COMITE VALMY

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Rocard-Delors-Juppé lavent les pieds de leurs fidèles
par Dimitri

jeudi 20 janvier 2011, par Comité Valmy


Le 24 Décembre 2008, les représentants du pape en France, en concurrence avec le lobby islamique, donnent le coup de grâce à la laïcité. La veille « de la naissance du Christ » trois chrétiens, trois « mages », Rocard, Delors, Juppé signent dans Le Monde un article refondateur de la doctrine sociale de l’église. Il ne faut pas oublié que ces trois apôtres chrétiens ont déjà gouverné la France et l’Europe. Le texte intégral suit.

Noël dans la crise : un rendez-vous pour l’espérance

Texte paru dans le Monde le 24 décembre 2008 et signé par Jacques Delors, Alain Juppé, Michel Rocard et d’autres.

La naissance du Christ parmi les plus pauvres, autant dire presque dans la rue, mais aussi de nombreux textes bibliques et écrits sociaux des Eglises chrétiennes, nous renvoient à des références éthiques essentielles pour affronter la crise. La pensée sociale chrétienne qui s’appuie sur ces références n’est pas une alternative à un quelconque système économique, mais un socle de réflexion qui a vocation à inspirer tout mode d’organisation durable de la société.

Ce socle repose sur deux priorités : celle de l’homme sur l’économie, l’économie est au service de l’homme et non l’inverse, et celle des pauvres sur les privilégiés, l’équité condamne une trop grande inégalité entre les revenus. Ces deux priorités définissent les six piliers fondateurs de la pensée sociale chrétienne : la destination universelle des biens (la propriété privée est légitime si son détenteur en communique aussi les bienfaits à ceux qui en ont besoin), l’option préférentielle pour les pauvres, le combat pour la justice et la dignité, le devoir de solidarité, le bien commun et le principe de subsidiarité (faire confiance à ceux qui se trouvent au plus près du terrain pour résoudre ensemble leurs difficultés).

Et, en leur temps, les Pères de l’Eglise n’y allaient pas par quatre chemins. Avec saint Ambroise, par exemple, qui affirmait : « Quand tu fais l’aumône à un pauvre, tu ne fais que lui rendre ce à quoi il a droit, car voici que ce qui était destiné à l’usage de tous, tu te l’es arrogé pour toi tout seul. »

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Jaurès ou Gorbatchev, plus près de nous, prétendaient trouver, le premier dans les textes du pape Léon XIII sur la question ouvrière, le second dans ceux de Jean Paul II, des références qui pouvaient fonder une société plus juste.

Dans leur session consacrée à l’argent en 2003, les Semaines sociales de France, lieu de réflexion des chrétiens sur les problèmes de société depuis plus d’un siècle, critiquaient certains aspects des rémunérations des dirigeants, dont les stock-options, dans la mesure où elles négligent, voire compromettent, la gestion de l’économie sur le long terme.

Ce faisant, les chrétiens ne condamnent pas l’économie de marché sous toutes ses formes. Ils rappellent – en accord avec l’économiste Adam Smith – que ce type d’économie ne peut fonctionner que dans des sociétés basées sur les valeurs morales que sont le respect des autres et une certaine sobriété dans l’usage des biens matériels.

INDISPENSABLE RÉGULATION

Il s’agit donc de ne récuser ni le profit ni les investisseurs qui prennent des risques dans l’entreprise, mais d’appeler à une indispensable régulation de leur fonctionnement par les autorités publiques et par l’action de corps intermédiaires, tels que les organisations non gouvernementales et les syndicats, notamment.

Les chrétiens ont des valeurs à faire fructifier avec ceux qui ne partagent pas nécessairement leur foi. Et les plus privilégiés d’entre eux sont appelés à se comporter en citoyens vigilants par leurs choix politiques, à refuser le toujours-plus, à s’engager, notamment au niveau local, à accepter un niveau d’impôts volontariste pour une solidarité active, à respecter un mode de consommation plus sobre et plus équitable. Dans leurs lieux de vie, ils auront toujours le souci de faire entendre la voix des plus exclus.

La célébration de Noël invite à réactualiser le sens que nous donnons à l’économie et à choisir la voie de la solidarité. Cela devient plus qu’urgent. Impératif.

