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Point de Vue

G20 : impasse financière et ouverture politique par Hélène Nouaille et Alain Rohou

lundi 17 novembre 2008, par Comité Valmy

La Crise systèmique actuelle, financière, économique et politique souligne en effet, que "le monde change à trés grande vitesse". Les relations internationales sont en mutation à travers des rapports de forces géopolitiques nouveaux. Le Comité Valmy concernant la France, estime que la vieille alliance euro-atlantique tramée il y à près de 65 ans par les dirigeants américains et leurs amis ou agents, n’a plus de raisons d’être 20 ans après la disparition de l’URSS dont l’existence servait d’alibi au renoncement national. Le peuple-nation doit selon nous retrouver sa souveraineté et se désaliéner du guêpier euro-atlantiste. Alors la France libérée refusant la "suprématie" des USA sur le monde qu’Obama" annonce vouloir relancer, pourra pleinement jouer son rôle pour construire de nouvelles alliances et des coopérations entre Etats sur la base de la solidarité et de l’intérêt réciproque. Claude Beaulieu

“ Mal dépenser et mal amasser leur a fermé le monde de la beauté, et les a jetés dans cette bataille ; ce qu’elle est, je n’ai point à l’embellir ”. Dante, la Divine Comédie, Chant septième, traduction Alexandre Masseron, Albin Michel, 1995.

Qui l’eût dit, qui l’eût cru ? 85 % du PNB mondial était rassemblé dans l’urgence à Washington, le 15 novembre. L’objet déclaré ? Remettre de l’ordre dans le système financier mondial. Le résultat est difficile à évaluer – à court terme, rien ne change, impasse. Il laisse les acteurs de terrain perplexes : “ Après m’être torturé en lisant sérieusement l’entière déclaration du G20, ma conclusion est que le groupe peut maintenant organiser une ronde façon “ Si tous les gars du monde...”. La déclaration offre des prescriptions enthousiastes pour ce qui devrait être fait en général, mais rien de plus opérationnel ” écrit Andrew Busch (Global Finance Strategist chez BMO Financial Group) pour le site américain CNBC (1), résumant assez bien le sentiment général.

Les Bourses, déçues, continuent leur chemin chaotique. La crise financière aussi, les économies se dégradent partout, les mauvaises nouvelles font la une des médias. Les analystes montrent de l’humeur, certains voyant, dans le report de décisions concrètes à mars ou avril prochains, la preuve d’un chacun pour soi à venir (Stratfor), d’autres espérant un retour à la “normale” dans un avenir plus ou moins lointain, après une “purge” salvatrice, quelques audacieux tentant d’imaginer une alternative au dollar roi – sans dissimuler la complexité technique d’un changement de monnaie de réserve. Les prix Nobel s’expriment (Stiglitz, Krugman), les think tanks produisent des rapports, les dirigeants reviennent à leurs affaires internes pressantes, le public se tait, pour l’instant, et la vie continuej.

Rien de neuf, vraiment ? Pourtant le monde change à très grande vitesse sous la poussée d’une vague qui déstructure des équilibres qui paraissaient installés pour longtemps – pour toujours, pour mille ans ? nous avaient dit les néoconservateurs imprudents, vous savez, avec la “ fin de l’histoire ”. Sa force déshabille les impostures, les pensées indigentes, les mensonges d’Etat, les certitudes confortables, les dogmes – partout, en Europe, Russie comprise, outre Atlantique, au Nord et au Sud, mais aussi en Asie, Inde, Japon, Chine dont on se figurait tant de merveilles et qui ne va pas bien... Ah, se dit-on, la tempête nettoie le ciel, mais le chaos est anxiogène. Le chaos ?

Peut-être pas. Le brouillard se déchire ici et là, on peut entr’apercevoir des ouvertures, des chemins hors des fondrières où l’on patauge. Un exemple ? Ce fameux 15 novembre, à Washington, en marge du G20 où les dirigeants se concertaient, ce qui n’est pas rien, autour du président sortant George Bush, d’autres fils se tissaient avec la nouvelle équipe du pays qui reste au coeur du paysage mondial aujourd’hui. Madeleine Albright, Secrétaire d’Etat du président Clinton entre 1997 et 2001 et conseillère du président élu Barack Obama, qui n’assistait pas à la réunion officielle, était “ disponible ” pour ceux qui le souhaitaient. Ainsi fut-il organisé, par le Council on Foreign Relations (CFR), un entretien avec le président russe Dimitri Medvedev, en présence de la presse. Son discours annuel à la Fédération du 5 novembre (2) - missiles Iskander compris - était dans tous les esprits.

