COMITE VALMY

Accueil du site > - L’ENNEMI COMMUN DES PEUPLES : l’impérialisme étasunien > De la Syrie à l’Asie du Sud-Est, les mensonges de l’Occident Par Andre (...)

L’ennemi commun des peuples

De la Syrie à l’Asie du Sud-Est,
les mensonges de l’Occident
Par Andre Vltchek

lundi 24 septembre 2018, par Comité Valmy


De la Syrie à l’Asie du Sud-Est,
les mensonges de l’Occident

Un texte engagé – dont tous les éléments historiques sont dans le domaine public.

Assis dans le magnifique bâtiment de la Bibliothèque nationale de Singapour, dans une salle semi-obscure, microfilm inséré dans une machine high-tech, je regarde, puis je filme et photographie plusieurs vieux journaux malaisiens d’octobre 1965.

Ces reportages avaient été publiés juste après l’horrible coup d’État militaire de 1965 en Indonésie, qui avait renversé le président progressiste Sukarno et liquidé le troisième plus grand parti communiste du monde, le PKI (Partai Komunis Indonesia). Entre un et trois millions d’Indonésiens ont perdu la vie dans certains des massacres les plus horribles du XXe siècle. D’un pays socialiste (qui allait vers le communisme), l’Indonésie a chuté dans les fosses actuelles du turbo-capitaliste, ainsi que du gâtisme religieux et d’extrême droite.

Les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Australie, la Hollande et plusieurs autres pays occidentaux ont directement soutenu le coup d’État en dirigeant les factions traîtresses pro-occidentales de l’armée, ainsi que les chefs religieux qui étaient, dès le début, aux avants-postes du génocide.

Toutes ces informations sont, bien entendu, disponibles dans les archives déclassifiées de la CIA et du Département d’État américain. Elles peuvent être consultées, analysées et reproduites. J’ai personnellement réalisé un film sur les événements, et plusieurs autres réalisateurs aussi.

Mais elles ne font pas partie de la mémoire de l’humanité. En Asie du Sud-Est, elles ne sont connues que d’une poignée d’intellectuels.

En Malaisie, à Singapour ou en Thaïlande, le fascisme en Indonésie après 1965 est un sujet tabou. Il n’en est tout simplement pas question. Les intellectuels « progressistes » sont ici, comme dans tous les autres États ‘clients’ de l’Occident, payés pour se préoccuper de leur orientation sexuelle, des questions de genre et des « libertés » individuelles, mais certainement pas des questions essentielles (l’impérialisme occidental, le néocolonialisme, le grotesque capitalisme dérégulé, le pillage des ressources naturelles et environnementales locales, ainsi que la désinformation, l’inculture imposée, ici comme ailleurs, pour servir de socle à une amnésie de masse) qui ont marqué cette partie du monde de façon si extrême et négative.

En Indonésie même, le Parti communiste est interdit et le grand public le considère comme coupable, non comme victime.

L’Occident rit sous cape des victimes de son endoctrinement, tout en prenant gaillardement le chemin de la banque.

Les mensonges rapportent gros.

Aucune autre partie du monde n’a autant souffert de l’impérialisme occidental après la Seconde Guerre mondiale que l’Asie du Sud-Est, à deux exceptions près peut-être, celles de l’Afrique et du Moyen-Orient.

Dans ce qui avait été appelé l’Indochine, l’Occident a assassiné près de dix millions de personnes avec des campagnes de bombardements de masse et d’autres formes de terreur — au Vietnam, au Cambodge et au Laos. Le coup d’État indonésien mentionné plus haut a coûté la vie à au moins un million de personnes. 30% de la population du Timor oriental a été exterminée par l’occupation indonésienne, qui a été pleinement soutenue par l’Occident. Le régime thaïlandais, pleinement asservi à l’Occident, a tué indistinctement ses gauchistes dans le nord et dans la capitale. Toute la région souffre d’un apport de religieux fondamentalistes parrainé par l’Occident et ses alliés du Golfe.

Mais l’Occident y est admiré avec une ferveur presque mystique.

