COMITE VALMY

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Le patriotisme inclusif doit être exclu !
général (2s) Gilbert ROBINET.

jeudi 13 juin 2019, par Comité Valmy


Voir en ligne : De l’écriture inclusive au patriotisme inclusif, ou l’hyper-individualisme en marche - Par Barbara Lefebvre

Le patriotisme inclusif doit être exclu !

Le jeudi 25 avril 2019, le président de la République a donné une conférence de presse qu’il a conclue par un appel à « rebâtir un patriotisme inclusif » pour servir « l’intérêt général français et européen ». Cette formule n’a guère ému les journalistes et commentateurs politiques qui ne l’ont pas relevée et encore moins commentée. Seule, madame Barbara Lefebvre[1] a publié un article dans Figarovox/Tribune où elle démontre sa lourde portée idéologique.

Le mot patriotisme est un si beau mot dont le sens est si fort qu’il se suffit à lui-même et ne souffre pas d’être affublé d’un quelconque adjectif. Tout le monde est à peu près d’accord sur ce qu’il recouvre. C’est d’abord un attachement profond du citoyen à sa Patrie, c’est-à-dire à la terre de ses pères considérée à la fois au plan géographique et au plan historique C’est encore pour celui-ci une appropriation de ce qu’il a reçu en héritage de ceux qui l’ont précédé à travers les siècles, héritage qu’il s’engage à son tour à transmettre à ses enfants. C’est aussi le sentiment d’appartenir à une communauté d’individus qui ont en commun un destin historique et des valeurs plus grandes qu’eux-mêmes et pour lesquelles, lorsqu’ elles sont menacées, et elles le sont quasiment en permanence, ils acceptent de mourir. On est là au cœur du patriotisme : c’est la reconnaissance librement consentie que l’intérêt supérieur de la Patrie prime tous les intérêts particuliers des individus qui la composent.

Alors pourquoi cette définition consensuelle devrait-elle être polluée par l’adjonction d’une quelconque épithète ? C’est, à la vérité, parce que, accolée au mot patriotisme, cette épithète permet d’établir un parallèle avec son application au mot société. En effet, une « société inclusive » est une société qui, pour ne pas être accusée de racisme, de sexisme ou encore d’homophobie, accueille tous les nouveaux venus tels qu’ils sont et sans rien exiger d’eux. C’est elle, la société d’accueil qui, pour « inclure » les nouveaux citoyens, jeunes, minorités, immigrés, doit s’adapter à leurs codes, coutumes ou traditions. Les critères de la « société inclusive » sont à l’opposé de ceux permettant l’intégration et encore plus l’assimilation qui supposent toutes deux un effort d’adaptation de la part des nouveaux venus.

Si, en poursuivant ce parallélisme, on en revient au « patriotisme inclusif » du président de la République, peut-être peut-on alors bénéficier d’un éclairage particulier sur une pensée que l’on dit « complexe » ? Ce patriotisme serait un vague sentiment d’appartenance à la patrie française, mais à la carte, selon les convenances de chacun qui aurait le droit de prendre dans l’histoire politique et culturelle de notre pays ce qui lui convient et de rejeter le reste. Nous n’aurions plus à faire à des citoyens mais à des individus qui n’assumeraient pas l’héritage de nos ancêtres et refuseraient toute filiation automatique. Les uns considéreraient n’appartenir qu’à eux-mêmes, les autres d’avantage à une race ou une religion qu’à une quelconque patrie. En vérité, il n’y aurait plus de patriotisme du tout, mais comme on n’ose pas le dire, on invente un « patriotisme inclusif ».

Non monsieur le président ! Cela n’est pas acceptable. La France, il faut l’aimer inconditionnellement dans toutes ses dimensions et considérer son histoire comme étant une. C’est Marc Bloch qui disait[2] : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’Histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération. »

Cela ne signifie pas qu’il faille refuser de voir dans notre Histoire certains errements voire certaines trahisons. Ce furent là les conséquences de décisions humaines, de chemins tortueux empruntés ou de mauvaises directions prises. De même, il n’est pas demandé à chaque Français de renier ses affiliations personnelles puisque, précisément, notre pays est le résultat d’une histoire collective, un lieu de cœur, un lieu de partage d’un passé, d’un présent et d’un futur à construire, symbole d’une identité ancienne transmise par la langue, le folklore, les parlers locaux, la gastronomie. « On aime la maison qu’on a bâtie et qu’on transmet » disait Ernest Renan[3]. Tout cela, c’est justement notre Patrie.

Cet amour n’est donc pas réservé qu’à ceux qui, par le fruit du hasard, sont nés sur le territoire français. Tous ceux qui sont devenus Français, soit par désir, soit par nécessité en ayant été accueillis dans notre pays après avoir dû quitter celui qui était le leur à la suite d’événements tragiques, ont le devoir de partager cet amour là. C’est leur première obligation qui vaut beaucoup plus que l’obtention de tous les visas du monde. Peu importe la forme dont cet amour doit naître et se développer : coup de foudre ou amour « de raison » construit jour après jour. Qu’importe aussi sa forme : amour passion au nom duquel on est prêt à tout donner, y compris sa vie, ou amour tendresse alimenté par toutes les voix du passé qui se sont tues. On peut devenir aussi Français, selon l’adage de la Légion étrangère, « non par le sang reçu, mais par le sang versé ».

Ce n’est pas le caractère inclusif tel que vous l’entendez, monsieur le président, qui peut constituer un destin collectif, c’est au contraire l’agrégation, dans un creuset commun, de tous ces amours aux formes diverses. Cette agrégation, appelons-la, si vous le voulez bien, « solidarité nationale » et non pas « solidarité inclusive ». Cette solidarité donc a un ciment : c’est, comme le disait encore Renan[4] « le sentiment des sacrifices que l’on a faits et de ceux que l’on est disposé à faire ».

La Patrie est disponible pour se laisser aimer sans demander les raisons profondes de cet amour-là. Il peut se définir en référence aux idéaux de la République, aux valeurs chrétiennes, à l’héritage de Pascal, de Montesquieu, de Hugo, de Sartre, d’Aragon ou d’Aron. Qu’importe la façon particulière d’exprimer son amour à son pays. Ce qui compte, c’est la finalité, c’est-à-dire la constitution, atour de ces valeurs ou de ces héritages, d’une conscience morale partagée.

Le destin de la France ne peut se construire autour d’un « patriotisme inclusif ». Il exige au contraire de placer son identité de patriote au-dessus de tout. En France, chaque particularisme a sa place, mais, en revanche, la France ne saurait céder sa place à aucun d’entre eux.

vendredi 03 mai 2019

général (2s) GILBERT ROBINET
Secrétaire général de l’ASAF

[1] Barbara Lefebvre est essayiste et enseignante. Elle a publié en cette année 2019 C’est çà la France chez Albin Michel.

[2] En 1940, dans son livre L’étrange défaite.

[3] Lors d’une conférence prononcée à la Sorbonne le 11 mars 1882 et intitulée : Qu’est-ce qu’une Nation ?

[4] Lors de la même conférence à la Sorbonne.


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