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AVION RUSSE ABATTU EN SYRIE : MOSCOU ET TEL-AVIV DOIVENT REVOIR LEURS ACCORDS…
par Richard Labévière

mardi 25 septembre 2018, par Comité Valmy


AVION RUSSE ABATTU EN SYRIE : MOSCOU
ET TEL-AVIV DOIVENT REVOIR LEURS ACCORDS…

Beyrouth, 24 septembre.

Le 23 septembre 2018, le porte-parole du ministère russe de la défense Igor Konachenkov s’est exprimé durant une vingtaine de minutes sur les événements ayant abouti au crash du quadrimoteur russe Iliouchine-20, le 17 septembre dernier dans la région de Lattaquié. « Nous pensons que la responsabilité de la tragédie de l’avion Il-20 incombe entièrement à l’Armée de l’air israélienne », a-t-il affirmé. D’après ses explications, l’avion russe a bien été abattu par la défense anti-aérienne syrienne, mais celle-ci était en train de riposter contre plusieurs F-16 israéliens qui auraient sciemment utilisé l’appareil russe comme une couverture, afin de mener une attaque contre la province syrienne côtière de Lattaquié. Que s’est-il réellement passé ?

Le soir du 17 septembre dernier, l’Il-20 russe effectue une mission de renseignement sur la zone de désescalade d’Idlib – avec quinze personnes à bord -, lorsque quatre chasseurs F-16 quittent l’espace aérien israélien pour survoler les eaux internationales de Méditerranée, puis les côtes syriennes à la hauteur du port de Lattaquié. Non loin de là, à quelques dizaines de kilomètres au sud, se trouve la base aérienne russe de Hmeimim. « Moins d’une minute avant son attaque, l’aviation israélienne a prévenu la tour de contrôle de Hmeimim, ne laissant ainsi aucune chance aux avions russes alors en mission, d’adopter la moindre procédure de sécurité », a précisé Igor Konachenkov.

D’autant que les informations tardives se sont révélées parfaitement erronées. En effet, selon le porte-parole de la Défense russe, l’armée de l’air israélienne aurait déclaré s’apprêter à bombarder des « sites industriels » dans le nord de la Syrie, avant de finalement cibler la province côtière de Lattaquié, à l’ouest du pays. « Les informations trompeuses fournies par [l’armée israélienne] à propos des frappes [israéliennes] n’ont pas permis à l’avion russe Il-20 de se déplacer à temps vers une zone sûre », a ajouté Igor Konachenkov en concluant : « les avions israéliens ont repéré l’Illiouchine-20 russe et s’en sont servi comme bouclier contre les missiles anti-aériens syriens ». Peu après la tragédie, Moscou a confirmé l’origine d’un « tir-ami malencontreux de la défense anti-aérienne syrienne, dans un contexte très confus ». Vladimir Poutine a annoncé l’ouverture d’une enquête approfondie.

Par plusieurs canaux, la Russie a fait savoir que l’aviation israélienne avait « délibérément créé une situation dangereuse pour les navires de surface et les aéronefs présents dans la région ». La conclusion des autorités russes est parfaitement claire : « en utilisant l’avion russe comme bouclier, les pilotes israéliens l’ont exposé au feu des systèmes de défense aérienne syriens. Ainsi, l’Il-20 – dont la surface est bien supérieure à celle du F-16, a été abattu par un missile du complexe S-200 ». Sans surprise et comme à son habitude, Tel-Aviv a nié toute responsabilité dans ce crash, avant de mettre en cause l’armée syrienne. Tel-Aviv a ajouté que l’Iran et « l’organisation terroriste du Hezbollah » étaient aussi responsables du drame. Il aurait pu ajouter… du réchauffement climatique aussi ! Ces gens se permettent vraiment n’importe quoi !

La presse parisienne a adopté son habituelle posture, Le Monde multipliant les Fake News visant à blanchir Israël, tandis que Libération affichait une réelle satisfaction en titrant : « Un avion russe abattu par le régime syrien ». C’est bien connu, le « régime de Bachar al-Assad », le « régime personnellement » pratique régulièrement l’une de ses joies les plus perverses : abattre les avions de son principal allié ! Quant au patron du Quai d’Orsay Jean-Yves Le Chouchen, il s’est borné à dire qu’on avait eu chaud, évitant une crise diplomatique majeure… Quelle hauteur de vue. On est vraiment rassuré !

Après avoir fait donner ses militaires de haut rang – dont il a validé les conclusions – Vladimir Poutine a visiblement cherché à calmer le jeu en déclarant : « cela ressemble à une succession de circonstances tragiques (…) Quand il y a des gens qui meurent, c’est toujours un grand malheur », a poursuivi le président russe qui a présenté ses condoléances aux proches des 15 soldats russes qui étaient à bord de l’appareil au moment où il a disparu des radars au-dessus de la Méditerranée. L’agence Tass a précisé que le chef du Kremlin s’était entretenu avec le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Lors d’une autre conversation téléphonique entre les ministres de la Défense des deux pays, la Russie aurait averti Israël de possibles représailles.