Les agences de presse et les « centres culturels » américains, britanniques et français diffusent de la désinformation par l’intermédiaire de médias locaux appartenant à des « élites » soumises. L’éducation locale a été façonnée par des concepts didactiques occidentaux. Dans des pays comme la Malaisie, l’Indonésie et aussi la Thaïlande, la plus grande réussite est d’obtenir un diplôme universitaire dans l’un des pays qui colonisaient autrefois cette partie du monde.

Les pays victimes, au lieu de demander réparation devant les tribunaux, admirent et plagient l’Occident, tout en recherchant, voire en mendiant des fonds à leurs bourreaux passés et présents.

L’Asie du Sud-Est, aujourd’hui obéissante, soumise, flegmatique et dépouillée des anciennes idéologies révolutionnaires, est un endroit où l’endoctrinement et la propagande occidentale ont remporté une victoire incontestable.

***

Le même jour, j’ai allumé la télévision dans ma chambre d’hôtel et regardé la couverture occidentale de la situation à Idlib, le dernier bastion des terroristes soutenus par l’Occident sur le territoire syrien.

La Russie a appelé à une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU pour prévenir que les terroristes pourraient organiser une attaque chimique, puis en rejeter la faute, avec l’Occident, sur les forces du président Bachar al-Assad.

Des navires de guerre de l’OTAN ont été déployés dans la région. Il n’y a pas de doute — il s’agissait d’un « bon vieux » scénario européen et nord-américain à l’œuvre une fois de plus : « Nous vous frappons, nous tuons votre peuple, puis nous vous bombardons pour vous punir ».

Les gangsters impérialistes montrent du doigt les victimes (en l’occurrence la Syrie) et ceux qui tentent de les protéger (la Russie, l’Iran, le Hezbollah, la Chine). Comme à la maternelle ou à l’école primaire, si vous vous souvenez : un garçon frappe quelqu’un par derrière puis s’écrie en montrant quelqu’un d’autre : « C’était lui, c’était lui ! » Miraculeusement, jusqu’à présent, cette « stratégie » a toujours réussi à l’Occident, bien sûr au prix de millions de victimes, sur tous les continents.

C’était comme ça pendant des siècles, et c’est encore comme ça que ça marche. Il en sera ainsi jusqu’à ce que ce type de terreur et de gangstérisme soient stoppés.

***

Pendant des années, des décennies, on nous a dit que le monde était de plus en plus interconnecté, que rien de très important ne pouvait arriver sans être immédiatement repéré et rapporté par des médias vigilants et par la « société civile ».

Pourtant, des milliers de choses se produisent encore sans que personne ou presque ne s’en rende compte.

Rien qu’au cours des deux dernières décennies, des pays entiers ont été ciblés par l’Amérique du Nord et l’Europe, puis à moitié affamés par des embargos et des sanctions, avant d’être finalement attaqués et réduits en pièces : l’Afghanistan, l’Irak, la Libye pour n’en citer que quelques-uns. Les gouvernements de plusieurs nations socialistes ont été renversés soit de l’extérieur, soit par l’intermédiaire de leurs propres élites et médias locaux, dont le Brésil, le Honduras et le Paraguay.

D’innombrables entreprises occidentales et leurs alliés locaux se livrent à un pillage effréné des ressources naturelles dans des endroits tels que Bornéo/Kalimantan ou la République démocratique du Congo (RDC), ruinant totalement les forêts tropicales et assassinant des centaines d’espèces.

Sommes-nous, en tant que planète, vraiment interconnectés ? Que savent les gens les uns des autres, ou de ce qui arrive à leurs frères et sœurs sur d’autres continents ?

J’ai travaillé dans quelque 160 pays et je peux témoigner sans la moindre hésitation : « Presque rien ». Et : « Moins et de moins en moins ! »

L’empire occidental et ses mensonges ont réussi à fragmenter le monde à un point jamais atteint auparavant. Tout se fait « au grand jour », à la pleine vue du monde, qui est en quelque sorte incapable de voir et d’identifier les menaces les plus urgentes pour sa survie. Les organes de propagande des médias de masse servent de véhicules d’endoctrinement, tout comme les institutions culturelles et « éducatives » de l’Occident ou les institutions locales façonnées par les concepts occidentaux. Cela inclut des « outils » aussi divers que les universités, la manipulation du trafic sur Internet, les censeurs et l’autocensure, les réseaux sociaux, les agences de publicité et de communication et les « artistes » de la pop culture.

