COMITE VALMY

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« De la surdité du pouvoir et du caractère réparateur de la main invisible du marché »,
billet d’humeur par Bruno Adrie

samedi 3 novembre 2018, par Comité Valmy


« De la surdité du pouvoir et du caractère
réparateur de la main invisible du marché »,

Ce qui n’échappe à personne, aujourd’hui, c’est que le pouvoir est sourd. Sourd parce qu’il a raison et que les autres ont tort ? Non, bien entendu. Sourd parce qu’il faut aller vite. Sourd et déterminé à « réparer le pays » comme l’a dit Edouard Philippe lors d’une conférence de presse tenue le 28 août de cette année. Réparer le pays”, en fragilisant les salariés, bien sûr, en les condamnant à la précarité, en attaquant les retraites et la sécurité sociale et en effectuant un transfert de richesse – et de pouvoir – de l’Etat vers le patronat. Car n’oublions pas que dans le jargon orwellien expectoré par un Edouard Philippe, réparer signifie détruire les actifs publics qui ne rapportent pas et piller les actifs publics qui rapportent. En un mot, privatiser.

Cette surdité du pouvoir n’est pas le fait du seul parti des joyeux et croquignolesques Républicains ‘en marche’ – passés maîtres ès bourdes et docteurs ès applaudissements -, elle est aussi celui des austères et ombrageux Républicains rétrogrades, autrefois rassemblés sous la houlette du profiteur avéré François Fillon -théoricien du Blitzkrieg contre l’Etat-providence – , et aujourd’hui illuminés sous l’étendard de Laurent Wauquiez, grand scolastique du bullshit politico-émétique.

Une surdité bien utile, avançant sous le voile déchiré des “valeurs républicaines” – on n’ose plus trop parler de démocratie – qui seconde bien l’action de la « main invisible du marché ».

Car les marchés s’autorégulent comme l’ont depuis longtemps soutenu les économistes bullshit sortis des entrailles néolibérales de Milton Friedman, le même Friedman qui était allé personnellement rencontrer l’homme d’ordre Augusto Pinochet à Santiago du Chili pour lui expliquer que, pour que son pays sorte de la crise, il fallait toujours plus de libéralisme. Quand la main invisible du marché, non contente d’avoir été secondée par un coup d’Etat financé depuis Washington a besoin du coup de main visible de son inventeur !

Car l’histoire nous montre que la main invisible a bien du mal à s’imposer seule et à opérer les miracles que ses thuriféraires ne cessent de promettre au milieu des catastrophes.

Il en a fallu des menaces, des sanctions, des blocus, des meurtres et des coups d’Etats, des guerres et des bombardements, des mensonges mainstream et des averses de dénonciations contre ceux qui ne se sont pas laissés corrompre, afin que la main invisible du marché puisse se frayer un chemin sur des terres nouvelles, couvertes de cadavres et de fumées mais promises à un avenir radieux. Car pour pouvoir agir et « réparer » le monde, cette main invisible a cruellement besoin que d’autres mains s’emparent pour son compte des ressources sur lesquelles elle étendra son grand carnaval d’endettements et de spéculations. Elle a cruellement besoin que d’autres mains sécurisent les routes terrestres ou maritimes qui permettront d’acheminer les ressources dérobées aux « périphéries » vers le centre du monde où bat le coeur du marché salvateur. Elle a cruellement besoin que des institutions honorables corsètent les Etats, les ligotent dans des réseaux d’accords et de règlements à mécanismes complexes, avant de les coucher sous le couteau habile de ceux qui vivent de la revente du sang caillé des nations débité en tranches titrisées. Elle a cruellement besoin que d’autres mains, celles d’une presse chiennarde et tenue en laisse, dénoncent, par le faisceau convergent d’un pluralisme en trompe-l’œil, les coupables utiles et les ennemis opportuns qui cherchent et chercheront toujours à lui barrer la route et à priver le monde des réparations qu’elle ne manque jamais d’opérer partout où on sécurise son débarquement.

Bruno Adrie
2 novembre, 2018


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