COMITE VALMY

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« Le New York Times qui était un journal de référence
devient un symbole du totalitarisme bien-pensant »
Par Céline Pina

vendredi 24 juillet 2020, par Comité Valmy


L’immeuble de la rédaction du New York Times.

« Le New York Times qui était un journal de référence devient un symbole du totalitarisme bien-pensant »

TRIBUNE - En démissionnant, la journaliste éditorialiste Bari Weiss du New York Times a révélé les dessous peu reluisants du journal américain, qui en affectant une ligne progressiste, se transforme en « prédateur de la liberté d’expression » analyse l’essayiste Céline Pina.

Ancienne élue locale, Céline Pina est essayiste et militante. Elle est la fondatrice de « Viv(r)e la République », elle a également publié Silence coupable (Kero, 2016).

Le New York Times était un journal de référence, comme le fut Le Monde en son temps. Cela fait aussi belle lurette qu’il vit sur sa réputation, comme le fait le quotidien français aujourd’hui, mais cela suffit à lui donner une force de frappe et un réel pouvoir de nuisance. Le problème c’est que maintenant non seulement sa réputation s’avère usurpée, mais les pratiques qui ont cours à l’intérieur du journal suscitent légitimement l’indignation : harcèlement, insultes, réécriture des articles dont l’opinion dérange, parti-pris idéologique… C’est la journaliste Bari Weiss qui révèle les dessous guère reluisants du journal américain dans sa lettre de démission, mais elle ne fait que dire tout haut, ce que nombre de signaux faibles indiquaient déjà.

« Qui veut faire l’ange, fait la bête » est un vieux proverbe, il n’aura jamais été plus d’actualité qu’ici. Déshumanisation, accusations sans preuve et censure, tel est le triptyque faisant de jeunes journalistes, qui s’affichent progressistes, les nouveaux prédateurs de la liberté d’expression. En traitant au moindre prétexte leurs détracteurs de nazis ou de fascistes, ils ne se rendent pas compte que leurs comportements sont plus violents et néfastes que celui de ceux qu’ils prétendent épingler. Mais laissons Bari Weiss raconter ce qu’elle a subi simplement parce qu’elle pensait différemment de ses collègues talibans : « Mes propres incursions dans la malpensance m’ont transformée en objet de harcèlement constant par des collègues en désaccord avec mes opinions. Ils m’ont traitée de nazie et de raciste ; j’ai fini par ignorer les commentaires selon lesquels « j’écris encore sur les Juifs. » Plusieurs collègues perçus comme étant amicaux à mon égard ont été harcelés par des collègues. Mon travail et ma personnalité sont ouvertement attaqués sur le Slack de l’entreprise où les rédacteurs de rubrique donnent régulièrement leur avis. Là, certains collègues insistent sur le fait que je dois être « dégagée » de l’entreprise si cette dernière veut vraiment être « inclusive, » tandis que d’autres publient des emojis de hache à côté de mon nom. D’autres employés du New York Times me salissent publiquement en me traitant de menteuse et de fanatique sur Twitter, sans craindre que ce harcèlement fasse l’objet d’une réponse appropriée. Elle ne vient jamais. »

Cette constance dans la lâcheté des équipes
de direction explique la dérive totalitaire
déjà à l’œuvre dans ce type de journalisme.

Au New York Times, la lâcheté des chefs de service, qui félicitaient la journaliste pour son courage sans jamais mettre de limite à ses agresseurs, dit aussi quelque chose de notre temps où les personnes veulent exercer des fonctions et en soutirent tout le prestige, le pouvoir et l’argent qui y sont rattachés, sans en assumer les responsabilités afférentes. Cette constance dans la lâcheté des équipes de direction est remarquable et explique la dérive totalitaire déjà à l’œuvre dans ce type de journalisme : pour certains progressistes, « la vérité n’est pas un processus de découverte collective, mais une orthodoxie déjà connue de quelques individus éclairés dont la mission consiste à en informer tous les autres. » Renoncer aux faits parce qu’ils contrarient l’idéologie, c’est la définition même du totalitarisme, qui naguère donna le nazisme et le communisme. Apparemment aujourd’hui comme hier il y a peu de monde pour dénoncer cette dérive et elle a conquis suffisamment de représentants de l’élite (politiques, journalistes, intellectuels, entrepreneurs...) pour que les courageux soient plus souvent chassés en meute que reconnus. Cet aspect-là est évoqué également par la journaliste démissionnaire :