Nos commentaires

1- Le texte paru dans le Monde le 24 décembre 2008 est signé par Guy Aurenche (Droit, catho), Jean Boissonnat (IEP, catho), Daniel Casanova, Jacques Delors (ex président CE, CFTC, CFDT, catho), Xavier Emmanuelli (Médecine, Médecins sans frontières), Jean-Baptiste de Foucauld (IEP, ENA, catho), Sylvie Germain (thèse sur la notion d’ascèse dans la mystique chrétienne), Jean-Claude Guillebaud (NouvelObs, catho), Jean-Pierre Hourdin (catho), François-Régis Hutin (petit séminaire, Ouest-France, catho), Alain Juppé (ENS, condamné pour « prise illégale d’intérêt et recel d’abus de biens sociaux »), Patrick Peugeot (X, ENA, Cimade, Michel Rocard (IEP, ENA, protestant), Robert Rochefort (Maths, ENSAE, MoDem, catho), Eric-Emmanuel Schmitt (ENS, théâtre), François Soulage (SciencesPo, CFDT, PSU), René Valette (vice-recteur de l’Université catholique de Lyon), Jérôme Vignon (X, ENSAE, catho) François Villeroy de Galhau (X, ENA, dircab DSK, catho).

2- « Des références éthiques essentielles pour affronter la crise ». Les revenus officiels en 2008 de M. Rocard : 13 848 €/mois (député européen, 6 735 € ; 5 mandats de député, 7 765 € ; 3 mandats de maire, 921 €) plus les « ménages » (d’après son agent, Daniel Reyt, il est « très souvent sollicité par les fédérations patronales ») plus voiture de fonction et secrétaire. Rencontrer dieu à cet âge là c’est trop facile. Mais il peut devenir bon chrétien « en donnant son manteau » comme Jésus l’a fait. Qu’il parle à son agent si une telle opération est rentable financièrement. Nous n’avons pas tenu compte de l’argent de poche offert par N. Sarkozy dans le cadre de ses multiples collaborations (taxe carbone, présidence du pôle Nord, rapports, …) Nous n’évoquerons pas bien entendu l’« éthique socialiste ». Ni la piscine, ni court de tennis, ni la salle de bain de Marie-Antoinette.

3- « L’économie est au service de l’homme et non l’inverse ». On croit rêver. Le normalien Juppé se marre déjà ! Il ne reste plus que les miracles. La crise actuelle, la politique pétainiste, la politique chrétienne de la dictature des colonels-chrétiens en Grèce ont montré l’inverse. De plus, ils insultaient les pauvres, « les incultes », parce qu’ils ont voté contre la constitution libérale-chrétienne de l’Europe (les ouvriers à 80%, les employés à 75%).

4- « Aumône à un pauvre. » Le pape Léon XIII nous explique le but. « Un tel but n’ennoblit pas seulement le rôle des riches envers les prolétaires, il ennoblit les prolétaires eux-mêmes, car, en excitant ces derniers à se préparer un sort plus heureux, il les détourne d’une foule de dangers, les met à l’abri des mauvaises passions et leur facilite la pratique de la vertu. » D. Straus-Kahn avait produit une traduction française de ce passage : « Du groupe le plus défavorisé, on ne peut malheureusement pas toujours attendre une participation sereine à une démocratie parlementaire. Non pas qu’il se désintéresse de l’Histoire, mais ses irruptions s’y manifestent parfois dans la violence. »

5- Alain Juppé a expliqué au Monde pourquoi il a signé le texte : « J’adhère complètement au message social de l’Eglise », « J’aime bien cette idée de sobriété, je me suis toujours inspiré de cette idée de mesure, d’esprit de modération. » Le premier de la classe a été condamné pour « abus de confiance, recel d’abus de biens sociaux, et prise illégale d’intérêt ». Le tribunal a surtout apprécié la mesure et la modération de ce chrétien exemplaire soutenu par BHL et Finkielkraut.

6- « La naissance du Christ. » Il n’existe aucune preuve à ce jour de l’existence du Christ. Le croire est de l’ordre de la foi. Croire en dieu ou en diable est une attitude respectable lorsqu’elle est d’ordre privé.