Un moment d’exception, nous disent les journalistes présents, dont Tim Brokaw, de la chaîne de télévision NBC, qui a dirigé le second débat entre les candidats à la Maison Blanche : “ Je travaille sur la Russie depuis longtemps et je ne m’attendais pas à ce que le président russe arrive ici et ait un discours aussi sincère sur tout ce qui se passe en Russie, sur les différends qui opposent nos deux pays ” (3). Qu’a-t-il dit ? Rien qui surprenne nos lecteurs : il a repris les thèmes, économie russe, sécurité européenne, missiles anti missiles, Afghanistan, Iran, Géorgie, relations de voisinage – et relations, bien sûr, avec les Etats-Unis de Barack Obama. Mais il a parlé directement, sur le sol américain, servi par un préjugé favorable (il n’est pas Vladimir Poutine, bien que les positions exprimées soient les mêmes).

Le ton était libre, ferme, très personnel : “ Je peux admettre que, récemment, nous (Russie USA) avons expérimenté une crise de confiance. La confiance n’existe pas aujourd’hui dans le monde de la finance, et ceci se reflète partout ailleurs. Je pense qu’il n’existe pas de confiance dans les relations Russie-US, la confiance dont nous avons besoin ”. Besoin parce que nombre de problèmes sont communs (Afghanistan, Iran, Corée du Nord, terrorisme). “ Nous avons eu une chance unique d’établir une nouvelle base de relations après le 11 septembre (...) mais beaucoup de choses qui auraient pu se produire ne sont jamais arrivées (...). Cependant, nous pouvons modifier le contexte stratégique des relations américano russes. Il y a des problèmes qui peuvent être résolus aussitôt que possible ”.

Madeleine Albright, qui n’est pas née de la dernière pluie, le pousse à la clarté lorsqu’il parle de sécurité européenne : “ Je viens juste de lire ce qui s’est passé à Nice (rencontre UE Russie, le 14 novembre), en termes d’architecture européenne de sécurité. J’ai été très intéressée par votre propos – il ne s’agit pas de remplacer l’OTAN. Comment voyez vous les choses ? ”. Nous avons besoin de faire entendre notre voix, répond le président russe, puisque nous n’appartenons pas directement aux institutions économiques, politiques et militaires européennes. Oui, continue son interlocutrice, mais encore ? “ La question est comment voyez-vous les relations entre vous et l’OTAN ? ”. Il existe des instances de discussion, il faut y travailler, lui dira Dimitri Medvedev.

Mais c’est Alton Fryes, du CFR, qui obtiendra, sur le même sujet, la réponse la plus étonnante. Le président russe a développé sa pensée, ce qu’il entendait par les intérêts russes – les relations privilégiées de la Russie avec les pays de l’ancienne URSS, les pays “ où l’on parle russe ”, ou encore une grande partie de l’Europe. Très directement, Alton Fryes lui demande alors s’il serait ouvert à l’idée d’une “ appartenance à l’OTAN ”. “ Bonne question ”, répond Medvedev, “ la Russie n’est pas fermée à discuter de toute forme de coopération avec l’OTAN, si cela sert l’intérêt de la paix dans le monde. Je ne sais pas s’il est facile aujourd’hui d’analyser la possibilité d’une accession de la Russie à l’OTAN. La situation ne plaide pas en sa faveur. Mais il y a cette phrase judicieuse : “ ne jamais dire jamais ”.

Que montre, au-delà de l’anecdote, la lecture de la transcription disponible (4) de la conférence ? Justement, un paysage très intéressant en géopolitique, la réaffirmation, en filigrane, d’une continuité continentale Europe Russie chère aux pionniers de la discipline, certes, mais posée non pas en rivalité d’un axe maritime anglo saxon (et canadien), mais comme une partie de la “civilisation européenne”, dont, nous disait Dimitri Medvedev avant l’été (5) les Etats-Unis sont la troisième branche. L’idée n’est donc pas neuve, mais elle est portée aujourd’hui dans un temps de changement (présidences américaine et russe) et de remise en cause inexorable de l’ordre du monde, comme une alternative possible aux affrontements d’hier – et de demain.

La proposition est faite dans une perspective de paix. Dimitri Medvedev parle de la Chine, dont on sait peu sur les intentions, sauf qu’elle est fortement touchée dans sa croissance : “ Je n’ai aucune préoccupation à l’égard de la Chine. Juste après cet agréable entretien avec vous, je doit rencontrer le président Hu Jintao. Nous avons d’excellentes relations qu’on désigne habituellement comme un partenariat stratégique. Nous avons des terrains communs en grand nombre : développement économique, questions politiques. Ce qui ne veut pas dire que nous avons les mêmes systèmes politiques ou que nous partageons les mêmes vues sur tout ; mais, néanmoins, nous avons un très bon échange, accompli et amical (...). Et bien sûr, je souhaite avoir le même type de relation avec les Etats-Unis ”.

