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Relations US Russie : le fil rouge des généraux par Hélène Nouaille

vendredi 31 octobre 2008, par Comité Valmy


Commençons avec une histoire (suisse) : “ Jamais je n’oublierai le film que j’ai vu il y a des années lors d’un séminaire sur la finance comportementale (behavioral finance). Deux équipes, l’une en blanc, l’autre en noir, tentaient mutuellement de se subtiliser une balle de basket blanche. Les participants au séminaire avaient pour tâche de compter les touchers de balle de l’équipe en blanc. Alors que chacun était plongé dans ses comptes, un gorille noir de la taille d’un homme adulte apparaissait à l’écran pendant une minute environ, souriant aimablement à la caméra. A la fin, les spectateurs savaient certes combien de fois la balle avait été touchée par l’équipe en blanc, mais personne n’avait remarqué le gorille ” (1).

Au lendemain du 4 novembre, certainement aurons nous eu le détail de la course à la Maison Blanche. Péripéties qui n’auront plus la moindre importance. Mais quelle que soit l’équipe gagnante, s’ouvrira une période de transition longue de deux mois et demi, exactement onze semaines, jusqu’à la prestation de serment du vainqueur, le 20 janvier 2009 – avant la période d’installation, elle aussi incertaine. “ Nous serons tous en état d’alerte élevé car historiquement, nos ennemis ont parfois tenté de nous attaquer pendant ces transitions, avant ou après une élection, qu’ils perçoivent comme une période d’incertitude ”. Qui parle ainsi ? Le porte-parole du Pentagone, Geoff Morrell, propos rapportés par l’AFP (2). George Bush et ses équipes laisseront le pays en guerre dans un monde instable, en Irak, en Afghanistan, ses armées dans une position difficile.

“ Au sein de l’état-major américain, une équipe d’une douzaine de personnes planche sur la question depuis des mois. “ L’idée est de maintenir les forces armées dans un état de conscience aiguë pendant cette période », explique le porte-parole du chef d’état-major interarmées, le capitaine John Kirby. Leurs missions : « S’assurer que les militaires sont parés à toute éventualité et si possible, prévenir ce genre de crise », et « faire en sorte que le chef d’état-major (l’amiral Michael Mullen) soit prêt à fournir les meilleurs conseils militaires possibles au prochain président sur les questions prioritaires auxquelles fera face la nouvelle administration ” (2). Le président George Bush a donc signé, le 9 octobre 2008, un décret instituant un conseil de coordination qui travaille “ sur un pied d’égalité et sans tenir compte de leur affiliation politique ”, avec les équipes des deux candidats – et le Congrès a débloqué un budget ad hoc de 8 millions de dollars.

Peu sensibles aux flonflons de la campagne électorale américaine, guettant les gorilles et renouant avec un vieil usage des temps de Guerre froide, Moscou de son côté a fait un geste passé à peu près inaperçu : solliciter une rencontre entre les deux chefs d’Etat major, l’amiral Michael Mullen et le général Nikolaï Makarov. C’est le ministre de la défense finlandaise Juhani Kaskeala qui a organisé un déjeuner à Helsinski, le 21 octobre dernier. Après la rencontre, parlant aux journalistes, l’Amiral Mullen précisait : " Il est clair que la relation a changé à cause de ce qui s’est passé en Géorgie. Cela ne reviendra pas exactement là où nous en étions avant la Géorgie (...) j’ai souligné au cours de la réunion que même pendant les jours les plus noirs de la Guerre froide nous nous parlions (...) Cela ne fut pas tant une rencontre sur des désaccords, qu’un dialogue et un engagement à poursuivre le dialogue - en particulier entre lui et moi ” (AFP, 22 octobre).

