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Élections européennes :
voter contre Macron ou le battre ?
par Régis de Castelnau

mercredi 22 mai 2019, par Comité Valmy


Élections européennes :
voter contre Macron ou le battre ?

Les élections européennes sont massivement considérées par les Français comme sans intérêt. Il est vrai que leur portée institutionnelle et opératoire est indiscernable. Le fonctionnement de la formidable usine à gaz qu’est devenue l’UE reste tout à fait opaque, et ne persiste que le sentiment confus d’avoir affaire à une bureaucratie lointaine, où le parlement élu au suffrage universel n’est là que pour faire joli. Et comme d’habitude on va aller voter, ou pas, pour des raisons de politique intérieure. Et cette fois-ci, les enjeux du scrutin du 26 mai prochain sont sur ce point particulièrement intéressants.

Retour vers 2014

Revenons sur celui du 25 mai 2014 pour rappeler que le Front National y fut premier avec près de 25 % des suffrages exprimés, laissant l’UMP quatre points derrière et le PS à 14 %. Si cette « victoire » du FN, contrairement aux avertissements des Cassandres, n’a pas abouti à l’instauration d’un régime fasciste dans notre pays, elle a eu d’importantes conséquences politiques. Se sont imposées alors plusieurs évidences. Tout d’abord que la catastrophe Hollande rendait impossible sa réélection. Ensuite que Marine Le Pen serait au deuxième tour de la présidentielle 2017, mais ne pourrait l’emporter au deuxième. Que le candidat de droite qualifié avec elle, serait assuré d’être Président. Il fallait donc se préparer, et pendant que l’UMP qui avait pourtant un boulevard devant elle trouvait astucieux d’organiser une primaire imbécile, les grands intérêts représentés par l’alliance de la haute fonction publique d’État et de l’oligarchie économique mettaient en branle le processus qui allait aboutir à l’installation d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Nous ne reviendrons pas en détail sur ce qui s’est passé nous en rapportant à nos précédentes écritures qui avaient pointé les éléments difficilement réfutables caractérisant l’existence d’une forme particulière de coup d’État. Cette illégitimité initiale a évidemment nourri aussi la crise politique et institutionnelle très grave que connaît la France depuis maintenant six mois. Qui voit un président solitaire à la personnalité trouble, mener une politique contraire aux intérêts du pays, brader son patrimoine, instrumentaliser justice et police pour protéger ses amis et mettre en œuvre une répression sans précédent depuis la guerre d’Algérie. Sans oublier probablement le plus inquiétant, l’instauration systématique de dispositifs répressifs portant atteinte aux libertés publiques fondamentales.

C’est bien dans ce contexte national qu’interviennent les prochaines élections européennes. Qui auront pour seul enjeu politique la réalisation d’un sondage grandeur nature et la cristallisation d’un rapport de force politique en France. Emmanuel Macron, se jetant personnellement dans l’arène a consacré le caractère binaire du choix, où le verdict au soir du 26 mai sera simple pour lui : gagnant ou perdant.

26 mai quels enjeux ?

Soit la liste dirigée par la calamiteuse Nathalie Loiseau termine première, et dans ce cas le président de la république se sentira renforcé et légitimé pour reprendre de plus belle, la politique mise en œuvre depuis deux ans. Avec la poursuite du démantèlement de l’État-providence, l’aggravation de la crise sociale, et les dérives liberticides.

Soit, la liste LREM est seconde et on ne sait jamais, troisième, dans ce cas ce sera Emmanuel Macron essuie une vraie défaite. Rapport de force, perspectives nouvelles, et étape franchie dans la marche pour effacer les conséquences de l’opération de 2017 et fermer le plutôt possible la parenthèse de l’installation au sommet de cet homme dangereux.

Essayons d’imaginer les conséquences politiques d’une telle situation. Il n’y a pas actuellement de front anti-Macron et c’est bien le problème. Et s’il s’agit de le constituer le RN est et restera une force incontournable. Certes il y a l’objection non négligeable, selon laquelle le RN et Macron serait des jumeaux symétriques, et que le président rêvant de rejouer avec son meilleur ennemi le match de 2017 en 2022, ferait tout pour le mettre en avant.

On refait le match ?

En est-on si sûr ? N’est-ce pas là enrober ses échecs des formules consolatrices ? Car enfin, si le pouvoir, comme l’avait fait François Mitterrand avec le Front National en 1983, cherchait à valoriser le Rassemblement National, on en trouverait quelques traces. Or, que constate-t-on, sinon le traitement judiciaire pas vraiment tendre infligé au RN par une justice connivente. À base de convocations chez le psychiatre, de saisies des dotations d’État, de perquisitions et collections de mises en examen qui relèvent d’un singulier acharnement. Manifestement organisé depuis l’Élysée, comme la confortable mansuétude judiciaire dont bénéficient de la part des mêmes magistrats, les amis d’Emmanuel Macron.

Il y aurait ensuite une différence majeure entre 2017 et 2022 avec une offre similaire. Macron a révélé son projet de dévastation sociale, de liquidation de la souveraineté et de répression des libertés. Le peuple français a fait son expérience. Tout le monde sait bien, Marine Le Pen et ses amis en tête qu’elle ne peut l’emporter dans cette configuration sauf avec la constitution d’un rassemblement qui serait tout autre chose que le RN tout seul. D’ici 2022 reclassements et changements sont inéluctables si tant est d’ailleurs que l’on aille jusqu’à cette échéance-là. L’histoire politique serait alors bien plus ouverte qu’on le croit, et en aucun cas on aurait à se replonger dans le même fleuve.

Battre Macron impératif catégorique

Alors comment se présente le scrutin du 26 mai pour ceux qui combattent le président de la république sa politique. Comme une alternative à deux branches :

•Faut-il voter contre Macron ? Si oui, n’importe quel choix hors de LREM fera l’affaire, même l’UPR.

•Faut-il battre Macron ? Le mettre en minorité et lui faire subir une lourde défaite politique, porteuse d’avenir ? Dans ce cas il n’y a pas 36 solutions…

S’il reste en termes de fonctionnement et d’organisation une épicerie familiale déplaisante, le RN tout en n’étant pas un parti de masse bénéficie d’un électorat populaire solide. Qui représente un Français sur quatre, voire sur trois. Ce sont ceux-là qui comptent et il serait peut-être opportun d’arrêter de les insulter et de les diaboliser pour commencer à les écouter. Et aussi à leur parler.

Ceci n’est pas un appel à voter pour la liste conduite par Jordan Bardella, ni un ralliement à un mouvement, ou une renonciation au « no pasaran » qui a structuré les engagements d’une vie, ni même une information sur ce que fera l’auteur dans l’isoloir. Mais un appel à la réflexion à partir de l’exposé de la réalité d’une situation politique particulière, conséquence de l’opération de 2017. Faut-il choisir de refuser cette évidence ? De faire d’un aveuglement une vertu cardinale ? Est-il vertueux de s’inventer des périls imaginaires pour ne pas affronter des menaces bien réelles ? Il vaut mieux participer au combat de l’époque en se donnant les moyens de le livrer. Ce n’est qu’à cette condition que l’avenir politique reste ouvert. Le 26 mai il ne s’agira pas de voter contre Macron, mais bien de battre Macron.

Et sa défaite nous engagera ensuite, assurés de nos priorités, à construire une force qui évite aussi bien un ralliement au RN qu’une sortie de l’histoire politique.

Régis de Castelnau
20 mai 2019

Vu du Droit
Un regard juridique sur l’actualité avec Régis de Castelnau


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