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Crash du Boeing 737 ukrainien : pourquoi les Etats-Unis ont besoin de cette volte-face soudaine accusant l’Iran ? par Karine Bechet-Golovko

vendredi 10 janvier 2020, par Comité Valmy


Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que les "services", qui s’empressaient hier encore d’annoncer un problème technique, fassent volte-face et rejettent sur l’Iran la responsabilité du crash du Boeing ukrainien 737. Iran qui n’aurait rien trouvé de mieux que d’abattre sur son aéroport un Boeing avec 167 passagers ... dont 82 Iraniens. Puisque l’heure des suppositions est arrivée, avez-vous entendu parler du feu qui s’est déclaré dans un moteur d’un Boeing 737, cette fois à l’aéroport de Tel Aviv, lui aussi dans la nuit 8 janvier ? En dehors de l’Iran, les problèmes systémiques des Boeing commencent à soulever des questions ... Mais pourquoi ne pas faire d’une pierre deux coups : écarter les soupçons d’une entreprise qui ne se remet toujours pas de la crise du Boeing 737 Max et ressouder des Occidentaux frileux autour des Etats-Unis contre l’Iran ?

Ces mêmes services de renseignements qui annonçaient un problème technique (voir notre texte d’hier) se dirigent 24 heures plus tard toutes voiles dehors vers la piste du missile iranien. L’ordre d’arrivée n’est pas anodin : tout d’abord Trump envisage la possibilité d’une "erreur tragique" de tir, puis Trudeau docilement prend le relai et affirme que les services de renseignements canadiens (après avoir possédé des informations mettant en jeu des problèmes techniques) ont maintenant des informations (certainement meilleures) mettant en jeu un missile iranien tiré depuis un système russe de lance-missile SA-15 Gauntlet (on y arrive ...) - mais par erreur (ouf, toujours pas besoin de faire la guerre), et Johnson entre dans la danse lui aussi. Enfin, pour "prouver" cela, le New York Times remplit sa fonction de tribunal médiatique (indépendant - de la justice) et publie un article avec une vidéo amateur "vérifiée" par eux censée montrer un missile percutant cet avion ukrainien. A la fin de l’article, cet honorable journal fait un parallèle avec le crash du Boeing dans le Donbass, juste après avoir précisé que la Russie avait vendu à l’Iran le système de tir de missiles (c’est pour ceux qui ne comprennent pas rapidement). Le prochain pas semble assez évident.

L’intérêt de cette version, reprise en boucle par les médias alignés, est pour le clan atlantiste de revenir sur un terrain balisé et de s’écarter des risques d’un conflit armé interétatique classique. L’on va enfin pouvoir s’invectiver tranquillement par médias interposés, prendre des sanctions, bref la politique continue son chemin avec les condamnations par la presse, les "enquêtes" médiatiques fondées sur les déclarations des services de renseignements (c’est quand même plus sûr que la justice), sans jamais rien avoir de concret.

L’Iran dément, parle d’une guerre psychologique et appelle ces pays à participer à une véritable enquête. Mais à quoi bon une enquête professionnelle, dans les règles de l’art, qui prend objectivement du temps, quand les médias, soutenant les politiques, peuvent diffuser les comptes-rendus fournis par les services de renseignements de leur pays ? Par ailleurs, l’agence Reuters qui avait diffusé l’info sur les problèmes techniques a nettoyé sa publication pour la replacer par l’attaque iranienne. Tout est propre, le palimpseste tourne.

Quoique ici aussi, sur le fond, des questions se posent ... En 24 h, ces mêmes services de renseignements sont passés du "on a des informations prouvant un problème technique" à "on a des informations prouvant un tir de missile de l’Iran". Sont-ils incompétents ou leur mission est-elle d’appuyer les thèses nécessaires en fonction du moment ? Bref, quelle crédibilité ?

Au-delà du jeu géopolitique, ce retournement assez primaire peut aussi s’expliquer assez banalement par l’impérieuse nécessité de sauver l’entreprise Boeing, dont la réputation est déjà mise à mal après le scandale du 737 Max, retiré et pas prêt de revenir sur le marché. Pour info, puisque les médias occidentaux se taisent, dans la nuit du 8 janvier, sur l’aéroport de Tel Aviv, un autre Boeing 737 a pris feu, mais au sol, ce qui a permis d’éviter la catastrophe. Voir la vidéo sur Twitter :

Beaucoup de suppositions peuvent être faites, des plus fantaisistes (espérons) consistant à rappeler que cela tombe très bien pour les Démocrates à l’heure de l’impeachment de Trump qui ne se passe pas aussi facilement que souhaité. Ou encore peut-on soulever la question de la fiabilité des avions à l’heure du tout numérique et existe-t-il une possibilité d’y porter atteinte à distance ? Aux suppositions plus classiques, dans la catégorie à qui profite le crime : n’est-ce pas là un excellent moyen (cynique) de pousser les pays satellites à soutenir un peu plus activement les Etats-Unis sur ce terrain ? En même temps, vu le nombre d’Iraniens à bord d’un avion appartenant à un pays contrôlé par les Américains, ne serait-ce pas un signal envoyé aux pays arabes qui regardent un peu trop vers la Russie ces derniers temps : soit avec nous et pourquoi pas dans un OTAN élargi comme le propose Trump justement à ce moment-là, soit ... à vos risques et périls.

Bref, supposition pour supposition, elles sont nombreuses et ne se réduisent pas à cette vision très confortable de la responsabilité iranienne ayant utilisé un lance-missiles russe (ne l’oubliez pas, il va ressortir celui-là). Avec un peu d’imagination, l’on peut encore en trouver beaucoup. Il serait donc intéressant qu’une véritable enquête ait lieu, mais l’expérience de ces dernières années a montré l’impossibilité aujourd’hui d’arriver à un résultat concluant. En attendant, l’Iran a convié les différents pays concernés à prendre part à l’enquête, les Etats-Unis et le Canada ont accepté, l’Afghanistan, la Suède et l’Ukraine ont demandé à y participer. Quant à la France, elle pourrait également être concernée, puisqu’elle fait partie des pays où sont construits les moteurs.

Mais n’ayons aucun doute, les grandes annonces politiques n’attendront pas la fin de l’enquête. Elles ont déjà désigné le responsable avant même que celle-ci ait commencé. C’est quand même moins risqué.

Karine Bechet-Golovko
10 janvier 2020
Russie politics


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