7- Le texte n’est pas innocent. Les signateurs se réclament du pape Léon XIII (1810-1903). Il s’agit du théoricien de la pensée sociale de l’Eglise. Dans son long discours du 18 janvier 1901 il oppose la démocratie sociale à la démocratie chrétienne. Suivons le professeur de nos trois humbles serviteurs :

« Que prétend la démocratie sociale, et quel doit être le but de la démocratie chrétienne ? […] C’est pour cela qu’ils voudraient [les défenseurs de la démocratie sociale] que, dans l’Etat, le pouvoir appartînt au peuple. Ainsi, les classes sociales disparaissant et les citoyens étant tous réduits au même niveau d’égalité, ce serait l’acheminement vers l’égalité des biens ; le droit de propriété serait aboli, et toutes les fortunes qui appartiennent aux particuliers, les instruments de production eux-mêmes, seraient regardés comme des biens communs.

« Au contraire, la démocratie chrétienne, par le fait seul qu’elle se dit chrétienne, doit s’appuyer sur les principes de la foi divine comme sur sa propre base. Elle doit pourvoir aux intérêts des petits, sans cesser de conduire à la perfection qui leur convient les âmes créées pour les biens éternels. Pour elle, il ne doit y avoir rien de plus sacré que la justice ; il lui faut garder à l’abri de toute atteinte le droit de propriété et de possession, maintenir la distinction des classes qui, sans contredit, est le propre d’un État bien constitué ; enfin, il faut qu’elle accepte de donner à la communauté humaine une forme et un caractère en harmonie avec ceux qu’a établis le Dieu créateur.

« Il est donc évident que la démocratie sociale et la démocratie chrétienne n’ont rien de commun ; il y a entre elles toute la différence qui sépare le système socialiste de la profession de la foi chrétienne. » Nos trois gouvernants de la France-Europe vaticane ont recopié la lettre encyclique du pape Graves de communi re du 18 janvier 1901 !

8- « Les chrétiens ont des valeurs à faire fructifier avec ceux qui ne partagent pas nécessairement leur foi. » Le pape de la paix sociale et de l’ordre naturelle nous parle : « Vous comprenez sans peine, Vénérables Frères, que Nous parlons de la secte de ces hommes qui s’appellent diversement et de noms presque barbares, socialistes, communistes et nihilistes, et qui, répandus par toute la terre, et liés étroitement entre eux par un pacte inique, ne demandent plus désormais leur force aux ténèbres de réunions occultes, mais, se produisant au jour publiquement, et en toute confiance, s’efforcent de mener à bout le dessein, qu’ils ont formé depuis longtemps, de bouleverser les fondements de la société civile. » (Lettre encyclique QUOD APOSTOLICI MUNERIS du 28.12.1878)

Rocard et Delors, ayant lu tardivement les encycliques du pape, ont abandonné l’étiquette barbare « socialiste » récemment. Juppé, normalien, est plus malin.

9- Les auteurs oublient de signaler la domination chrétienne à l’Occident pendant plus de mille ans. Pouvoirs sans partage, des millions de victimes, obscurantisme et misère des pauvres. L’aumône, ancêtre du RMI, et le Paradis, la récompense de la docilité sur Terre. Toutes les dictatures modernes se réclament de la religion chrétienne (les musulmans ayant le monopole de l’Orient). Plus jamais ça.

10- Le principe de Subsidiarité (introduit par Delors en 1986-1990) qui régit l’Union Européenne a été élaboré sur le modèle des corporations fascistes dont les racines se trouvent chez Thomas d’Aquin (société corporatiste, autonomie de l’économie, l’Etat se limite à la sécurité intérieure et extérieure, les corporations gèrent).

11- Le contexte de la lettre Rocard-Delors-Juppé : Le 17 décembre 2008 un colloque à Paris a été organisé dans le cadre de la Présidence française sur le thème : « Religions et puissance publique dans l’Union Européenne ». Le 18 décembre 2008 l’Etat « démocratique » du Vatican et la France « laïque » avaient signé un accord sur la reconnaissance des diplômes de « l’enseignement supérieur catholique ». L’Europe vaticane tant rêvée par Rocard-Delors-Juppé.

12- Ce texte clérical de Rocard-Delors-Juppé a été publié par toute la presse (Le Monde, Le Figaro, La Croix, L’Humanité, Le Parisien, Ouest-France, presse régionale) au milieu de la crise. La date du 24 décembre et les circonstances ne sont pas un hasard de nos auteurs cultivés. Les précédents sont bien connus.