Le président russe sait par ailleurs qu’il a quelques soutiens en Europe – dont l’Allemagne, l’Italie, la France et le Royaume Uni par une de ces volte face familières à la grande Angleterre, avec le ralliement de Gordon Brown qui a été rapide à comprendre le sens de l’histoire. Cela suffira-t-il à ouvrir seulement une perspective ? Ou faut-il croire, avec George Friedman (Stratfor) que “ l’urgence d’octobre est passée ”, que les dirigeants sont de “ superbes sismographes pour détecter les désastres menaçants ”, qu’ils pensent maintenant avoir du temps, et que malgré les cris des Européens, “ peu de choses seront changées dans l’ordre international ” ? Ou encore, que “ maintenant chaque pays court pour lui-même ” parce qu’un “ coup fatal a été porté le 8 août dernier, quand la Russie et la Géorgie sont entrées en guerre et le 11 octobre quand le G7 s’est terminé sans une seule résolution (...) ? ”.

Curieuse façon de mettre, d’ailleurs, la Russie au centre du jeu – puis de nier l’ampleur des conséquences de la crise. Madeleine Albright (peut-être inspirée, pour son président élu) s’est montrée autrement plus ouverte et réaliste avec son invité. C’est que le futur président américain, s’il veut se consacrer à rétablir la situation intérieure de son pays et à venir à bout des conflits extérieurs engagés, pourrait être plus intéressé que son prédécesseur par une relation apaisée – voire de coopération – avec une Russie qui ne présente, à court terme, aucune menace pour les intérêts nationaux américains. A plus long terme, les choses sont différentes : il l’a affirmé lors de son passage à Berlin pendant sa campagne électorale, Barack Obama souhaite garder le “ leadership du monde ”. Il n’a pas dit comment.

Ajoutons que Dimitri Medvedev est le seul à proposer la construction d’un ordre cohérent et stable, qu’on y adhère ou non est une autre question, une ouverture qui prend la crise en compte, avec ses aspects dévastateurs, systémiques. Un repère et une assurance, si l’on sait l’entendre. Nous ne croyons pas que les dirigeants réunis au G20 pensent que l’urgence est passée et qu’ils ont du temps – sauf à savoir que plus rien ne parviendra à contrer la déstructuration du système financier et de l’économie et qu’il faut laisser passer la vague avant de reconstruire – pour se donner des règles ils ont un rendez-vous dans quatre mois, peu de temps pour construire à vingt. Mais un autre repère quand tout glisse, tout file, surtout les déficits, et que la crise n’a pas de maître hors sa propre logique – tout le reste étant impasse. Ultime sécurité, a-t-on jamais vu les dirigeants du monde se réunir, parler, échanger autant ?

La dépression qui s’annonce sera gérée par chacun en fonction de ses intérêts propres, qui sont contradictoires, écrivions nous en mars 2008 (6). Les uns sans les autres, disions nous en titre. Espérons que ce ne soit pas les uns contre les autres.

Ce serait la pire des impasses.

Hélène Nouaille, Alain Rohou

Notes :

(1) CNBC.com, le 17 novembre 2008, Andrew Busch, The G20 Way Forward : Spend, Spend, Spend http://www.cnbc.com/id/27767654

(2) Voir Léosthène n° 437/2008 (8 novembre) Medvedev : premier discours annuel à la Fédération http://www.leosthene.com/spip.php ?article916 Dimitri Medvedev a donné, le 13 novembre 2008, une interview au Figaro : Medvedev tend la main à Obama http://www.lefigaro.fr/international/2008/11/13/01003-20081113ARTFIG00293-medvedev-tend-la-main-a-obama-.php Texte complet de l’interview (en anglais) sur le site du Kremlin : http://www.kremlin.ru/eng/speeches/2008/11/13/0959_type82916_209127.shtml

(3) Ria Novosti, 16 novembre 2008, La franchise de Dimitri Medvedev surprend les spécialistes américains http://fr.rian.ru/world/20081116/118343469.html

(4) Council on Foreign relations, le 15 novembre 2008, A Conversation with Dmitry Medvedev http://www.cfr.org/publication/17775/conversation_with_dmitry_medvedev.html

(5) Voir Léosthène n° 416/2008 (23 juillet) Sécurité européenne : la Russie à l’ouverture http://www.leosthene.com/spip.php ?article854 Discours de Dimitri Medvedev à Berlin, le 5 juin 2008, Speech at Meeting with German Political, Parliamentary and Civic Leaders http://kremlin.ru/eng/speeches/2008/06/05/2203_type82912type82914type84779_202153.shtml Dimitri Medvedev Speech at the Meeting with Russian Ambassadors and Permanent Representatives to International Organisations July 15, 2008 Russian Foreign Ministry, Moscow http://kremlin.ru/eng/speeches/2008/07/15/1121_type82912type84779_204155.shtml

(6) Léosthène n° 380/2008 (19 mars), Grande dépression : les uns sans les autres (accès libre) http://www.leosthene.com/spip.php ?article788&var_recherche=depression


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