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Il est désormais indiscutable que nous sommes en dictature : L’affaire Assange par Eric Zuesse

mardi 29 octobre 2019, par Comité Valmy


Comment appeler cela autrement lorsqu’on sait que la Cour suprême a statué en 1971 (New York Times Co. v. États-Unis) que l’éditeur du New York Times était protégé par le Premier Amendement lorsqu’il a publié les Pentagone papers, et qu’on compare cela avec ce qui arrive aujourd’hui à Assange, un autre éditeur, qui, lui, est emprisonné de diverses manières, sans procès, depuis des années, et qui est maintenant si détruit qu’on l’aurait dit drogué, lors de sa première comparution devant le tribunal, au point que "Quand on lui a demandé de donner son nom et sa date de naissance, il a visiblement pendant mis plusieurs secondes à se les rappeler" et qu’"Il avait beaucoup de peine à articuler les mots et à se concentrer." C’était le 21 octobre.

Voici quelques remarquables extraits du récit de l’audience publié le 22 octobre par l’ancien ambassadeur du Royaume-Uni, aujourd’hui lanceur d’alerte, Craig Murray, sous le titre "Assange au tribunal" (j’ai mis en caractères gras les noms de principaux personnages du procès) :

"Ayant assisté aux procès en Ouzbékistan de plusieurs victimes de tortures extrêmes, et ayant travaillé avec des survivants de Sierra Leone et d’ailleurs, je peux vous dire qu’hier j’ai été profondément retourné en constatant que Julian présentait les symptômes d’une victime de torture, aveuglée par la lumière, complètement désorientée, confuse, et qui lutte contre le brouillard d’hébétude que provoquent les supplices.

"Tout le monde dans ce tribunal a vu hier que l’un des plus grands journalistes et l’un des plus importants dissidents de notre époque est torturé à mort par l’État, sous nos yeux. C’était insupportable de voir mon ami, l’homme le plus intelligent, le penseur le plus vif que j’aie jamais connu, réduit à l’état d’épave confuse et incohérente. Pourtant, les agents de l’Etat, en particulier l’impitoyable magistrate Vanessa Baraitser, n’étaient pas seulement prêts à la curée mais heureux d’en faire partie.

"L’accusation contre Julian est très précise : conspiration avec Chelsea Manning pour publier des documents confidentiels sur la guerre en Irak, en Afghanistan et des câbles du Département d’Etat.

"Les principales questions en jugement étaient la demande de la défense de Julian d’un délai supplémentaire pour préparer ses preuves et sa demande que les infractions politiques soient expressément exclues du traité d’extradition. Il devrait y avoir, selon ses avocats, une audience préliminaire pour déterminer si le traité d’extradition s’applique. Les raisons invoquées par l’équipe de défense d’Assange pour avoir plus de temps étaient à la fois convaincantes et impressionnantes.

"Les preuves présentées au tribunal espagnol comprenaient également un complot de la CIA pour enlever Assange, qui posait la question du respect, par les autorités américaines, de la légalité en ce qui le concernait, et celle de la manière dont il serait traité aux États-Unis. L’équipe de Julian a expliqué que le processus juridique espagnol était en cours et que les preuves qui en découleraient seraient extrêmement importantes, mais que le procès ne serait peut-être pas fini et que les preuves ne seraient donc pas entièrement validées et disponibles à temps pour le calendrier des audiences d’extradition d’Assange. Pour l’accusation, James Lewis QC [conseil de la Reine] a déclaré que le gouvernement s’opposait fermement à ce qu’un délai soit accordé à la défense pour se préparer.

"Il y avait cinq représentants du gouvernement américain.

"Lewis a dit au juge qu’il recevait ses instructions de ceux qui étaient derrière lui.

"Le gouvernement américain dictait ses instructions à Lewis, qui les relayait à Baraitser, qui les présentaient comme sa décision juridique.

"Baraitser a couronné le tout en annonçant que l’audience de février aurait lieu, non pas au tribunal de première instance de Westminster, relativement ouvert et accessible, où nous étions, mais au Belmarsh Magistrates Court, le sinistre établissement de haute sécurité utilisé pour le traitement juridique préliminaire des terroristes, rattaché à la prison à sécurité maximale où se trouve Assange. Il n’y a que six sièges pour le public, même dans le plus grand tribunal de Belmarsh, et l’objectif est clairement d’échapper au regard du public.

"L’équipe de la défense d’Assange s’est vigoureusement opposée au transfert à Belmarsh, notamment parce qu’il n’y a pas de salles de conférence pour consulter son client.

"Finalement, Baraitser s’est tourné vers Julian et lui a ordonné de se lever et lui a demandé s’il avait compris la procédure. Il a répondu par la négative, a dit qu’il n’était plus capable de penser, et a donné tous les signes d’une grande désorientation. ... Il est devenu de plus en plus confus et incohérent.

"Cela fait des années que je recense les abus de pouvoir et que je m’élève contre l’autoritarisme croissant de l’État britannique, mais le fait que les abus les plus flagrants puissent se faire au grand jour, même pas dans l’ombre, est toujours un choc.

"Si Julian n’est pas libéré sous peu, il sera complètement détruit. Si l’Etat peut faire cela à Assange, qui sera le suivant ? "

Dans son article, Murray relate beaucoup d’autres choses qui choqueraient n’importe quel lecteur intelligent, mais j’en ai donné les principaux extraits.

En ce qui concerne la question de savoir si le gouvernement américain est une dictature : il y a, à ce jour, des analyses socio-scientifiques quantitatives rigoureuses sur ce sujet, et tout indique clairement que la réponse est "oui", du moins pour ce gouvernement particulier.

Nous en sommes donc clairement arrivés à vivre dans un État totalitaire : l’État profond américain et ses alliés. Appeler cela une "démocratie", c’est faire insulte à ce mot magnifique. D’authentiques révolutions se sont levées contre des tyrannies qui n’étaient pas aussi viles que celle-ci.

En 1971, le complexe militaro-industriel (CIM) ne contrôlait pas entièrement le gouvernement américain, et la Cour suprême des États-Unis a encore pu refuser de se soumettre à la volonté de censure du CIM dans l’affaire des Pentagon Papers ; mais, suite au 11 septembre 2001, il le contrôle enfin complètement, et aujourd’hui les Etats-Unis n’ont absolument plus rien de démocratique.

Source : washingtonsblog.com, posté le 22 octobre 2019 par Eric Zuesse

Traduction : Dominique Muselet


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