme n’a strictement rien à voir. Quant à la politique américaine, elle démontre sur ce point son impasse. Politiquement, le but de ces mesures est de provoquer une rupture entre les oligarques qui soutiennent le Président russe et le pouvoir en leur montrant qui tire les rênes du pouvoir économique mondial. Or, ces compagnies sont des éléments de la mondialisation, et en tant que tels sont sorties de la sphère d’influence strictement nationale. Or, pour que cela fonctionne, les Etats-Unis seraient obligés de lever les sanctions lorsque ces compagnies se plient aux règles du jeu, ce qu’elles font par ailleurs instinctivement. Mais les intérêts économiques américains vont à l’encontre de ces intérêts stratégiques géopolitiques et rendent, sur ce plan, ces sanctions contre-productives. Puisqu’elles provoquent, au contraire, un mouvement de retour des actifs, ce qui est par abus de langage appelé "patriotisme économique".

Karine Bechet-Golovko
mardi 26 juin 2018

Russie politics


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