Le général Nikolaï Makarov, 58 ans, officier de carrière présenté par les experts comme “ l’un des meilleurs cerveaux ” de l’armée russe, a été promu chef d’Etat major des Armées russes le 3 juin dernier en remplacement du général Iouri Balouïevski, en poste depuis 2004, chargé d’une réforme en profondeur de l’armée, démissionnaire. Makarov, en poste lors de l’affaire géorgienne, s’était déjà entretenu au téléphone avec son homologue américain pour assurer une coordination en matière d’aide humanitaire. Il bénéficierait de la confiance de son ministre de la Défense, Anatoly Serdïoukov, comme du couple Medvedev Poutine pour continuer de mener à bien la modernisation nécessaire de l’armée, matériel et organisation.

La rencontre des deux hommes est d’autant plus intéressante que la rhétorique anti russe des deux candidats américains est conventionnelle et violente : “ La Russie est maintenant une nation qui tire sa force des pétrodollars avec un gouvernement d’apparatchiks du KGB. J’ai regardé M. Poutine et j’ai vu trois lettres : KGB. Leur agression en Géorgie n’est pas un comportement acceptable (...). Je pense que les Russes devraient comprendre que nous, les Etats-Unis, nous soutiendrons l’intégration de la Georgie et de l’Ukraine dans un processus naturel d’intégration au sein de l’OTAN ” disait John McCain lors d’un débat avec Barak Obama (3). Ce à quoi celui-ci acquiesçait : “ je crois qu’en fait le sénateur McCain et moi sommes dans l’ensemble d’accord sur ces sujets ”.

Dialectique de campagne ? Peut-être, d’autant qu’il n’y a pas unanimité dans l’OTAN et que plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, on fait connaître leur désaccord. Cependant, le projet de “ ligue des démocraties ”, contournant l’ONU, cher à Robert Kagan, néoconservateur conseiller de John McCain va strictement en sens contraire du respect des institutions internationales préconisé par les Russes, tandis que Barak Obama continue d’affirmer, comme une évidence, que le leadership du monde appartient aux Etats-Unis. Mais les Russes minimisent, en raison de l’urgence des crises multiples qui secouent le monde (financière, économique, alimentaire), le risque d’un affrontement direct.

En revanche, comme l’analyse Ilgar Velizade (Azerbaïdjan), pour RIA Novosti (4), sous le titre évocateur “ Crise mondiale : la guerre en suspens ? ”, certains des “ennemis” désignés par Washington pourraient se sentir plus libres de leurs mouvements : “ Alors que les grandes puissances mondiales sont préoccupées par la recherche de moyens optimaux de sortir de la crise économique globale, il y a bien des raisons de supposer que des pays "rétifs" tels que le Venezuela, la Corée du Nord ou l’Iran, qui ont senti que les principaux centres de force leur accordaient moins d’attention, tâcheront d’en profiter pour tirer quelque avantage de cette situation ”. De plus, souligne-t-il encore, “ dans ce contexte, il est inutile d’attendre un règlement rapide tant des problèmes apparus récemment (conflit dans le Caucase du Sud) que de ceux ayant déjà une longue histoire derrière eux (problème palestinien). Il n’est pas difficile de deviner qu’en perspective, cette situation peut avoir des conséquences très lourdes pour un système de la stabilité internationale déjà fragile ”.

On pourrait encore évoquer l’ensemble de la situation au Moyen-Orient où les équilibres ont été rompus avec l’affaiblissement de l’Irak, la montée en puissance des ambitions iraniennes et l’inquiétude qu’elles soulèvent en Egypte, Jordanie, Arabie Séoudite et, évidemment, en Israël. Sunnites et chiites s’affrontent à Bagdad, la Turquie s’en prend aux Kurdes dont l’autonomie s’affirme, les extrémismes s’accentuent, les puissances émergentes sont de retour dans la région, d’où viendra la stabilisation ? L’administration américaine donne l’impression de n’avoir plus de politique pendant que Chine et Russie concluent sans bruit excessif des accords stratégiques probablement durables. Qui oserait bouger dans les mois qui viennent ?

