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Billet olympique :
Yuri Ganus ou la voie de la trahison intérieure en Russie - par Karine Bechet-Golovko

dimanche 29 décembre 2019, par Comité Valmy


Billet olympique :
Yuri Ganus ou la voie de la trahison intérieure en Russie

La saga des sanctions olympiques contre la Russie continue à battre son plein. Alors que RUSADA a officiellement envoyé sa lettre à l’Agence mondiale antidopage (AMA) pour contester les sanctions prises à son encontre, son directeur général, Yuri Ganus, accompagne, chose inédite, ce courrier de sa propre missive déclarant ne pas partager la position du Conseil exécutif de l’agence russe antidopage. Il n’en est pas à son coup d’essai dans le torpillage de cette agence. Surprenant ? Non, pas vraiment. Il semble avoir "d’excellents" contacts avec l’AMA et strictement aucun lien ni attache avec le sport. Comme avec Rodchenkov, les Etats-Unis savent remercier leurs serviteurs.

De manière plus que surprenante, alors que la position juridique de l’AMA est particulièrement fragile (voir notre texte ici et l’interview ici) et que RUSADA, en toute logique, conteste officiellement les mesures prises, son directeur général Yuri Ganus accompagne cette requête de sa propre lettre, dans laquelle il signifie à l’AMA ne pas partager l’opinion du Conseil exécutif de RUSADA. Autrement dit, avant que le Tribunal arbitral du sport ne soit saisi, Ganus donne une arme d’influence à l’AMA, qui pourra être jointe au dossier de saisie du TAS. Ce qui va porter un coup à la défense de la Russie. Et il le sait parfaitement.

Il faut dire que ce charmant monsieur n’en est pas à son coup d’essai. Déjà avant que l’AMA ne prenne sa décision à l’encontre de la Russie, il avait déclaré en octobre aux médias que la base de données avait été modifiée. Cette déclaration avait été faite au New York Times, alors que Ganus se trouvait aux Etats-Unis, pour participer à une conférence contre le dopage. Il a ainsi volontairement contribué à l’attaque menée contre le sport russe.

Rappelons aussi, que plus avant, il y a un an de cela, c’est lui qui avait forcé le jeu en diffusant une vidéo pour que le Président russe intervienne personnellement afin que la base de données de RUSADA, qui était entre les mains du Comité d’enquête (puisqu’une enquête est en cours contre Rodchenkov en Russie), soit transmise à l’AMA, afin que toutes les conditions de restauration de la Russie dans le sport mondial soient enfin remplies. Ce qui a permis in fine à l’AMA d’attaquer la Russie, en utilisant la soi-disant base de données fournie par Rodchenkov, dont l’authenticité n’a jamais été vérifiée. Sans l’intervention de Ganus, l’AMA n’aurait pas pu déclarer l’incompatibilité de ces bases de données et condamner la Russie.

Pourquoi tant de haine ? Car autant appeler les choses par leur nom, cet individu déteste le sport russe. Déteste-t-il la Russie ? C’est à lui qu’il revient d’y répondre. En tout cas il déteste ceux qui constituent les organes d’Etat et ne cesse dans chacun de ses interviews de les critiquer et presqu’insulter.

Yuri Ganus est né en 1964 dans la république soviétique d’Ukraine, a fait des études d"ingénieurs à Léningrad, puis l’Institut international bancaire, puis des études de droit pour ensuite être formé au management. Bref, c’est un manageur. Le nec plus ultra de ce que la société contemporaine peut produire pour remplir cette armée d’individus incompétents et sans aucune conviction. Des êtres gris qui font carrière. En Russie, ils ont aussi leurs concours, ceux de "leader" ou de "directeur corporatif", auquel par ailleurs a participé notre cher ami Yuri.

Comment cet individu a-t-il pu atterrir à la tête de RUSADA alors qu’il n’a aucun lien avec le sport - et qu’il n’y connaît rien ? Ses explications sont assez oiseuses : il a lu quelque part (sans se souvenir où) une annonce sur l’ouverture d’un concours pour diriger l’agence russe antidopage, il s’est présenté avec 700 autres concurrents et a été retenu après des entretiens avec les experts de l’AMA et le Conseil exécutif.

Bref, il passait là par hasard, a vu de la lumière, a poussé la porte, on lui a proposé une chaise, il s’est assis, ils ont pris le thé et s’est marié avec la fille de la maison.

En tout cas, que l’on croit ou non aux contes de Noel (c’est la saison), l’on comprend beaucoup mieux pourquoi Yuri Ganus ne cesse de déclarer que la Russie n’a aucune chance devant le TAS (et il fait tout pour cela), pourquoi il menace même d’un alourdissement des sanctions contre la Russie (concrètement, elles sont déjà au maximum, les instances olympiques ne peuvent empêcher l’existence de la Russie comme pays), et surtout pourquoi il a envoyé, contre toute règle, cette lettre à l’AMA : il réitère son allégeance à son maître et demande à ne pas être mis dans le même sac que ces Russes.

Que la Russie produise en quantité suffisante ce genre d’individu, elle n’en a pas le monopole. Mais qu’elle leur donne des positions dominantes, auxquelles ils ont une réelle capacité de nuisance, alors que le pays est en difficulté et prétend à la souveraineté, c’est une logique assez spécieuse. Même du point de vue sacré du management.

Karine Bechet-Golovko
samedi 28 décembre 2019


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