COMITE VALMY

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Source : lafauteadiderot.net

Sortie du nucléaire ou réduction des énergies fossiles : quelle doit être la priorité de la gauche ?
Eric Le Lann

Une réaction aux prises de positions de Jean-Luc Melenchon

mercredi 15 décembre 2010, par Comité Valmy


Pour Jean-Luc Mélenchon, en matière d’énergie, « la vraie solution, c’est le remplacement du nucléaire. La sortie est réaliste. Etalée dans le temps, elle est jouable » (« extraits chocs » de son dernier livre publiés dans la pleine page de Direct matin du 11 octobre qui lui est consacrée).

Une fois de plus c’est donc la sortie du nucléaire qui est posée comme une priorité et non la sortie des énergies fossiles.

Les risques inhérents à l’énergie nucléaire civile sont indéniables. Mais ils ne sont pas du même ordre que le danger que fait courir la poursuite de la combustion effrénée des ressources fossiles et les émissions de gaz à effet de serre qu’elle entraîne. Avec le danger « carbonique », nous avons à faire à un danger global pour les équilibres de la biosphère, pour les activités de milliards d’hommes, pour l’humanité. On dira : « sortie du nucléaire et sortie des énergies fossiles sont conciliables ». Une telle position n’est pas réaliste dès lors que l’on regarde les choses concrètement, en fonction de l’état actuel de la société et de la technique. Ainsi, à ce jour, l’énergie éolienne, présentée comme une panacée par les tenants de la sortie du nucléaire, n’est ni régulière, ni stockable, et ne pourra donc répondre à l’augmentation de la consommation électrique qu’appellent de leurs vœux les partisans de la substitution des transports par rail aux transports par route et au transport aérien intérieur, générateurs de gaz à effet de serre. Pire, l’essor de l’énergie éolienne peut aller de pair avec l’augmentation de la consommation de charbon, comme cela a été le cas par exemple en Espagne et en Allemagne pour fournir l’électricité aux périodes où il n’y a pas de vent. Ajoutons encore que même en Allemagne les énergies renouvelables ne couvrent que 7 % des besoins.

Jean-Luc Mélenchon sait bien toute l’ambiguïté que peuvent recouvrir les mots de « sortie du nucléaire », au vu de l’expérience allemande. Il n’est en effet question pour personne de démanteler rapidement les centrales nucléaires, ce qui aurait des coûts faramineux. Mais cette position sert sa stratégie politique visant à jeter constamment des ponts vers le NPA et sans doute à gagner des forces pour le parti de gauche parmi les militants anti-nucléaires qui ne se retrouvent pas dans Europe Ecologie.

On en conviendra, ces questions ne sont pas mineures, d’autant que le nucléaire est dans notre pays l’un des secteurs industriel qui a globalement échappé à la politique de renoncement des forces dominantes. C’est pourquoi l’absence de réaction de la direction du Parti Communiste Français face aux prises de positions répétées du Parti de Gauche contre le nucléaire fait problème. Sur le fond mais aussi quant à la manière dont il compte travailler à l’élaboration du programme annoncé pour le front de gauche : alors qu’il affiche la volonté d’un large débat à ce sujet, de fait, prévaut le souci d’éviter toute confrontation publique avec le Parti de Gauche.

C’est d’autant plus dommageable que la pression d’Europe Ecologie sur le PS ne semble pas sans effet dans ce domaine. Ainsi, dans l’Humanité du 23 août, à la question d’un journaliste « pensez vous qu’il sera possible de surmonter d’ici à 2012 les divergences qui subsistent avec vos partenaires sur l’énergie, les transports ? », la secrétaire des Verts Cécile Duflot répond « il faut poser la question au PCF. Les socialistes sont en réflexion sur le sujet ».

Dans ce contexte, la « sortie » du nucléaire s’avérant impossible à court terme, il est à craindre que ce soit surtout des décisions ayant valeur de symbole mais compromettant l’avenir qui soient prises par un gouvernement de gauche qui voudrait mettre de son côté, ou neutraliser, les « anti-nucléaires », comme Lionel Jospin l’avait fait avec l’abandon de Superphénix.

En premier lieu, c’est le nouveau réacteur nucléaire, l’EPR, qui serait menacé. Le nucléaire serait-il plus sûr sans l’EPR ? On peut penser le contraire puisque c’est notamment la sophistication des dispositifs de sécurité qui est à l’origine des surcoûts constatés. C’est si vrai qu’à mot couvert le rapport Roussely, commandé par le Président de la République, propose pour mieux exporter des centrales nucléaires de revoir à la baisse les dispositifs de sécurité par rapport à l’EPR : « La seule logique raisonnable ne peut pas être une croissance continue des exigences de sûreté. Dans ce contexte, il est proposé de lancer, sous la responsabilité de l’Etat, un groupe de travail dont la mission serait de formuler des propositions en vue d’associer au mieux exigences de sûreté et contraintes économiques, en incluant une vision internationale, a minima européenne ». Quoi qu’il en soit, il y aurait donc fort à craindre qu’un abandon de l’EPR se fasse au profit de soit de centrales moins sure conçue par d’autres pays, Chine, Corée du Sud, Russie… Ou de centrales plus voraces en uranium que ne l’est l’EPR, plus économe dans ce domaine que les centrales actuelles, ce qui serait contradictoire avec la volonté de d’économiser sur cette ressource.

