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-Crosses en l’air - par Alain Raynal (Huma)
- Gloire au 17ième
Gaston Montéhus (1872-1952).

vendredi 22 mars 2019, par Comité Valmy


Crosses en l’air

Béziers. Vendredi matin, 21 juin 1907. Il est environ cinq heures. « Caporal sapeur en tête, sapeurs, tambours, clairons, musique et compagnie, au signal d’“en avant”, la musique joue l’Internationale et crosse en l’air nous gravissons l’avenue d’Agde (…). La foule qui nous suit grossit de plus en plus. À notre arrivée devant la mairie elle envahit toute la place. Nous exigeons que le drapeau de la mairie soit cravaté de noir, puisque le sang a coulé à Narbonne. De là, nous allons camper sur les allées Paul-Riquet devant le théâtre… »

Ainsi témoigne le caporal Joseph-Marius Fondecave, l’un des 589 soldats en rébellion du 17e régiment d’infanterie. Ouvrier électricien né à Béziers le 11 juillet 1884, il est considéré comme l’un des principaux meneurs. Cet acte courageux et exceptionnel de mutinerie dans l’armée française s’inscrit durablement dans la conscience du mouvement progressiste et républicain. Montéhus immortalise ces «  braves pioupious  » en composant le célèbre Gloire  au 17e.

La révolte des pioupious intervient à l’apogée du soulèvement populaire qui gagne, de Nîmes à Perpignan, tout le Midi viticole. À la mévente durable du vin, se greffent la misère de tout un pays et une grave crise sociale.

Depuis le début du mois de mars, des centaines de milliers de personnes – entre 500 000 et 600 000, le 9 juin à Montpellier – se rassemblent chaque dimanche dans une ville différente. La grève de l’impôt est proclamée. Par centaines, les municipalités démissionnent. Clemenceau reste sourd aux «  cris des gueux  » languedociens. Il choisit de réprimer. Vingt-sept régiments, plus de 25 000 fantassins et 8 000 cavaliers occupent les villes. Des émeutes éclatent. La crise atteint son paroxysme les 19, 20 et 21 juin, après l’arrestation des principaux leaders viticoles. Six manifestants, dont cinq pour la seule journée du 20, tombent à Narbonne sous le feu des militaires.

Pour réprimer, les autorités ne font guère confiance aux soldats de ces régiments à recrutement local qui entretiennent souvent des liens familiaux et solidaires avec la population. Ceux du 17e sont à 80 % originaires de Béziers et des alentours. Beaucoup sont fils de vignerons ou vignerons eux-mêmes. Dans ce sud profondément républicain, les idées socialistes gagnent du terrain.

Repérés pour leur propension à chanter l’Internationale, les troupiers du pays restent pleinement solidaires de la révolte vigneronne. Quelques jours plus tôt, les soldats du 100e d’infanterie de Narbonne s’étaient installés sur le mur de la caserne pour saluer les manifestants. L’état-major décide d’éloigner de Béziers les soldats du 17e.

Le 18 juin au soir, ils partent à pied pour Agde, distante d’une vingtaine de kilomètres. La population tente de s’opposer à ce départ. Les gendarmes interviennent. Le jeudi 20 juin, dans Narbonne assiégée, cinq manifestants dont une jeune fille de vingt ans meurent sous les balles. Des nouvelles dramatiques parviennent aux oreilles des pioupious. Ils craignent que la répression frappe la population et leurs amis de Béziers. Dans la soirée, ils refusent de rejoindre le cantonnement. Ils prennent une poudrière d’assaut.

L’un des mutins, François-Joseph Rabat, raconte  : «  La mutinerie partit du couvent où étaient cantonnés les 1er et 2e bataillons, qui se dirigèrent vers la caserne Mirabel. Il y avait des civils mélangés aux soldats, aucun officier. Cela commençait à barder. Le plus spectaculaire fut quand la grosse poutre qui servait pour l’exercice fut enlevée pour attaquer les portes de la poudrière. Alors les caisses de munitions furent portées au milieu de la cour. Il y en avait qui faisaient la distribution, d’autres se servaient.  » Crosses en l’air, les mutins quittent Agde vers 23 heures, direction Béziers.