° Le 24 décembre 1940, Pétain utilise le même langage chrétien : « je pense, aussi, ce soir, à tous ceux qui souffrent, à ceux qui ne mettent dans leur cheminée ni bûches, ni charbon, à ceux qui ont entendu, jadis, parler du réveillon et qui ne savent pas ce qu’ils mangeront demain, aux enfants qui ne trouveront pas de jouets dans leurs souliers, aux réfugiés qui n’entendront Plus, cette année, la cloche de leur village. Je pense aux pauvres, à tous les pauvres, à ceux des asiles de nuit et des soupes populaires, aux chômeurs, à tous les malheureux que l’Entr’aide d’Hiver n’a pu secourir encore, à ceux qui se raidissent, à ceux qui s’abandonnent. »

° Le 24 décembre 1941, Notre père Pétain nous parle : « La nuit s’épaissit sur le monde. La paix tant désirée s’éloigne encore de l’espérance humaine, mais nos énergies sont intactes et nous restons dans la voie du devoir. » Son adresse aux prisonniers est un modèle recopié par les auteurs.

° Le 24 décembre 1942, Pétain s’adresse à la Nation : « À l’heure où il semble que la terre manque sous vos pieds, levez la tête vers le ciel. Vous y trouverez assez d’étoiles pour ne plus douter de l’éternité de la lumière et pour placer où il convient vos espérances. »

° Le 24 décembre 1943, Pétain vend enfin la mèche : « Noël, fête de la Nativité. Et la mort plane sur le monde entier. Nos prisonniers, nos travailleurs sont loin de nous, ils retrouveront leur foyer. Nos villes sont détruites, nous les reconstruirons. Une fois de plus, je vous adjure de penser par-dessus tout au péril de mort que courrait notre pays si sur lui s’abattait la hideuse guerre civile ou si triomphaient le communisme et sa barbarie païenne ».

Les références papales de Rocard-Delors-Juppé

Rocard-Delors-Juppé théologiens. La pensée chrétienne pour guérir les maux du capitalisme ! Ils sortent d’où ces gens-là ? Nouveaux philosophes ? On a déjà donné … Je rêve … Ils ont gouverné la France et l’Europe depuis trente ans et ils pensent … aux pauvres. Ils se réclament des pauvres (le cynisme chrétien poussé au paroxysme du pape Pacelli). Mais les « classes inférieures » connaissent déjà leurs oeuvres : Corruption, économie-casino, bourse-reine, impôts de tout genre, amnisties multiples aux riches, paupérisation de la classe ouvrière, milliards au patronat, … Ils ont tout essayé : « la nouvelle société », « la modernité blairiste », « le socialisme », la social-démocratie, le socialisme libéral, le « centre-gauche », la « social-démocratie rénovée », le libéral-socialisme, les variantes japonaise, suédoise, danoise, …

Leurs remèdes économiques, leurs recettes libérales et philosophiques ne marchent plus. Ils se cramponnent à la propriété privée, leurs privilèges ! Ils ont peur que les prolétaires occupent les immenses propriétés de l’Eglise. Ils proposent l’aumône comme solidarité (déjà Rocard faisait payer son RM« I » aux autres salariés). Il ne reste plus que le recours à dieu ! Retour au Moyen Âge. L’ordre naturel. Dieu garant de la paix sociale. La dernière carte de la social-démocratie avant de rendre l’âme.

La démocratie chrétienne se réclame de la doctrine sociale de l’Eglise. Cette doctrine a été définie essentiellement par les encycliques Rerum Novarum de Léon XIII (15.05.1891), effrayé par la montée du mouvement ouvrier, et Quadragesimo Anno de Pie XI (15.05.1931), émerveillé par le syndicalisme mussolinien. Ce sont des textes intégristes utilisés par Pétain, Salazar, Franco, les fascistes Hongrois et Croates, et actuellement par les mouvements de l’extrême droite en Europe. On notera que ces textes ont inspiré Schumann, Monnet, Lecanuet, Delors pour la « construction » de l’Europe. On devrait enseigner ces textes fondamentaux dans nos écoles comme contre-exemples. La forte personnalité de Le Pen avait effacé la médiocrité de Rocard-Delors-Juppé sur le terrain de la doctrine sociale de l’église. On est revenu aux années trente suite au krach de 1929 et l’encyclique du pape.

Nous publions ci-après de larges extraits de deux textes dont Rocard-Delors-Juppé se référent. Il s’agit des textes originaux accessibles au site du Vatican.

