COMITE VALMY

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Source : RFI 25 janvier 2011

Liban :
Najib Mikati devient Premier ministre sur fond de violences
Par Paul Khalifeh

mardi 25 janvier 2011, par Comité Valmy


Aoun : nous refusons les directives américaines et notre but est de construire une société incorrompue


Le Liban a un nouveau Premier ministre depuis mardi 25 janvier 2011. Il s’agit de Najib Mikati. Il est appuyé par l’opposition. Sa désignation s’est faite sur fond de violences provoquées par des partisans de son prédécesseur, Saad Hariri, qui l’accusent d’avoir trahi sa communauté.

Najib Mikati a été chargé mardi 25 janvier 2011 par le président de la République, Michel Sleiman, de former le prochain gouvernement du Liban. Choisi par 68 députés sur les 128 que compte le Parlement, M. Mikati, 55 ans, a déjà dirigé un gouvernement de transition, entre avril et juin 2005, un mois et demi après l’assassinat de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri. Personnalité centriste respectée par toutes les factions, M. Mikati, un homme d’affaires d’envergure internationale qui a fait fortune dans les télécommunications, est devenu du jour au lendemain l’homme à abattre pour le parti de l’ancien Premier ministre Saad Hariri. Celui-ci lui reproche d’avoir bradé les droits de la communauté sunnite en acceptant d’être « le candidat du Hezbollah » chiite.

Najib Mikati est effectivement soutenu par l’opposition, dont le Hezbollah et le général chrétien Michel Aoun sont des composantes essentielles. « Cela n’en fait pas pour autant le candidat du Hezbollah, c’est un homme du centre, modéré, qui recherche le consensus. Il a le profil nécessaire pour sortir le Liban de la crise actuelle », assure-t-on dans son entourage.

Le nouveau Premier ministre a d’ailleurs donné le ton juste après sa désignation, tendant la main à tous les groupes politiques en les invitant à surmonter leurs divergences. « Cette nomination n’est pas une victoire d’un camp contre l’autre. C’est la victoire de la réconciliation », a-t-il dit au palais présidentiel après sa désignation.

Explosion de violences

Cette offre sera très vraisemblablement rejetée par la coalition pro-américaine du 14-mars, dont le parti de Saad Hariri est la principale composante. Les partisans de l’ancien Premier ministre ont décrété mardi une « journée de colère » qui s’est transformée en journée de violences. Les incidents les plus graves se sont déroulés à Tripoli, la ville natale de Najib Mikati, dans le nord du Liban. Des centaines de personnes, rassemblées sur une grande place, ont scandé des slogans contre « le traitre Mikati » et contre le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Des portraits du nouveau Premier ministre ont été déchirés. La manifestation a dégénéré lorsque des équipes de télévision locales et arabes ont été attaquées par des jeunes gens en colère. Les véhicules de retransmission en direct des chaînes qatarie Al-Jazeera et libanaise NTV ont été incendiés. Un groupe d’une dizaine de journalistes qui se sentaient menacés physiquement se sont réfugiés dans un bâtiment proche qui, à son tour, a été attaqué. L’armée a dû intervenir pour les évacuer.

Mêmes scènes à Beyrouth, où des groupes de jeunes ont bloqué des routes dans des quartiers sunnites à l’aide de pneus brûlés et de poubelles renversées. Les manifestants ont jeté des pierres sur les militaires qui ont parfois riposté en tirant en l’air pour disperser la foule. L’autoroute côtière menant au Liban-Sud, fief du Hezbollah, a été bloquée à plusieurs endroits. L’armée a eu beaucoup de mal à la dégager. Des manifestations ont également eu lieu dans la ville natale de Saad Hariri, à Saïda, à 40 kilomètres au sud de Beyrouth.

En début d’après-midi, l’armée libanaise a dépêché des renforts à Tripoli où des troupes d’élite ont été déployées après que des permanences appartenant à Najib Mikati et à Mohammad Safadi, ministre sortant de l’Economie et député de la ville, qui a voté pour le nouveau Premier ministre, aient été saccagées. L’armée a renforcé sa présence à Beyrouth et a ouvert les routes bloquées, en faisant preuve d’une plus grande fermeté en début de soirée. Les incidents de cette journée ont fait une vingtaine de blessés, dont deux par balles.

Trois heures après le début des violences, lorsque les équipes de journalistes ont été attaquées, Saad Hariri est intervenu. Dans un discours télévisé, il a dénoncé les actes de violence et a appelé ses partisans à faire preuve de calme, sans pour autant les inviter à quitter la rue.

Le soutien du roi Abdallah

Ces manifestations avaient pour objectif de faire pression sur Najib Mikati pour le pousser à refuser sa désignation. Mais le nouveau Premier ministre a tenu bon. A Beyrouth, des sources politiques concordantes assurent que M. Mikati bénéficie de l’appui du roi d’Arabie Saoudite, Abdallah Ben Abdel Aziz, en plus du soutien du Qatar et de la Syrie. Sans quoi, il n’aurait pas pris le risque de mécontenter une partie de sa communauté. Rejetant les accusations selon lesquelles il est le candidat du Hezbollah, il a assuré qu’il n’avait fait aucun engagement à quiconque et que son action serait uniquement dictée par son souci de « préserver l’unité nationale ».

Hassan Nasrallah a confirmé ces propos. « Le prochain gouvernement ne sera pas celui du Hezbollah, ni ne sera mené par le Hezbollah. Nous ne voulons ni le pouvoir, ni le gouvernement », s’est-il défendu depuis Baalbeck, à l’est de Beyrouth.

L’opposition avait fait chuter le gouvernement Hariri suite à son refus d’un arrangement syro-saoudien qui visait à couper les liens entre le Liban et le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) à travers trois mesures : le retrait des juges libanais qui siègent dans cette instance ; l’arrêt du financement ; l’annulation du protocole de coopération signé entre le Liban et le TSL.

Daniel Bellemare, le procureur du TSL, a remis le 17 janvier son acte d’accusation au juge de la mise en état, Daniel Fransen, qui doit désormais décider d’organiser ou non un procès. Cet acte n’a pas été rendu public mais le Hezbollah, qui dément toute implication dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre, s’attend à l’inculpation de certains de ses membres.

Najib Mikati a pris entre ses mains une boule de feu. S’il ne réussit pas à l’éteindre, celle-ci risque de brûler le Liban.


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