***

La barbarie et les mensonges des anciens colonialistes et aujourd’hui, des néocolonialistes occidentaux suivent un schéma clair :

Le président indonésien Sukarno et son plus proche allié, le Parti communiste indonésien (PKI), essayaient de construire un pays progressiste et autonome. Il fallait donc les arrêter, renverser le gouvernement, massacrer les membres du parti, interdire le PKI lui-même et privatiser l’ensemble du pays, le vendre à des intérêts étrangers. La vaste majorité des Indonésiens ont subi un tel lavage de cerveau qu’ils blâment toujours les communistes pour le coup d’État de 1965, bien que les archives de la CIA elle-même disent le contraire.

En Iran, le premier ministre Mossadegh prenait le même chemin. Et il a fini comme Sukarno. Et le monde entier a ensuite charmé par le boucher mis au pouvoir par l’Occident — le Shah et sa somptueuse épouse.

Le Chili en 1973 où par la suite, la même tendance meurtrière s’est installée est une preuve supplémentaire de l’amour de la liberté et la démocratie de l’Occident .

Patrice Lumumba, au Congo, avait nationalisé les ressources naturelles et essayé de nourrir et d’éduquer sa grande nation. Le résultat ? Renversé, tué. Le prix : quelque 8 millions de personnes massacrées au cours des deux dernières décennies, ou peut-être beaucoup plus (voir mon film Rwanda Gambit). Personne ne sait, ou tout le monde refuse de savoir.

La Syrie ! Le plus grand « crime » de ce pays, du moins aux yeux de l’Occident, consistait à essayer d’offrir à ses citoyens une qualité de vie élevée tout en faisant la promotion du panarabisme. Les résultats que nous connaissons tous (ou les connaissons-nous vraiment ?) : des centaines de milliers de personnes tuées par des extrémistes meurtriers parrainés par l’Occident, des millions d’exilés et des millions de personnes déplacées internes. Et l’Occident, naturellement, blâme le président syrien et est prêt à le « punir » s’il gagne la guerre.

Irrationnel ? Mais le fascisme mondial peut-il jamais être rationnel ?

Les mensonges répandus par l’Occident s’accumulent. Ils se chevauchent, se contredisent souvent. Mais le public mondial n’est plus formé à la recherche de la vérité. Inconsciemment, il sent qu’on lui ment, mais la vérité est si horrifiante que la grande majorité des gens préfèrent simplement prendre des selfies, s’interroger sur leur orientation sexuelle, mettre des écouteurs dans leurs oreilles et écouter de la musique industriellement produite, au lieu de lutter pour la survie de l’humanité. J’ai écrit des livres entiers sur ce sujet, dont un livre de presque 1000 pages : «  Exposing Lies Of The Empire ». (‘Un exposé des mensonges de l’empire’).

Le présent essai n’est qu’une suite de pensées qui m’étaient venues à l’esprit alors que j’étais assis devant un projecteur dans une pièce sombre de la Bibliothèque nationale de Singapour.

Une question ne cessait de se poser : « Comment tout cela est-il possible ? » « Comment l’Occident peut-il s’en tirer, avec tous les crimes qu’il commet depuis des siècles partout dans le monde ? »

La réponse était claire : « Mais bien sûr que ça continue, tant que personne ne le stoppe ! »

Et ainsi, A luta continua !

Andre Vltchek
15 septembre 2018

Andre Vltchek est philosophe, romancier, cinéaste et journaliste d’investigation. Il a créé Vltchek’s World in Word and Images, et écrit plusieurs livres, dont Revolutionary Optimism, Western Nihilism. Il écrit spécialement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Traduction Entelekheia
Photo Andre Vltchek

Original :
Syria or Southeast Asia – the West Lied, Lies, and Always Will


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette
<>