Extrait de l’encyclique Rerum Novarum de Léon XIII (15.05.1891)

1) Le problème n’est pas aisé à résoudre, ni exempt de péril. Il est difficile, en effet, de préciser avec justesse les droits et les devoirs qui règlent les relations des riches et des prolétaires, des capitalistes et des travailleurs. D’autre part, le problème n’est pas sans danger, parce que trop souvent d’habiles agitateurs cherchent à en dénaturer le sens et en profitent pour exciter les multitudes et fomenter les troubles.

2) Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes qui étaient pour eux une protection. Les sentiments religieux du passé ont disparu des lois et des institutions publiques et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vu, avec le temps, livrer à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue accroître encore le mal.

Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l’Eglise, elle n’a cessé d’être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain et d’une insatiable cupidité. À tout cela, il faut ajouter la concentration entre les mains de quelques-uns de l’industrie et du commerce devenus le partage d’un petit nombre d’hommes opulents et de ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires.

3) Les socialistes, pour guérir ce mal, poussent à la haine jalouse des pauvres contre les riches. Ils prétendent que toute propriété de biens privés doit être supprimée, que les biens d’un chacun doivent être communs à tous, et que leur administration doit revenir aux municipalités ou à l’Etat. Moyennant ce transfert des propriétés et cette égale répartition entre les citoyens des richesses et de leurs avantages, ils se flattent de porter un remède efficace aux maux présents.

4) Mais, et ceci paraît plus grave encore, le remède proposé est en opposition flagrante avec la justice, car la propriété privée et personnelle est pour l’homme de droit naturel.

5) Il ressort une fois de plus que la propriété privée est pleinement conforme à la nature.

6) Aucune loi humaine ne saurait enlever d’aucune façon le droit naturel et primordial de tout homme au mariage, ni écarter la fin principale pour laquelle il a été établi par Dieu dès l’origine.

7) De tout ce que Nous venons de dire, il résulte que la théorie socialiste de la propriété collective est absolument à répudier comme préjudiciable à ceux-là mêmes qu’on veut secourir, contraire aux droits naturels des individus, comme dénaturant les fonctions de l’Etat et troublant la tranquillité publique. Que ceci soit donc bien établi : le premier principe sur lequel doit se baser le relèvement des classes inférieures est l’inviolabilité de la propriété privée.

8) Le premier principe à mettre en avant, c’est que l’homme doit accepter cette nécessité de sa nature qui rend impossible, dans la société civile, l’élévation de tous au même niveau. Sans doute, c’est là ce que poursuivent les socialistes.

9) Dans la société, les deux classes sont destinées par la nature à s’unir harmonieusement dans un parfait équilibre. Elles ont un impérieux besoin l’une de l’autre : il ne peut y avoir de capital sans travail, ni de travail sans capital. La concorde engendre l’ordre et la beauté. Au contraire, d’un conflit perpétuel il ne peut résulter que la confusion des luttes sauvages.

10) Tout l’ensemble des vérités religieuses, dont l’Eglise est la gardienne et l’interprète, est de nature à rapprocher et à réconcilier les riches et les pauvres, en rappelant aux deux classes leurs devoirs mutuels.

11) Aux patrons, il revient de veiller à ce que l’ouvrier ait un temps suffisant à consacrer à la piété ; qu’il ne soit point livré à la séduction et aux sollicitations corruptrices ; que rien ne vienne affaiblir en lui l’esprit de famille, ni les habitudes d’économie.

12) Que vous abondiez en richesses et en tout ce qui est réputé biens de la fortune, ou que vous en soyez privé, cela n’importe nullement à l’éternelle béatitude. « Si nous souffrons avec lui, nous régnerons avec lui ».

13) Mais au-dessus des jugements de l’homme et de ses lois, il y a la loi et le jugement de Jésus-Christ, notre Dieu, qui nous persuade de toutes manières de faire habituellement l’aumône.

14) Mais il est bon de traiter à part certains points de la plus grande importance. En premier lieu, il faut que les lois publiques soient pour les propriétés privées une protection et une sauvegarde. Ce qui importe par-dessus tout, au milieu de tant de cupidités en effervescence, c’est de contenir les masses dans le devoir. L’autorité publique doit alors intervenir. Mettant un frein aux excitations des meneurs, elle protégera les moeurs des ouvriers contre les artifices de la corruption et les légitimes propriétés contre le péril de la rapine.

