COMITE VALMY

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David Desgouilles : « Le maître des horloges
est devenu le marchand de sable »
Par Paul Sugy

mercredi 17 octobre 2018, par Comité Valmy


« Le maître des horloges
est devenu le marchand de sable »

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Pour David Desgouilles, le remaniement est le résultat d’une guerre d’usure entre Edouard Philippe et Emmanuel Macron. Ce dernier a tenu jusqu’au bout à garder la mainmise sur les événements.

David Desgouilles est membre de la rédaction de Causeur. Il a publié Le bruit de la douche, une uchronie qui imagine le destin de DSK sans l’affaire du Sofitel (éd. Michalon, juin 2015), et Dérapage (éd. du Rocher, 2017).

FIGAROVOX.- Après dix-sept jours d’incertitude et de supputations en tout genre, avez-vous le sentiment d’avoir attendu tout ce temps pour... presque rien ?

David DESGOUILLES.- La tendance est en effet au « tout ça pour ça », parmi les observateurs. J’exprimerai une voix dissonante. La nouvelle composition de ce gouvernement, et les dix-sept jours d’attente s’avèrent riches d’enseignements. Car c’est le résultat d’une guerre d’usure entre l’Elysée et Matignon, et d’un rapport de force sur deux points importants, l’identité du ministre de l’Intérieur et l’ampleur ou non du remaniement et l’éventuel élargissement de la base majoritaire du gouvernement.

Emmanuel Macron semble afficher une apparente indifférence à la séquence politique qui vient de s’achever et dont l’appareil communicant a été réduit à peau de chagrin. Est-ce un silence qui en dit long ?

Après l’été qu’il a passé et cette rentrée catastrophique au cours de laquelle deux ministres d’État ont quitté son navire, il était essentiel pour Emmanuel Macron de reprendre le contrôle de l’agenda, puisque tout le monde avait remarqué qu’il avait perdu son titre de « maître des horloges ». Son intérêt était donc de faire baisser la pression et d’afficher cette indifférence. J’ajoute que dans le bras de fer qui l’opposait au Premier ministre, son intérêt était aussi de minimiser l’importance symbolique de ce remaniement, quand Matignon souhaitait en faire un moment fort du quinquennat. Cette volonté d’apparaître à nouveau comme le tenancier de l’agenda

Il était essentiel pour Emmanuel Macron
de reprendre le contrôle de l’agenda.

tout en ne prenant pas la parole personnellement a même pris un tour risible lors des communiqués secs de l’Élysée annonçant que « le remaniement n’aurait pas lieu ce soir », le maître des horloges devenant à l’occasion « le marchand de sable » de la presse française. Ne manquait plus que le générique de « Bonne nuit les petits ».

Si Macron semble sortir gagnant face à Édouard Philippe, le « macronisme », lui, n’en prend-il pas un coup ? Les ministres nommés ne correspondent pas réellement à l’idée qu’on se fait du nouveau monde...

Je ne parviens pas à déterminer ce qui différencie le nouveau monde de l’ancien. Et je me demande bien à quoi correspond l’idée que se font les gens du « nouveau monde ». Ce qui est certain, c’est qu’Emmanuel Macron est sorti vainqueur de cette guerre d’usure face à son premier ministre en imposant un homme de son premier cercle Place Beauvau, et en préférant privilégier le renforcement du MoDem dans la majorité que l’éventuel élargissement d’icelle à Alain Juppé et Jean-Pierre Raffarin, lesquels se seraient bien vus signer à cette occasion leur entrée en grande pompe dans l’édifice majoritaire, en prévision des élections européennes. Du côté juppéiste, seul Franck Riester entre au gouvernement mais, ayant voté la confiance puis le budget, il faisait déjà partie de la majorité. Ancien ou nouveau monde, la politique reste toujours une affaire de rapport de force. C’est la grande leçon de ces dix-sept jours.

Paul Sugy
le 16 octobre 2018


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