Sur les allées Paul-Riquet, des conciliabules se prolongent toute la journée du 21 juin entre les soldats, des membres du comité viticole, la hiérarchie militaire et le sous-préfet. Dans l’après-midi, un message attribué au président du Conseil – il sera ultérieurement révélé qu’il n’a jamais été signé par Clemenceau – assure que les mutins ne seront pas individuellement punis s’ils regagnent la caserne. Les soldats acceptent.

Trois jours plus tard, après avoir été regroupés dans un bataillon d’épreuve, ils sont embarqués vers la Tunisie. Destination Gafsa, 250 kilomètres à l’intérieur du désert.

Une rumeur tenace veut que ces pioupious aient été volontairement massacrés en 1914-1918. Les historiens réfutent aujourd’hui cette thèse. Affectés à d’autres régiments, ils ont été victimes de «  la grande boucherie de 14-18  » dans les mêmes proportions que les autres jeunes soldats.

La révolte de ces mutins de la République reste riche d’enseignements. Pour Jean Jaurès  : «  Elle est pour tous les hommes de pensée libre et de droite conscience une leçon salutaire qui portera ses fruits.  » Quant à Joseph Fondecave, il souligne dans son témoignage  : «  Nous aurons du moins montré au monde qu’il y a encore des soldats qui ne sont pas les assassins de la classe ouvrière.  »

Alors que tout le Midi viticole se soulève au printemps 1907, les conscrits du 17e régiment d’infanterie, natifs du pays et solidaires de la population locale, se mutinent. 


Une révolte qui a profondément marqué les consciences. Témoignages et bibliographie. L’ensemble des témoignages recueillis des mutins du 17e régiment de Béziers sont reproduits dans l’ouvrage 
de Rémy Pech et Jules Maurin 1907, les mutins 
de la République. La révolte du Midi viticole – La rumeur 
de Béziers, réédité en mars 2013 aux Éditions Privat. Celui de Joseph Fondecave a aussi été publié dans l’Humanité datée du 19 juin 2007. À lire également  : 1907-2007  :

les vendanges de la colère, d’Alain Raynal, Christophe Deroubaix et Gérard Le Puill, éditions Au Diable Vauvert-l’Humanité (2007).

Alain Raynal
Mercredi, 14 Août, 2013


***

Gloire au 17ième

A Béziers, le 18 juin 1907, les soldats du 17ème Régiment d’infanterie (les pioupious) refusent de tirer sur une manifestation de vignerons et mettent la crosse en l’air. Gaston Monthéus en a fait une chanson du patrimoine des luttes sociales

Gloire au 17ième
Légitime était votre colère,
Le refus était en grande foi.
On ne doit pas tuer ses père et mère,
Pour les grands qui sont au pouvoir.
Soldats, votre conscience est nette,
On ne se tue pas entre français ;
Refusant de rougir vos baïonnettes
Petits soldats, oui, vous avez bien fait.

Refrain
Salut, salut à vous,
Braves soldats du 17e
 ! Salut, braves pioupious,
Chacun vous admire et vous aime !
Salut, salut à vous,
A votre geste magnifique !
Vous auriez, en tirant sur nous,
Assassiné la République.

Comme les autres, vous aimez la France,
J’en suis sûr ; même vous l’aimez bien ;
Mais sous votre pantalon garance
Vous êtes restés des citoyens.
La patrie c’est d’abord sa mère,
Celle qui vous a donné le sein ;
Il vaut mieux même aller aux galères
Que d’accepter d’être son assassin.

Espérons qu’un jour viendra en France,
Où la paix, la concorde règnera !
Ayons tous au coeur cette espérance,
Que bientôt ce grand jour viendra !
Vous avez jeté la première graine
Dans le sillon de l’humanité ;
La récolte sera prochaine ;
Et ce jour-là, vous serez tous fêtés.

Paroles : Gaston Montéhus (1872-1952).
Musique : Raoul Chantegrelet et Pierre Doubis.


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