« J’aimerais pouvoir dire que mon cas est isolé. Mais la vérité est que la curiosité intellectuelle -sans parler de la prise de risques- est devenue un handicap au Times. Pourquoi publier quelque chose de dérangeant pour nos lecteurs, ou écrire quelque chose de risqué, si c’est pour passer par un processus de correction qui le rendra idéologiquement conforme, alors qu’on peut s’assurer de la sécurité de son emploi (et garantir des clics) en publiant son 4000ème éditorial pour dire que Donald Trump est un danger mortel pour le pays et le monde ? Et ainsi, l’autocensure est devenue la norme. »

Ceci dit, si le New York Times a réussi à cacher si longtemps ces ambiguïtés, c’est aussi parce que nous n’aimons pas regarder en face la réalité. Quand par lâcheté, le journal avait cédé aux pressions et supprimé les dessins de presse, alors que le massacre des journalistes de Charlie était dans toutes les mémoires, ici comme ailleurs, nous aurions dû comprendre que ces gens n’étaient plus des amis de la liberté. Quand cette rédaction a annoncé triomphalement mettre une majuscule à « Black » pour la refuser à « white », en expliquant que les Blancs ne méritent pas une majuscule parce qu’ils ne forment pas une civilisation en soi, on se pince. Cela signifierait-il que tous les Noirs, eux, sont semblables et indistincts, amalgamés dans un grand Tout ? On ne sait si cette condescendance est le masque de leur profond racisme ou de leur immense bêtise.

« La haine en ligne est excusée
tant qu’elle se dirige vers les cibles autorisées ».

En attendant, cette sortie vient à point nommé au moment où 150 intellectuels dénoncent la « cancel culture », ou culture de l’effacement dans le mensuel Haarper’s. Elle se définit par une « intolérance à l’égard des opinions divergentes », un « goût pour l’humiliation publique et l’ostracisme » et une « tendance à dissoudre des questions politiques complexes dans une certitude morale aveuglante. » Exactement ce que dénonce Bari Weiss dans sa lettre quand elle remarque que chez les progressistes « La haine en ligne est excusée tant qu’elle se dirige vers les cibles autorisées ».

De plus en plus de personnalités sont victimes de la censure et de la culture de l’offense érigée en arme de déstabilisation. Le rédacteur en chef des éditoriaux du New York Times, James Bennet a démissionné suite à de violentes critiques. Sa très grande faute : avoir publié une tribune d’opinion (et non un article) du sénateur républicain Tom Cotton qui appelait à utiliser l’armée pour mettre fin aux débordements et pillages constatés en marge des manifestations Black Lives Matter. Pour avoir cru que l’humour était encore autorisé, le rédacteur en chef du Philadelphia Enquirer, Stan Wischnowski a osé titrer « Les immeubles comptent aussi » toujours en référence à « Black lives Matter ». Son personnel s’est mis en grève… Il a dû lui aussi démissionner. Et la liste ne cesse de s’allonger.

Qu’il y ait un problème avec le racisme aux États-Unis est une réalité, qu’en revanche quand la lutte contre le racisme se transforme en un mouvement qui attaque les libertés, impose la censure, harcèle les personnes et impose ses dogmes, elle devient contreproductive et finit par entraîner le rejet légitime de causes pourtant justes à l’origine.

En attendant le constat est amer : quand les journalistes se prennent pour des justiciers, ils finissent en général en accusateur public. Ce n’est pas étonnant, la foi en l’idéologie et le refus du réel les portent plutôt au harcèlement et à l’épuration qu’au contradictoire et au débat. Le problème c’est qu’en s’asseyant ainsi sur la déontologie et l’honneur de leur métier, c’est à l’information qu’ils portent un coup fatal. Être propagandiste est un métier, mais ce n’est pas le même que journaliste. Quand les militants et les idéologues prennent le pouvoir, la quête de vérité et le référence aux faits disparaissent et la manipulation prend la place. L’autodafé symbolique des idées et des personnes y gagne ce que le journalisme y perd. Bientôt on pourra mesurer la grandeur du journaliste progressiste au nombre de personnes qu’il aura tué socialement et dont il aura éteint la voix. Et ce sera le crépuscule de la presse libre.

Céline Pina
23 juillet 2020

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