Nul doute que les deux chefs d’Etat major auront évoqué tous les dossiers chauds – ou qui menacent de le devenir, en Europe (bouclier anti missiles), au Moyen-Orient et plus largement en Afghanistan où l’aide logistique russe est indispensable. Mais personne n’a été très disert sur l’ampleur de la concertation. Comment, en particulier, les uns et les autres considèrent-ils la “nouvelle” politique des forces américaines avec les raids meurtriers menés dans des pays souverains avec lesquels ils ne sont pas en guerre ? Nous le voyons dans les zones tribales pakistanaises, comme en Syrie le 26 octobre (5), avec, à chaque fois, des tirs, aveugles ou non, qui font des victimes civiles. Qui, au Pentagone, est responsable de cette nouvelle manière ? Et, question cruciale, qui contrôle le Pentagone où l’on sait que les affrontements sont rudes entre factions sur la conduite, la limite, la nature des opérations ?

Tout se passe comme si une machine américaine, avec ses services secrets, ses opérations de subversion, ses interventions hors droit international continuait de fonctionner sans véritable pilote. Et quel que soit le président élu, il lui faudra une forte poigne pour en reprendre les rênes – ceux du budget compris : il pourrait y avoir des gorilles au coeur même du système. Et ce ne sont pas les propos de campagne qui nous éclairent sur la lucidité ou les intentions véritables de l’un et l’autre des candidats. L’établissement d’un fil rouge entre les chefs d’Etat major voulu par les Russes et accepté par l’amiral Mullen prend tout son sens : en période d’incertitude et de tension, il faut par un fil rouge savoir se prévenir, se consulter rapidement, sans intermédiaires, afin d’éviter tout malentendu ou dérapage dangereux. La mesure est sage, et dans un sens rassurante.

Ou, au contraire est-elle inquiétante, au sens où les stratèges russes ont trouvé nécessaire de réactiver une sécurité datant de la Guerre froide, marque de leur inquiétude sur la situation à venir ?

Hélène Nouaille

Notes :

(1) Le Temps, Volker Hergert, Senior Strategist, LGT Capital Management, Au-delà de la finance comportementale lundi 27 octobre 2008 http://www.letemps.ch/template/finance.asp ?page=23&article=242580

(2) AFP, propos rapportés par Cyberpress.ca, le 24 octobre 2008, Le Pentagone sur ses gardes pour la transition entre deux présidents http://www.cyberpresse.ca/international/etats-unis/200810/24/01-32478-le-pentagone-sur-ses-gardes-pour-la-transition-entre-deux-presidents.php

(3) Le Monde, le 27 septembre 2008, McCain et Obama sur l’Iran, la Russie et la sécurité des Etats-Unis (traduction en français) http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2008/09/27/mccain-et-obama-sur-l-iran-la-russie-et-la-securite-des-etats-unis_1100287_829254.html

(4) Ria Novosti, Ilgar Velizade (Azerbaïdjan), pour RIA Novosti, le 22 octobre 2008, Crise mondiale : la guerre en suspens ? http://fr.rian.ru/analysis/20081022/117889700.html

(5) France 24, texte et vidéo, Damas qualifie le raid américain d’agression “terroriste”, le 28 octobre 2008 http://www.france24.com/fr/20081027-damas-condamne-agression-americaine-terroriste-etats-unis-syrie-civils-combattans&navi=MOYEN-ORIENT “ Pour la Syrie, le raid américain dans un village situé à la frontière syro-irakienne, au cours duquel huit civils ont trouvé la mort, confine à l’agression "terroriste". Selon Washington, l’attaque visait un passeur de combattants en Irak ”. La France, comme la Russie, ont exprimé leur préoccupation et rappelé le respect dû à l’intégrité territoriale des Etats.

1 Message

  • Les RUSSES ont raison de réactiver une sécurité datant de la guerre froide.l’EUROPE ne doit pas subir le dictact de l’OTAN.EN jeu les reserves de petrole,gaz,reserves minieres.L’EURASIE va devenir l’enjeu mondial,auquel se livrent les etats-unis et la RUSSIE.les AMERICAINS entreprennent de nouveaux essais nucleaires.

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