En second lieu, la menace pourrait se porter sur l’investissement dans les technologies d’avenir. Dans Le Monde du 10 août, peu avant sa mort, Georges Charpak, avec les physiciens Jacques Treiner et Sébastien Balibar appelait à reconstruire une « centrale de type G-IV afin d’améliorer ce que Superphénix nous a déjà appris » et à « accélérer la recherche sur d’autres centrales G-IV dites à sels fondus, utilisant du thorium, un élément abondant et dont l’utilisation pose moins de problèmes de prolifération que l’uranium et le plutonium. » Il s’inquiétait qu’à l’échelle mondiale, les crédits de recherche concernant G-IV soit dix fois moins importants que ceux alloués à ITER, que les seuls pays qui construisent des centrales de ce types soient les Russes, les Japonais, les Indiens. Un gouvernement de gauche aura-t-il le courage d’assumer le choix de travailler à ces technologies ? Encore une fois, il s’agit là d’une question majeure.

14 octobre 2010

4 Messages de forum

  • Les quatre voies sont à poursuivre : le nucléaire, les énergies fossiles, l’énergie hydraulique et le développement scientifique. Faisons confiance au génie humain de nos scientifiques !

    Tout le reste (le vent, le compost, les carburants verts, le soleil, la géothermie ...) constituera la base des verts pour une politique faite de restrictions, d’interdits, de peurs et de taxes ! mais sûrement pas de solutions mais si l’une des nouvelles méthodes réussit tant mieux ... c’est du ressort de la prière ou de l’incantation !!

  • Le titre de cet article sous-entend qu’il faut choisir entre la peste et le choléra, débat qui peut passionner ceux qui sont convaincus que pour être heureux, les humains doivent continuer à consommer toujours plus d’énergie, quelle qu’en soit l’origine.

    Pour d’autres, ce débat est absolument sans intérêt, car la seule issue (à une échelle de temps certes longue par rapport à une vie humaine, mais qui se raccourcit), c’est la DECROISSANCE de la consommation d’énergie.

    Qui ne concerne évidemment pas le paysan Burkinabé mais le gaspilleur qui prend sa voiture pour aller chercher une baguette de pain à 100 m de chez lui ! (C’est une image, mais ceux qui vont passer leurs vacances en Thaïlande se reconnaîtront).

    Oui il faut des restrictions ! Et effectivement, les "interdits, peurs et taxes" ne sont pas le moyen le plus sympathique ni probablement le plus efficace pour y parvenir.

    L’idéal serait que les fainéants qui se vautrent dans le confort du gaspillage (pas seulement d’énergie, de toutes les matières premières) reçoivent une éducation civique à la préservation des ressources naturelles. Et que celle-ci soit partie intégrante de la lutte contre le capitalisme, premier incitateur à la production-consommation-gaspillage. Tout comme des choix de productions, d’urbanisme, d’architecture, de transports, etc

    Mais comme aucune force politique ne veut s’attaquer à la sacro-sainte LIBERTE, qui inclue celle de gaspiller, piller et polluer, seule la disparition matérielle des ressources mettra l’Humanité au pied du mur.

    Certes ce n’est pas encore pour tout de suite (il reste encore 40 ans de pétrole, 50 ans d’uranium, 200 ans de charbon, chiffres à corriger si nécessaire, mais qui sont de ces ordres de grandeur). Il est donc facile de dire aujourd’hui : "Continuons à brûler toujours plus d’énergie, peu importe les risques et les déchets que nous semons derrière nous, après nous le déluge !"

    La seule bonne nouvelle, c’est que les avions ne pouvant voler au nucléaire, à l’huile de palme ou à l’éthanol, ils resteront au sol.

    • Le texte est construit très bizarrement, il n’évoque que quelques problèmes de l’énergie thermique, pas ceux du nucléaire ? Quant-aux autres ! 1) Avec des phrases sans rime ni raison, sans lien réel, du genre : « Pensez vous qu’il sera possible de surmonter d’ici à 2012 les divergences qui subsistent avec vos partenaires sur l’énergie, les transports ? », la secrétaire des Verts Cécile Duflot répond « il faut poser la question au PCF. Les socialistes sont en réflexion sur le sujet ». Dans ce contexte, la « sortie » du nucléaire s’avérant impossible à court terme …

      2) Le réchauffement de la planète par le charbon, le gaz naturel et le pétrole, appelés globalement à tort dans ce texte : « l’énergie fossile ».

      Conclusion : L’auteur devrait se documenter un tout petit peu sur les énergies avant de publier un tel article. C’est hallucinant !

      J’ai hésité à répondre à ce texte tant il y a des erreurs tout à la fois fondamentales et de détails.

  • Dans son livre "Qu’ils s’en aillent tous !", Jean-Luc Mélanchon affirme, que les économies d’énergie et la géothermie seront capables de se substituer totalement au nucléaire, et qu’ainsi « l’indépendance énergétique serait assurée pour toujours » (p.106), grâce à cette unique source.

    D’après un ami spécialiste de ces questions : « le flux moyen géothermique est égal à 0.05 W/m2, 4000 fois moins que le flux solaire. Compte tenu des basses températures de la ressource, le rendement de production d’électricité ne peut pas, sauf exception (sites volcaniques) dépasser 10%. Pour fournir la France en électricité soit 400 TWh, on a besoin de 60 GWe (60 réacteurs), soit une puissance thermique de centrales géothermiques de 600 GWe (rendement 10%), donc une surface en m2 de 600x10^9/0,05=1,2x10^13 m2= 12x10^6 km2. »

    12 millions de km2, alors que la superficie de la France métropolitaine est un peu inférieure à 550 000 Km2 et celle de l’Europe (sans la Russie) de 4,9 millions de km2. Les propos tenus par Mélanchon sur cette question (mais aussi sur d’autres) manquent donc de la plus élémentaire rationalité et sont totalement irresponsables.


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