COMITE VALMY

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« Sérotonine »
de Michel Houellebecq
Valentin Martin et Jacques Maillard

lundi 12 août 2019, par Comité Valmy


« Sérotonine » de Michel Houellebecq

« Sérotonine » raconte l’échec d’une vie : celle de Florent Claude Labrouste, ingénieur agronome célibataire, « inconsistante lopette » de quarante-six ans, dont « la vie se termine dans la tristesse et la souffrance ». Son existence n’a été qu’« un flasque et douloureux effondrement ». Il est drogué au Captorix dont les effets secondaires, les nausées, et l’impuissance l’empêchent même de frémir à l’idée de « deux petites puttes thaïes de seize ans ». Bourgeois décadent, il perd sa vie entre les stations naturistes d’Andalousie pour riches européens, qu’il rejoint à 160 km/h dans sa Mercedès, les parties fines où il découvre sa compagne engagée dans de compromettantes scènes de zoophilie, et le luxe (truffes, homards). Ancien de l’Agro, il « trahit ses idéaux » pour un emploi chez Montesanto puis pour le ministère de l’Agriculture et l’Union Européenne. Il erre d’un hôtel à l’autre à la recherche de son passé, sans pouvoir le retrouver, tout son passé tenant dans un Macbook Air d’1,1kg. Incapable de construire une vie sentimentale, il envisage finalement, lors d’une crise de démence, d’assassiner le fils de quatre ans de son ancienne amante, tel le lion qui pour conquérir une femelle tue les enfants issus d’un précédent mâle. Le désir d’amour et de reconnaissance sombre dans la folie.

« Sérotonine » raconte surtout la destruction d’un pays, la France. Dans un paysage de désindustrialisation généralisée, l’auteur s’attarde sur la mise à mort du secteur le plus vital à une nation, l’agriculture. C’est l’Union Européenne, qualifiée à juste titre de « grosse salope », qui précipite les paysans dans la misère, sous l’oeil des élites nationales, souvent complices et corrompues, parfois même exerçant avec un zèle et une jouissance suprême. Les terres sont vendues à l’étranger, Belges, Hollandais, Chinois, des secteurs productifs entièrement sabotés. L’agronome raconte que pour conquérir un marché, au contraire, les ambassades étrangères mettent un budget illimité pour acheter des fonctionnaires aux postes clés. On pourrait faire remarquer que ce mode opératoire s’applique à tous les secteurs de l’économie nationale : industries, services, administrations.

Le roman commence en Espagne, pays enfoncé dans le chômage de masse, et « sillonné par des flottilles de camions conduits par des Lettons et des Bulgares transportant fruits et légumes OGM ramassés par des clandestins maliens ». L’agronome Labrouste assiste, impuissant dans tous les sens du terme, à la mise à mort des producteurs d’abricots du Roussillon, à la mise en faillite des producteurs de lait de la Manche et du Calvados, asphyxiés par la concurrence déloyale et la suppression des quotas laitiers. Les paysans sont acculés au suicide ou bien à une lutte, certes héroïque, mais symbolique et inégale. Quelques agriculteurs bloquant l’A13 fusils au poing se retrouvent décimés par un bataillon de CRS. Son ami et camarade de promotion de l’Agro, Aymeric d’Harcourt Olonde, ayant démissionné de Danone pour se lancer dans l’élevage laitier bio, plombé par une vie sans revenus, sans vacances, abandonné par sa famille, sombre dans l’alcoolisme et la folie. Tout espoir de solution protectionniste dans l’UE est impossible, car l’idéologie libre-échangiste chez les négociateurs de l’Union Européenne, souvent formés dans des écoles de commerce, est un véritable dogme, accompagné d’un zèle passionnel. L’option de reconversion vers le tourisme authentique, durable et équitable, n’est guère plus réjouissante. Aymeric construit certes vingt-quatre bungalows en bord de mer. Mais ils sont rarement occupés, et quand ils le sont, ce sont de sinistres personnages qui en profitent, tel cet ornithologue allemand, en réalité pédophile, qui abuse d’une fillette de dix ans, sous les yeux impuissants du narrateur, dont la lâcheté lui fait refuser tout acte de dénonciation.

Au delà des circonstances de la France Maastrichienne, ce roman ne raconte-t-il pas en fait l’échec d’une philosophie ? On a connu Michel Houellebecq disciple de Schopenhauer, figure du bourgeois rentier, décadent et apatride, refusant toute solution politique et indifférent au sort du peuple. Nous rappelons que pour l’auteur du « Monde comme Volonté et comme représentation », la réalité sociale, n’est qu’une illusion, une représentation, « voile de Maia » dont il s’agit de se dégager pour accéder à l’essentiel, à la « volonté » par une démarche individualiste (méditative ou artistique essentiellement). La seule approche politique schopenhaurienne est de se complaire dans la description des atrocités du système, pour montrer la nature foncièrement perverse de l’homme, et finalement l’impossibilité de tout changement politique. C’est une forme d’apologie indirecte du système (1). Ce pessimisme a imprégné toute une partie de l’œuvre de Houellebecq, d’ailleurs auteur d’un ouvrage sur Schopenhauer. En 2012, dans une interview donnée à France Inter, Houellebecq alors qu’il annonçait sa décision d’émigrer en Irlande pour payer moins d’impôts, excellait dans ce genre de provocations : « La France libre je m’en fous », « Il n’y a pas de citoyens, que des individus », « La France est un hôtel, rien de plus », « je suis de ceux qui cèdent à l’ « hypnotisme effrayant du renoncement »(De Gaulle). »

Or, en 2019 il dénonça l’UE qui « assassine la France », et dans une interview donnée à « Valeurs actuelles », il se déclarait prêt à voter pour « n’importe quel parti prônant la sortie de l’UE et de l’OTAN ». Dans « Sérotonine », les renoncements, lâchetés et trahisons successives dont fait preuve Labrouste, en matière amoureuse, professionnelle ou politique, suscitent la nausée chez le lecteur. L’épisode où par son silence il protège le pédophile allemand est particulièrement écoeurant. Finalement, peut-on le prendre au sérieux lorsque ce raté déclame aux héros insurgés : « tout est foutu », « la seule chose à faire est de t’en tirer sur le plan individuel » ?

On serait tenté de penser que c’est à cause de ce genre de lâches (et de la philosophie qui les guide) que les conditions de l’assassinat de la France par l’Union Européenne ont été rendues possibles. On prend conscience aussi des forces gigantesques, tragiques, qui s’abattent sur le Français ordinaire sous la botte de l’UE. Ces forces déchirent les convictions, les idéaux, et les espoirs de nombre d’individus, et les entraînent vers le désespoir. Ceux qui refusent ce désespoir cherchent donc logiquement une porte de sortie. Le seul espoir apparaît alors avec clarté dans une lutte sans merci et sans compromis pour la sortie de l’UE, pour que renaisse les « jours heureux » (2).

(1)« Schopenhauer a inventé la forme la plus tardive et la plus évoluée d’apologie du capitalisme : l’apologie indirecte. (Lukacs, La Destruction de la raison, « Schopenhauer », Delga.)

(2) Le programme du CNR s’appelait « Les jours heureux ».

Vallentin Martin et Jacques Maillard
Bureau national du Comité Valmy


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