15) Il n’est pas rare qu’un travail trop prolongé ou trop pénible, et un salaire jugé trop faible, donnent lieu à ces chômages voulus et concertés qu’on appelle des grèves. A cette maladie si commune et en même temps si dangereuse, il appartient au pouvoir public de porter un remède. Ces chômages en effet, non seulement tournent au détriment des patrons et des ouvriers eux-mêmes, mais ils entravent le commerce et nuisent aux intérêts généraux de la société. Comme ils dégénèrent facilement en violences et en tumultes, la tranquillité publique s’en trouve souvent compromise.

16) C’est de là que découle la nécessité du repos et de la cessation du travail aux jours du Seigneur. Le repos d’ailleurs ne doit pas être entendu comme une plus large part faite à une stérile oisiveté, ou encore moins, suivant le désir d’un grand nombre, comme un chômage fauteur des vices et dissipateur des salaires, mais bien comme un repos sanctifié par la religion.

17) La violence des bouleversements sociaux a divisé le corps social en deux classes et a creusé entre elles un immense abîme. D’une part, une faction toute-puissante par sa richesse. Maîtresse absolue de l’industrie et du commerce, elle détourne le cours des richesses et en fait affluer vers elle toutes les sources. Elle tient d’ailleurs en sa main plus d’un ressort de l’administration publique. De l’autre, une multitude indigente et faible, l’âme ulcérée, toujours prête au désordre. Eh bien, si l’on stimule l’industrieuse activité du peuple par la perspective d’une participation à la propriété du sol, l’on verra se combler peu à peu l’abîme qui sépare l’opulence de la misère et s’opérer le rapprochement des deux classes.

18) Mais il y a une condition indispensable pour que tous ces avantages deviennent des réalités. Il ne faut pas que la propriété privée soit épuisée par un excès de charges et d’impôts. Ce n’est pas des lois humaines, mais de la nature qu’émane le droit de propriété individuelle. L’autorité publique ne peut donc l’abolir. Elle peut seulement en tempérer l’usage et le concilier avec le bien commun.

19) La religion ainsi constituée comme fondement de toutes les lois sociales, il n’est pas difficile de déterminer les relations mutuelles à établir entre les membres pour obtenir la paix et la prospérité de la société.

20) A tous ces ouvriers, les corporations des catholiques peuvent être d’une merveilleuse utilité, si, hésitants, elles les invitent à venir chercher dans leur sein un remède à tous leurs maux, si, repentants, elles les accueillent avec empressement et leur assurent sauvegarde et protection.

Extrait de l’encyclique Quadragesimo Anno de Pie XI (15.05.1931)

1. Grève et lock-out sont interdits ; si les parties ne peuvent se mettre d’accord, c’est l’autorité qui intervient.

2. Collaboration pacifique des classes, éviction de l’action et des organisations socialistes, influence modératrice d’une magistrature spéciale.

3. Il ne peut y avoir de capital sans travail, ni de travail sans capital.

4. Ce qui, à notre époque, frappe tout d’abord le regard, ce n’est pas seulement la concentration des richesses, mais encore l’accumulation d’une énorme puissance, d’un pouvoir économique discrétionnaire, aux mains d’un petit nombre d’hommes qui d’ordinaire ne sont pas les propriétaires, mais les simples dépositaires et gérants du capital qu’ils administrent à leur gré.

5. Pour éviter l’écueil tant de l’individualisme que du socialisme, on tiendra surtout en compte du double caractère, individuel et social, que revêtent le capital ou propriété d’une part, et le travail de l’autre. Les rapports entre l’un et l’autre doivent être réglés selon les lois d’une très exacte justice commutative, avec l’aide de la charité chrétienne. Il faut que la libre concurrence contenue dans de raisonnables et justes limites, et plus encore la puissance économique, soient effectivement soumises à l’autorité publique en tout ce qui relève de celle-ci.

6. Que si le socialisme, comme toutes les erreurs, contient une part de vérité (ce que d’ailleurs les souverains pontifes n’ont jamais nié), il n’en reste pas moins qu’il repose sur une théorie de la société qui lui est propre et qui est inconciliable avec le christianisme authentique. Socialisme religieux, socialisme chrétien, sont des contradictions : personne ne peut être en même temps bon catholique et vrai socialiste.

