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Deux points de vue contradictoires de communistes , à propos de la Chine :

- L’impérialisme chinois et la "Nouvelle route de la soie" - MR pour Solidarité Internationale PCF
- La Chine et le socialisme :
un entretien avec Jean-Claude Delaunay (vidéo)

mardi 30 juin 2020, par Comité Valmy

Co-fondateur fin 1964 du premier mouvement marxiste-léniniste en France (constitué à partir du « groupe de Clichy », qui est à l’origine du « Centre Marxiste-Léniniste de France), j’ai été invité en Chine en mai 1965 par le Parti Communiste Chinois. Dans les discussions que j’ai eues avec les camarades chinois, j’ai eu l’occasion de préciser que, contrairement à certains, nous ne nous considérions pas comme des « agents chinois », mais que nous étions alliés avec le PCC sur la base ce que je pensais être une adhésion commune aux principes du marxisme-léninisme.
J’ai aussi affirmé que, s’il arrivait que nous ayons des divergences avec leur ligne politique, nous ne manquerions pas de le faire savoir. Ce n’était pas très diplomatique, mais correspondait bien à notre volonté de maîtriser notre démarche militante.

Le Centre Marxiste-Léniniste s’est dissous courant 1968, en désaccord avec la révolution culturelle et face à l’échec du mouvement marxiste-léniniste en France, saboté avec intelligence.

C’est donc à titre personnel que j’exprime aujourd’hui, ma déception et mon inquiétude vis-à-vis de la politique actuelle du PCC, que je désapprouve tant sur le plan intérieur que par rapport à la composante impérialiste qui la caractérise dans le domaine international.

Favoriser le débat actuel sur la Chine me semble souhaitable ; c’est dans cet esprit que je relaie sur notre site du Comité Valmy deux points de vue, contradictoires, de militants communistes à propos de la R.P. de Chine.

Claude Beaulieu


L’impérialisme chinois
et la "Nouvelle route de la soie"

Chine, Impérialisme, Réflexions, Kazakhstan  …

Depuis 2013, la Chine s’est lancé dans un projet pharaonique de construction d’un vaste réseau de liaisons auto-routières et ferroviaires qui pourrait lui permettre de rejoindre l’Europe de l’Ouest en traversant toute l’Asie Centrale. Ce projet, aux intitulés multiples en anglais ("The New Silk Road", "One belt, One Road", "The Belt and Road Initiative"), est désormais connu en français sous le nom de "Nouvelle route de la soie". Ce terme fait référence aux anciennes routes commerciales qui ont concentré les échanges entre l’Asie et l’Europe jusqu’au 15ème siècle. Le projet chinois concerne actuellement 80 pays, dont plusieurs pays européens (notamment l’Italie depuis 2019)

La "Nouvelle route de la soie" est le pendant terreste du "collier de perles" que le gouvernement chinois a progressivement mis en oeuvre dans depuis 2005. Il s’agissait de construire ou de s’accaparer (par l’achat ou la location à long terme) des installations portuaires afin d’y installer des bases militaires et ainsi sécuriser les voies maritimes qu’elle emprunte pour ses approvisionnements en matières premières (Afrique et péninsule arabique) et l’acheminement de ses marchandises vers l’Europe. C’est dans cette perspective que l’entreprise chinoise publique COSCO a racheté la concession d’exploitation d’une partie du port du Pirée (Athènes) en 2016

En plus de sécuriser ses approvisionnements et ses transports de marchandises, la construction de ce vaste réseau de bases militaires et de ports maritimes a permis à la Chine d’asseoir sa domination en Asie du Sud-Est. Elle en a profité pour installer des bases aériennes dans les îles Spratleys et Parecels, qui font l’objet d’une importante rivalité avec ses voisins (en particulier le Viêt Nam). La Chine a également réussi à isoler ses deux principaux opposants en Asie du Sud-Est, le Viêt Nam et l’Inde, en incluant tous leurs pays limitrophes à son réseau maritime (Cambodge, Thailande, Birmanie, Bangladesh, Sri Lanka, Pakistan et Djibouti).

Par le projet de "Nouvelle route de la soie", la Chine cherche à résoudre les contradictions structurelles de son mode de développement. Depuis les années 1980, la croissance économique chinoise a été tirée par la demande mondiale et dépend donc fortement de ses exportations. Cette stratégie de développement a conduit la Chine à une ultra-concentration de ses activités industrielles dans les zones franches du littoral. Depuis quelques années, la Chine se sait de plus en plus menacée par l’omni-présence militaire des Etats-Unis et de ses alliés en Mer de Chine (Japon, Phillipines, Corée du Sud, et Vietnam depuis 2010). Ainsi, le projet "Nouvelle route de la soie" résulterait d’une nécessité accrue pour la Chine de sécuriser ses routes commerciales à plus long terme. Par ailleurs, emprunter les voies terrestes aurait l’avantage de réduire le temps d’acheminement des marchandises vers l’Europe (qui, pour les exportations d’une ville intérieure comme Chongqing, prend aujourd’hui environ deux mois).