L’opération de recherche des membres de l’équipage de l’avion russe Il-20 mobilise huit unités, destroyers et navires de ravitaillement de la marine russe. Pour l’heure, seuls des fragments de corps des membres de l’équipage, des effets personnels, ainsi que des débris de l’avion ont été repêchés et stockés à bord des bateaux russes. Une chose est sûre : la partie russe ressort passablement mortifiée de cette affaire. Vladimir Poutine s’est toujours efforcé d’entretenir une relation cordiale avec Benjamin Netanyahou, cherchant à éviter une opposition frontale sur le dossier palestinien. En Syrie, il a répondu favorablement aux demandes israéliennes, dont le retrait de 24 rampes de lancement de missiles et d’un millier de soldats iraniens du plateau du Golan. Relevant d’un accord de cadrage bilatéral, les intrusions aériennes israéliennes étaient plus ou moins tolérées tant que celles-ci ne menaçaient pas directement les intérêts russes.

« C’est donc un sentiment de colère et d’ingratitude qui domine aujourd’hui », explique un diplomate européen en poste à Moscou, « d’une certaine façon, la confiance accordée par Vladimir Poutine à Israël a été trahie. Le chef du Kremlin a laissé parler ses militaires et a validé leurs propos qui attribuent à Tel-Aviv toute la responsabilité du crash. Dans ces conditions, il devra impérativement revoir sa relation avec Tel-Aviv afin de recadrer les agissements belliqueux de l’armée israélienne – au risque, non seulement de perdre la face, mais aussi de laisser monter en puissance une escalade militaire voulue par les Etats-Unis et, par conséquent de compromettre la reconstruction politique et économique de la Syrie ».

Comme nous l’écrivions dernièrement1, les Américains sont, suffisamment pragmatiques pour comprendre qu’ils ont perdu la bataille de Syrie. Par contre, ils refusent de perdre la guerre des Proche et Moyen-Orient. Les services du Pentagone l’ont affirmé à plusieurs reprises : « nous allons multiplier les ‘bourbiers’ dans lesquels s’enfonceront inexorablement la Russie et l’Iran ». Trois principaux « bourbiers » continuent à être consciencieusement entretenus par Washington : la guerre au Yémen où la coalition saoudo-émirienne poursuit sa destruction de l’un des pays les plus pauvres du monde ; après l’attaque du consulat iranien de Bassorah, c’est maintenant un groupe armé connu pour ses liens avec les services américains qui décime une cérémonie militaire dans la ville d’Ahvaz ; enfin, l’allié sioniste des Etats-Unis poursuit ses ingérences régionales tous azimuts.

Sur le plateau du Golan, Tel-Aviv délivre des armes aux groupes jihadistes de Jabhat al-Nosra (Al-Qaïda en Syrie) et soigne ses blessés dans des hôpitaux israéliens au nom de « l’action humanitaire ». Dans d’autres régions de Syrie, l’aviation israélienne reconnaît avoir mené plus de 200 bombardements durant les deux dernières années, violant quasiment quotidiennement les espaces aérien et maritime du Liban. A l’évidence, Israël ne cherche pas à annexer les territoires syriens dans lesquels son armée s’ingère. Officiellement, Tel-Aviv prétend cibler des objectifs iraniens et du Hezbollah libanais – ceux-ci étant rarement identifiables comme tels, puisque leurs soldats sont généralement intégrés dans unités de l’armée régulière syrienne. Comme Washington, Londres et Paris,Tel-Aviv veut-il le départ de Bachar al-Assad ? Mais au profit de qui ? Les Frères musulmans, les Salafistes ou d’autres agités ?

Quoiqu’il en soit, « ce petit pays de merde » – comme l’appelait Daniel Bernard, alors ambassadeur de France à Londres – se permet les pires violations du droit international sans que personne n’y trouve rien à redire : exécutions sommaires, détentions arbitraires, tortures, déportations massives et discriminations ethnico-religieuses… autant de crimes similaires à ceux d’une idéologie responsable de l’une des plus grandes tragédies du XXème siècle. Il serait peut-être temps que cette impunité arrogante, meurtrière et absurde cesse, qu’elle soit condamnée et empêchée de nuire !

Pour beaucoup moins que cela, n’importe quel pays au monde aurait déjà été bombardé par l’OTAN, traîné devant la Cour pénale internationale ou – à minima – subirait quelques sanctions économiques et politiques, n’en déplaise à John Bolton et ses amis néo-cons !

Néanmoins, bonne lecture et bonne semaine. Richard Labévière
24 septembre 2018

1 « Idlib : une schizophrénie occidentale », prochetmoyen-orient.ch, 10 septembre 2018.

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Observatoire Géostratégique


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