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Ce qui s’est passé à l’OIAC est si scandaleux que personne n’ose en parler par Caitlin Johnstone, Médium.com

mardi 19 novembre 2019, par Comité Valmy


L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques est à présent une preuve irréfutable que les États-Unis et leurs alliés ont encore une fois trompé le monde au sujet d’une nouvelle intervention militaire, ce qui devrait faire la Une du monde entier. Pourtant, quand vous regardez les gros titres des médias américains, vous avez l’impression que la seule chose qui compte pour le moment est de réaliser le fantasme enfantin selon lequel Donald Trump pourrait être magiquement démis de ses fonctions par consensus à la majorité qualifiée dans un Sénat majoritairement républicain.

CounterPunch a publié une véritable bombe : un rapport du journaliste Jonathan Steele contenant de nombreuses révélations, qui étaient auparavant inconnues du public, sur le scandale de l’OIAC. Steele est un journaliste primé qui a travaillé comme correspondant à l’étranger pour The Guardian avant que celui-ci ne soit purgé de tous les penseurs qui critiquent l’impérialisme occidental ; il a soulevé une controverse sur l’OIAC le mois dernier avec une déclaration à la BBC révélant l’existence d’un second lanceur d’alerte dans le cadre de l’enquête de l’Organisation sur un prétendu attentat à l’arme chimique à Douma, en Syrie.

Si vous n’avez pas suivi cette histoire, vous pouvez cliquer ici pour consulter une chronologie des événements et apprécier pleinement la portée de ces nouvelles révélations sur l’incident de Douma. Toutefois, pour récapituler rapidement, en avril de l’année dernière ont fait surface des informations selon lesquelles des dizaines de civils avaient été tués dans cette ville par des armes chimiques utilisées par le gouvernement syrien du président Bachar al-Assad. Cela a immédiatement suscité le scepticisme des personnes au courant de la campagne de propagande contre la Syrie, dans la mesure où Assad avait déjà remporté la bataille pour Douma et n’avait donc aucune raison stratégique d’employer des armes interdites dans ce pays, sachant qu’il y aurait une frappe militaire des puissances occidentales en représailles. Comme on s’y attendait, quelques jours plus tard, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni ont lancé des frappes aériennes sur le gouvernement syrien.

L’OIAC a publié son rapport final sur Douma en mars de cette année, mais ce rapport a été contredit par deux lanceurs d’alerte indépendants faisant partie de cette enquête. Le premier s’est manifesté en mai de cette année en faisant fuiter une évaluation technique selon laquelle il était peu probable que les bouteilles de chlore découvertes sur le lieu du crime aient été larguées, et qu’il était beaucoup plus probable qu’elles y aient été placées manuellement, cad mises en scène par les forces d’opposition occupantes à Douma. Le deuxième lanceur d’alerte est apparu le mois dernier lors d’une présentation d’une journée à Bruxelles devant un groupe d’experts réuni par le groupe de défense des lanceurs d’alerte, Courage Foundation, dont les conclusions ont été publiées par WikiLeaks.

L’OIAC et Douma : l’organisme de surveillance des armes chimiques est accusé de falsification de preuves par ses propres inspecteurs -... Les allégations selon lesquelles les forces du président Bashar al-Assad auraient utilisé des armes chimiques ont commencé dès le début de la guerre civile syrienne.

Ce nouvel article de Steele se concentre sur les informations qui lui ont été fournies par le deuxième lanceur d’alerte, qui se fait appeler « Alex » par crainte pour sa sécurité. Les informations fournies par Alex se sont révélées bien plus incendiaires même que l’évaluation technique fuitée. Voici sept faits saillants principaux :

1- Des officiels du gouvernement américain ont tenté de faire pression sur les enquêteurs de l’OIAC pour leur faire admettre que le gouvernement Assad était responsable de l’incident de Douma. Les officiels ont été placés dans la même pièce que les enquêteurs par le chef du cabinet de l’OIAC de l’époque, Bob Fairweather, chose que les enquêteurs ont bien sûr considérée comme une violation flagrante de l’engagement d’impartialité de l’OIAC. Ce n’est pas la première fois que le gouvernement des États-Unis intimide l’OIAC, un organisme international soi-disant indépendant, il le fait chaque fois qu’il en a besoin pour faire avancer ses projets de changement de régime.

2- Alex rapporte que la dissidence interne sur les publications officielles de l’OIAC sur l’incident de Douma a été beaucoup plus forte qu’auparavant, affirmant que « la plupart des membres de l’équipe de Douma estimaient que les deux rapports sur l’incident, le rapport intermédiaire et le rapport final, étaient scientifiquement appauvris et que les procédures étaient irrégulières et probablement frauduleuses. » 

3- Tous les membres de l’équipe sauf un étaient d’accord avec l’évaluation technique selon laquelle il était beaucoup plus probable que les bouteilles de chlore aient été placées manuellement sur les lieux par des personnes sur le terrain.

4- Ian Henderson, l’expert en balistique sud-africain dont le nom figure sur l’évaluation technique fuitée, semble être responsable de cette fuite. L’identité du responsable de la fuite n’était pas connue auparavant du public.

5- Les enquêteurs ont subi des pressions pour les empêcher de publier leur conclusion qui était qu’aucune attaque chimique ne s’était produite, Selon Alex, c’est « l’éléphant dans la pièce que personne n’a osé mentionner explicitement ».