Dans le même temps, l’affaiblissement de la demande mondiale depuis la crise de 2008 a fortement ralenti les perspectives de croissance chinoise et montré les limites de son mode de développement. Cela a conduit le gouvernement chinois à modifier ses plans (en partie) et à entreprendre de développer son marché interne. Ceci implique de se tourner vers l’ouest du pays (l’autre moitié de son territoire), grand laissé pour compte de la stratégie chinoise depuis la libéralisation économique (1978) et l’objectif de construire une "économie socialiste de marché" (1992). C’est en particulier le cas du Xinjiang, région autonome ouïghour et véritable "colonie intérieure de la Chine" depuis son annexion en 1949. Dans cette région située à l’extrême ouest du pays, les tensions sociales sont vives du fait de la marginalisation et des multiples persécutions à l’encontre de la population ouïghour musulmane. En 2010, le gouvernement chinois a créé une zone économique spéciale de 1200 km² autour de la ville de Chongqing, principal centre industriel du sud-ouest de la Chine et appelé à devenir la porte vers l’ouest de la Chine.

La "Nouvelle route de la soie" offre également à la Chine une formidable opportunité d’affermir sa domination en Asie Centrale, en partie délaissée par la Russie depuis la chute de l’URSS. Sous couvert de coopération internationale de développement, ce projet vise surtout à servir les intérêts immédiats de l’impérialisme chinois. Il lui permet notamment de sécuriser l’acheminement des ressources pétrolifères et gazières qu’elle exploite au Kazakhstan et du Turkménistan par l’intermédiaire de plusieurs entreprises publqiues chinoises, dont la puissante CNPC (China National Petroleum Corporation). Depuis quelques années, la Chine construit un large réseau d’oléoducs et de gazoducs parcourant ces deux pays et aboutissant à Alashankou et Khorgos, deux villes chinoises frontalières (qui sont aussi des zones franches) situées dans la région du Xinjiang.

Le Kazakhstan, clef de voûte de la "Nouvelle route de la soie", est le pays le plus anciennement engagé dans le projet chinois et celui où les réalisations concrètes sont les plus avancées (autoroute Mer Caspienne-Chine, port Kuryk à Aktau, réseaux ferroviaires, accord commerciaux, etc.). Les échanges commerciaux se sont accélérées depuis que la Chine s’est tournée vers l’Ouest de son territoire (Almaty, capitale économique du Kazakhstan, est toute proche du Xinjiang). Toutefois, cette intensification des relations commerciales sino-kazakhstanaises montre que le rapport entre les deux pays est de plus en plus déséquilibré, au seul profit des entreprises chinois et d’une petite élite locale corrompue. En particulier, la Chine contraint le Kazakhstan à se cantonner à un rôle d’exportateur de matières premières (pétrole et métaux : aluminium, or, uranium, autres) à hauteur de 80%, et à liquider ses dernières industries de transformation et agroalimentaire.

En 2008, près de 600 entreprises à capital chinois étaient déjà actives au Kazakhstan, principalement dans le secteur pétrolier. Aujourd’hui ce serait près du double, voir du triple. Ces entreprises sont fortement critiquées par la population kazakhstanaise car elles privilégient l’embauche de travailleurs chinois, en toute indifférence du fort taux de chômage local. A tel point que le gouvrnement kazakh a du imposer un seuil minimal d’embauche des travailleurs locaux, auxquels ces entreprises versent un salaire inférieur à celui du personnel chinois. Enfin, la justice enregistre tous les ans des centaines d’infraction au droit du travail commises par ces entreprises, vraisemblablement impatientes de pouvoir appliquer le droit du travail chinois comme cela a été accordé par le gouvernement kazakh à certaines d’entre elles. Plusieurs observateurs voient aujourd’hui dans la mutliplication des sociétés chinoises au Kazakhstan une stratégie de maillage volontaire qui permettrait à la Chine, le jour venu et à la faveur de tensions politiques, de faire valoir son droit d’ingérence sur tout le territoire.

Le documentaire d’Arte réalisé en 2019 ("Chine, sur les nouvelles routes de la soie") illustre quelques uns des enjeux du projet de "Nouvelle route de la soie" de l’impérialiste chinois. Il en montre aussi les conséquences immédiates pour le peuple et les travailleurs kazakhstanais.

MR pour Solidarité Internationale PCF 21 mai 2020

http://solidarite-internationale-pcf.fr/

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La CHINE et le SOCIALISME :
un entretien avec Jean-Claude Delaunay

Jean-Claude Delaunay

Né en 1938, professeur honoraire des universités, il vit aujourd’hui en Chine (Guangxi, Nanning). Il a déjà publié une dizaine de livres. Il est vice-président de la World Association for Political Economy (WAPE), basée à Hong-Kong, et co-éditeur de la World Review of Political Economy, que publie cette association.

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Voir aussi :
LETTRE A MES AMIS(IES) PRO-CHINOIS...
par Richard Labévière
http://www.comite-valmy.org/spip.php ?article11838


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