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Russie : Quand les Etats-Unis veulent prendre le contrôle du détroit de Kertch avec l’aide de l’OTAN
par Karine Bechet-Golovko

jeudi 4 avril 2019, par Comité Valmy


Russie : Quand les Etats-Unis veulent prendre
le contrôle du détroit de Kertch avec l’aide de l’OTAN

La réunion des ministres des affaires étrangères de l’OTAN est l’occasion de rafraîchir l’image de la "Russie ennemie" et l’Ukraine est le terrain de jeu idéal - car entièrement contrôlé. C’est un peu comme jouer à la maison, on y a toujours un avantage. Donc la représentante américaine à l’OTAN déclare que cette organisation serait prête à garantir le passage libre, c’est-à-dire en violation des règles de passage, du détroit de Kertch. La frontière dérange, la Russie encore plus. Pour autant, il y a tout un monde entre le vouloir et le pouvoir, entre les déclarations fanfaronnes et la pratique.

Ces réunions de l’OTAN sont toujours l’occasion de grandes déclarations, promesses, plans sur la Lune, que dis-je, sur Saturne, dont les anneaux d’une géante gazeuse posent un décor O combien approprié. Ainsi, les Etats-Unis, et donc l’OTAN, sont inquiets :


NATO is “concerned by Russia’s pattern of aggressive behavior, including its ongoing actions against Ukraine and the seizure” of three Ukrainian vessels and their 24 crew members near the Kerch Strait linking the Black Sea and Sea of Azov in November.

Traduction. Ils sont inquiets de ce que la Russie n’ait pas laissé violer sa frontière par une provocation assez primaire de deux navires de guerre ukrainiens, portant à bord des membres du SBU (KGB ukrainien), qu’elle les ait fermement et proprement interpellés, que les marins soient devant la justice. Donc, les Etats-Unis reprennent l’idée (formellement) avancée par Poroshenko d’une "protection" de l’OTAN des navires traversant le détroit de Kertch (voir notre texte ici).

La représentante des Etats-Unis à l’OTAN, Kay B. Hutchison, a ainsi déclaré avoir préparé toute une série de mesures allant de la surveillance de l’espace aérien au renforcement de la présence en mer Noire, mesures qui doivent être quand même encore approuvées par les ministres des Affaires étrangères lors de la réunion de Washington des 3-4 avril :

"I think that we have been working on a package to present to the foreign ministers, and it is a package that beefs up the surveillance, both air surveillance as well as more of the NATO country ships going into the Black Sea to assure that there is safe passage from Ukrainian vessels through the Kerch Straits, the Sea of Azov. (...) The ambassador added that those measures were very important for making sure that "the countries in and around the Black Sea are safe from Russian meddling."

Stoltenberg a déclaré que cela pouvait encore s’accompagner d’autres mesures :

Stoltenberg said the measures will include the training of maritime forces and coastguards, port visits, exercises, and sharing of information.

Bref, tout doit être mis en oeuvre pour, je cite, "permettre le passage libre" des navires dans le détroit de Kertch. Juste une question, pourquoi uniquement dans ce détroit ? Pourquoi ne pas "libérer" tous les détroits, également ceux qui ressortent de la juridiction américaine ... A moins que certains pays aient droit à protéger leur frontière, alors que d’autres non ? La défense de ses frontières ne serait plus un pouvoir légitime de l’Etat, dont la frontière est un élément constitutif, mais un privilège octroyé (ou non) et reconnu à certains en fonction du bon vouloir de la communauté internationale atlantiste ? Le raisonnement est assez spécieux.

Tout cela sonne très bien, surtout devant les journalistes. Pourtant, les navires circulant au titre de l’OTAN iront-ils au contact direct avec les gardes-maritimes russes ? Posons la question autrement. L’OTAN n’est pas un pays, mais une organisation agrégeant des Etats, il ne possède donc pas une flotte propre, mais utilise les navires des Etats-membres. Les navires de ces Etats prendront-ils le risque d’une confrontation avec les Russes ? Ces pays prendront-ils le risque d’un conflit avec la Russie ? Evidemment pas pour l’Ukraine, mais pour les intérêts stratégiques américains dans la région. L’on peut sérieusement en douter. Et tant mieux.

Pour illustration. Les Pays-Bas, le Canada et l’Espagne ont envoyé des navires pour le compte de l’OTAN en mer Noire pour des exercices avec l’Ukraine. Ils furent bien escortés alors par la marine russe. Comme la réglementation internationale l’exige. Ils n’ont pas cherché à se "libérer" de la tutelle russe.

Il y a distance incommensurable entre les déclarations d’intention et la provocation, froide, en prenant le risque d’un conflit, dont aucun Etat aujourd’hui n’est apte à en assumer les conséquences. Les guerres massives ne sont plus de circonstance (ou pas encore de retour), le post-modernisme virtualise une grande partie des conflits puisqu’il a virtualisé les Etats. Les agressions se font par groupes interposés (terroristes, armées privées notamment), par déclarations vindicatives et guerre de tweet, par mises en scène de pseudo joutes oratoires par communiqués de presse interposés. Mais des acteurs majeurs n’entreront pas en conflits directs, car les véritables guerres impliquent le risque de véritables pertes. L’on ne peut pas refaire la bataille des tanks de Koursk, ni les bombardements de navires de guerre. Seules les zones habitées des pays tiers à cette guerre post-moderne, comme l’est l’Ukraine, peuvent être touchées, et ici non plus l’on ne comptera pas en million de morts. Les véritables guerres sont dévastatrices, elles sont mauvaises pour le business. Alors que les conflits ciblés, les conflits localisés et gelés, ceux qui permettent de prendre le contrôle politique de territoires, sont particulièrement rentables.

Karine Bechet-Golovko
mercredi 3 avril 2019

Russie politics


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