7. C’est Notre devoir pastoral de les avertir du péril redoutable qui les menace : qu’ils se souviennent tous que ce socialisme éducateur a pour père le libéralisme et pour héritier le bolchevisme.

8. Mais, à considérer plus à fond, il apparaît avec évidence que cette restauration sociale tant désirée doit être précédée par une complète rénovation de cet esprit chrétien qu’ont malheureusement trop souvent perdu ceux qui s’occupent des questions économiques ; sinon, tous les efforts seraient vains, on construirait non sur le roc, mais sur un sable mouvant.

9. Et certes, le regard que Nous venons de jeter sur le régime économique moderne, Vénérables Frères et très chers Fils, a montré qu’il souffrait de maux très profonds. Nous avons fait ensuite l’examen du communisme et du socialisme, et toutes leurs formes, même les plus mitigées, se sont révélées très éloignées de l’Évangile.

10. La plupart des hommes, en effet, sont presque exclusivement frappés par les bouleversements temporels, les désastres et les calamités terrestres. Mais à regarder ces choses comme il convient, du point de vue chrétien, qu’est-ce que tout cela comparé à la ruine des âmes ? Car il est exact de dire que telles sont, actuellement, les conditions de la vie économique et sociale, qu’un nombre très considérable d’hommes y trouvent les plus grandes difficultés pour opérer l’œuvre, seule nécessaire, de leur salut éternel.

11. La déchristianisation de la vie sociale et économique et sa conséquence, l’apostasie des masses laborieuses, résultent des affections désordonnées de l’âme, triste suite du péché originel qui, ayant détruit l’harmonieux équilibre des facultés, dispose les hommes à l’entraînement facile des passions mauvaises et les incite violemment à mettre les biens périssables de ce monde au-dessus des biens durables de l’ordre surnaturel. De là, cette soif insatiable des richesses et des biens temporels qui, de tout temps sans doute, a poussé l’homme à violer la loi de Dieu et à fouler aux pieds les droits du prochain, mais qui, dans le régime économique moderne, expose la fragilité humaine à tomber beaucoup plus fréquemment. L’instabilité de la situation économique et celle de l’organisme tout entier exigent de tous ceux qui y sont engagés la plus absorbante activité. Il en est résulté chez certains un tel endurcissement de la conscience que tous les moyens leur sont bons, qui permettent d’accroître leurs profits et de défendre contre les brusques retours de la fortune les biens si péniblement acquis ; les gains si faciles qu’offre à tous l’anarchie des marchés attirent aux fonctions de l’échange trop de gens dont le seul désir est de réaliser des bénéfices rapides par un travail insignifiant, et dont la spéculation effrénée fait monter et baisser incessamment tous les prix au gré de leur caprice et de leur avidité, déjouant par là les sages prévisions de la production.

12. Mais pour assurer pleinement ces réformes, il faut compter avant tout sur la loi de charité qui est le lien de la perfection.

http://dimitri-blog.fr/2010/12/rocard-delors-juppe-lavent-les-pieds-de-leurs-fideles/ 12. Mais pour assurer pleinement ces réformes, il faut compter avant tout sur la loi de charité qui est le lien de la perfection.

http://dimitri-blog.fr/2010/12/rocard-delors-juppe-lavent-les-pieds-de-leurs-fideles/ 12. Mais pour assurer pleinement ces réformes, il faut compter avant tout sur la loi de charité qui est le lien de la perfection.

http://dimitri-blog.fr/2010/12/rocard-delors-juppe-lavent-les-pieds-de-leurs-fideles/

Date publication Comité Valmy : 19 janvier 2011

2 Messages de forum

  • Les rois mages n’ont jamais pris faits et causes pour une Europe chretienne, en temoigne leur distance lorsqu’il s’agissait d’introduire le concept de Dieu dans la convention europenne a l’epoque ou c’etait un ancien chretien democrate, VGE, qui etait aux commandes.
  • Un peu légère votre analyse ! Réduire la doctrine sociale de l’Église à Rerum Novarum et à Quadragesimo Anno n’est évidemment pas honnête intellectuellement. Il s’agit d’une forme de révisionnisme dont vous ne me semblez pas digne. Sans doute êtes-vous satisfait des inégalités produites par le libéralisme (anciennement) triomphant ? Je n’y vois personnellement pas les conditions requises pour permettre un développement authentique et digne de chaque être humain. Denis Allard

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