6- Selon le rapport final de l’OIAC sur l’incident de Douma, l’enquête avait montré qu’il y avait « des motifs raisonnables de penser qu’un produit chimique toxique avait été utilisé comme arme. Ce produit chimique toxique contenait du chlore réactif. Le produit chimique toxique était probablement du chlore moléculaire. » Pourtant, selon Alex, les niveaux de produits chimiques organiques chlorés trouvés sur les lieux « n’étaient pas plus élevés que ce à quoi on pourrait s’attendre dans n’importe quel environnement domestique » et étaient en fait « beaucoup plus bas que ce à quoi on pouvait s’attendre d’échantillons prélevés dans l’environnement », comparables ou même inférieurs aux niveaux de chlore recommandés dans l’eau potable par l’Organisation mondiale de la Santé. Ce fait extrêmement crucial a été omis à plusieurs reprises des rapports publics de l’OIAC d’une manière qu’Alex qualifie de « délibérée et irrégulière ».

7- Steele a mentionné le mois dernier qu’il avait sans succès contacté l’OIAC pour obtenir ses commentaires sur les révélations du deuxième lanceur d’alerte, et dans son nouvel article, il confirme que l’organisation continue à l’ignorer et qu’à la fois Fairweather et l’organe de presse de l’OIAC refusent de répondre à ses questions. Stefania Maurizi de La Repubblica a également rapporté que l’OIAC évitait la presse sur cette question importante. L’OIAC a bien répondu aux questions de la presse après la dénonciation du premier lanceur d’alerte en mai, mais il semble que quelqu’un lui ait ordonné de ne pas commenter les allégations du deuxième lanceur d’alerte.

Cette histoire - deux lanceurs d’alerte accusant l’OIAC de supprimer les preuves, sous la pression des États-Unis, afin de parvenir à une conclusion qui justifie les frappes américaines sur la Syrie - devrait constituer un scandale mondial. Au lieu de cela, il est largement ignoré, à l’exception de quelques-uns, comme @caitoz, qui en parlent depuis le début :

Sensationnel. Voilà. Des représentants du gouvernement américain ont expliqué aux enquêteurs de l’OIAC quels résultats trouver dans leur propre enquête. L’OIAC est un organisme d’enquête soi-disant indépendant, mais le gouvernement américain le harcèle depuis longtemps pour faire avancer l’agenda des États-Unis.

Le 4 juillet il y eu une autre intervention. Fairweather, le chef de cabinet, invita plusieurs membres de l’équipe de rédaction dans son bureau. Là ils trouvèrent 3 officiels américains qu’on leur a présentés succinctement, sans préciser quelles agences US ils représentaient. Les Américains leur dirent catégoriquement que le régime syrien avait conduit une attaque aux gaz…

Si le souci de la qualité de l‘information était au cœur de la couverture des actualités, le scandale de l’OIAC ferait la Une des journaux internationaux aujourd’hui. Au lieu de cela, les preuves croissantes que les États-Unis et leurs alliés ont commis un crime de guerre basé sur de fausses informations et qu’une organisation de surveillance prétendument indépendante les a aidés à le dissimuler sont largement ignorées. Pourquoi donc ?

Quand vous posez la question à des leaders d’opinion sur la guerre en Syrie comme George Monbiot du Guardian ou Mehdi Hasan de The Intercept, ils vous répondent que c’est normal parce que même si Assad n’est pas responsable de l’incident de Douma, c’est quand même une très mauvaise personne. Mais il s’agit là de leur part d’un raisonnement extrêmement malhonnête, parce que cela n’a rien à voir avec le fait que Bashar al-Assad soit une bonne personne ou non. La question n’est pas que cela n’aurait pas d’importance que l’OIAC dissimule ses propres conclusions disculpant le gouvernement syrien sur Douma parce que cela signifierait qu’Assad est une bonne personne, la question est que cela prouverait que les États-Unis ont à nouveau trompé le monde pour pouvoir faire une intervention militaire de plus. Ce qui rendrait beaucoup plus difficile aux États-Unis d’obtenir l’appui public pour de futures interventions militaires.

C’est bien entendu la véritable raison pour laquelle la classe politique / les médias ignorent le scandale de l’OIAC. La violence des armes est le ciment qui tient l’empire centralisé des États-Unis, ce qui signifie qu’il est de la plus haute importance stratégique que cet empire conserve la capacité de fabriquer le consentement pour continuer à user de la violence des armes. Étant donné que les employés des médias contrôlés par les ploutocrates savent parfaitement que leur carrière dépend de la protection de l’empire dont est issue la classe ploutocratique, le scandale de l’OIAC est clairement « zone interdite » pour quiconque souhaite garder son poste.

La seule façon pour cette histoire de se répandre dans les médias, c’est qu’elle devienne virale en dehors des médias traditionnels. Les propagandistes seront alors contraints de faire un reportage pour sauver la face tout en ramant pour essayer de reprendre le contrôle de la narrative. Cela ne se produira que si nous sommes suffisamment nombreux à faire de notre mieux pour attirer l’attention du grand public sur le scandale de l’OIAC. A mon avis, ce serait une très bonne chose pour tout le monde.

Caitlin Johnstone
17 novembre 2019

Traduction : Comité Valmy


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