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L’Ukraine a décidé qui sont ses « héros »
en choisissant les Nazis
par Vladimir Kornilov

jeudi 27 février 2020, par Comité Valmy


L’Ukraine a décidé qui sont ses « héros »
en choisissant les Nazis

Vladimir Kornilov, politologue et journaliste, montre à travers la façon dont l’Ukraine a traité l’anniversaire de deux figures de la Seconde Guerre Mondiale, que Kiev choisit ses « héros » parmi les Nazis et leurs collaborateurs plutôt que parmi ceux qui les ont vaincus.

Cette semaine, deux anniversaires importants sont célébrés en Ukraine. Pour être plus précis, l’un d’entre eux est réellement célébré dans le pays, et le second, lié à un véritable héros ukrainien, est célébré plutôt en dehors du pays, en Russie et en France. L’importance de ces deux dates réside dans l’approche de Kiev, qui montre clairement quel côté de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale a été choisi par le gouvernement ukrainien actuel.

Un de ces anniversaires n’est pas très « rond » : le 115e anniversaire de l’écrivain Oulas Samtchouk, que la propagande pseudo-historique moderne appelle « l’Homère ukrainien ». Il est possible d’argumenter longtemps sur le fait de savoir à quel point les œuvres cannibales de cet auteur étaient « homériques », mais le fait incontestable de sa biographie est sa coopération étroite avec les Nazis.

Il est inutile de le nier, ne serait-ce que parce qu’en 1941-1942, Samtchouk a publié ouvertement son apologie d’Hitler dans le journal Volyn, qu’il a personnellement écrit, non seulement en ne se cachant pas sous un pseudonyme (comme des collaborateurs plus prévoyants), mais en mettant même en avant sa proximité idéologique avec les Nazis. Ainsi, dans le premier numéro de ce journal, publié par le département de propagande de Goebbels dans la capitale du Reichskommissariat d’Ukraine, Rovno, Samtchouk a modestement placé côte à côte deux portraits – du Führer allemand et de lui-même. Tout cela était accompagné d’une ode élogieuse à Hitler, signée personnellement par le rédacteur en chef de Volyn.

Et Samtchouk a publié de telles odes dans presque tous les numéros. Analysant un autre discours d’Hitler, il a proclamé : « C’est cette force spirituelle et morale invincible qui, au cours des siècles, a formé et endurci ce peuple. Ce sont ces multiples générations de porteurs immortels de l’esprit créatif du peuple, qui, dans sa finalité, est aujourd’hui à la tête des événements historiques sous la direction de son puissant leader ». Après de tels éloges au leader de l’Allemagne nazie, il est difficile de douter de la collaboration de « l’Homère ukrainien ».

Et voilà ce qu’il a écrit en mars 1942 : « Le Führer de la Grande Allemagne, avec ses soldats chevaliers, nous a apporté la liberté. Ne l’oubliez pas ! Nous remercions le Führer Adolf Hitler et les soldats allemands victorieux, qui cultivent notre terre avec un double soin ». Encore une fois, il existe de nombreux panégyriques de ce type publiés par Samtchouk.

Mais en plus de l’éloge débridé d’Hitler et des idées du nazisme, le chef de Volyn a constamment promu les idées de l’Holocauste. Il s’est réjoui de l’extermination des Juifs à Rovno et à Kiev. Beaucoup de ses notes et articles sont consacrés à la justification idéologique de l’Holocauste. « Il y a (pas de Juifs) là où l’État ukrainien est en train de se construire », écrit le journal de Samtchouk le 27 novembre 1941. Il n’est pas surprenant que l’ambassade d’Israël ait protesté contre l’inclusion, par la Verkhovna Rada ukrainienne, de l’anniversaire de cette personnalité et d’un certain nombre de collaborateurs similaires dans la liste des dates commémoratives de cette année.

Ce qui, à son tour, a provoqué l’indignation des idéologues du nationalisme ukrainien moderne. La militante de Svoboda, Irina Farion a qualifié la déclaration de l’ambassade de « rustre » et a insisté sur ce point : « Entendez-vous l’État d’Israël ? Le journal Volyn est devenu le porte-parole des idées des Ukrainiens dans leur lutte pour le pouvoir national ukrainien ».

L’autre jour, d’ailleurs, elle a répondu à l’appel du Yad Vashem israélien de ne pas honorer un autre collaborateur ukrainien, en accusant (tout à fait dans l’esprit du journal nazi de Samtchouk) les Juifs d’avoir organisé la famine des années 30 : « Ils ont organisé l’Holodomor pour nous, maintenant ils ont pris le pouvoir avec les mains de cette populace possédée, et ils mettent aussi leurs sales pattes sur nos personnalités célèbres ».

Lorsque Farion a été accusée d’antisémitisme, elle a calmement répondu : « Honnêtement, je ne sais même pas ce que c’est ». Je me demande si le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a récemment déclaré dans une interview à un journal israélien qu’il n’y avait pas d’antisémitisme dans son pays, ne sait pas non plus ce que c’est, ou ne soupçonne pas l’existence de Farion ?

Quoi qu’il en soit, malgré les appels d’Israël, l’anniversaire pas très « rond » d’Oulas Samtchouk a été célébré avec faste en Ukraine. En tout cas, à Rovno il a été célébré au niveau municipal. Au monument de Samtchouk, le Musée de Samtchouk a organisé de nombreux événements, notamment avec la participation des écoliers – ils ont même organisé un tournoi de jeux de société en l’honneur du collaborateur nazi. L’Union des écrivains d’Ukraine et de nombreux médias importants, y compris les « voix » occidentales traditionnelles, ont répondu à cet anniversaire.

Mais l’anniversaire bien plus « rond » d’un véritable héros ukrainien n’y a pas été « remarqué ». Nous parlons du 100e anniversaire du lieutenant soviétique Vassili Porik, originaire de l’actuelle région de Vinnitsa, héros de l’Union soviétique et héros de la Résistance française. Bien que cet anniversaire ait également été inclus dans la liste des dates commémoratives de cette année, les médias ukrainiens l’ont tout simplement ignoré. Les médias russes ont activement écrit à ce sujet, on s’en est souvenu en France, même le ministère russe des Affaires étrangères a réagi, mais tous les organismes officiels ukrainiens non. Apparemment, le fait que Porik était un communiste convaincu et qu’il dirigeait un bataillon portant le nom de Staline en France, ne correspond pas aux notions modernes de l’Ukraine décommunisée sur les « vrais héros ».

La manière dont Kiev a abordé ces deux dates commémoratives montre très clairement quel côté de l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale elle choisit. Quoi qu’ait dit Zelensky dans son discours du Nouvel An (soit dit en passant, il a délibérément plagié les paroles du même Samtchouk imprimées dans le même journal nazi en 1941) sur le fait qu’il ne se soucie pas du nom de la rue, si elle est asphaltée, en fait l’Ukraine se place constamment dans cette histoire du côté des perdants.

Eh bien. Plus cynique sera l’appel à la « réconciliation » entre les Bandéristes et les vétérans de la guerre, que nous entendrons probablement de la bouche des responsables ukrainiens à l’occasion du 75e anniversaire de la Victoire sur le nazisme et sur ces mêmes Bandéristes. Comme nous le voyons, dans la pratique, toutes les discussions sur la « réconciliation » avec les collaborateurs conduisent à la glorification de ceux qui sont ouvertement Nazis et à l’oubli des véritables vainqueurs de cette guerre.

Vladimir Kornilov

Source : RIA Novosti

Traduction par Christelle Néant
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