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La stabilité politique de la Russie
est assurée pendant que l’Occident s’écroule
Par Tom Luongo

samedi 25 juillet 2020, par Comité Valmy


La stabilité politique de la Russie
est assurée pendant que l’Occident s’écroule

Malgré ce que les commentateurs américains et européens peuvent penser, il y a vraiment un profond désir parmi les gens de voter pour leur propre souveraineté. Et cette impulsion était pleinement affichée la semaine dernière avec l’annonce des résultats du vote en Russie pour approuver les modifications de la constitution du pays.

Le référendum a été approuvé par 78% de la population avec un taux de participation de 65%. Ce sont les changements les plus radicaux apportés à la constitution russe depuis sa ratification en 1993, qui conférait au président un pouvoir immense.

Et tandis que le paquet final de réformes différait sur un aspect important de celui d’origine – permettant à un président de servir plus de deux mandats « consécutifs » – le thème principal des changements était de déléguer le pouvoir de la présidence en mettant plus de ce pouvoir entre les mains des élus de la Douma.

Le cabinet du président doit être issu de la Douma plutôt que nommé par le président, tandis que le Conseil d’État a été officiellement ajouté à la constitution qui peut appliquer les décrets présidentiels directement aux régions. En effet, il y a maintenant un équilibre – et une tension – plus grand entre ces diverses branches du gouvernement alors que le président perd le contrôle sur la nomination de son cabinet mais renforce sa capacité à contourner le parlement élu.

Ce qui était clair au début de ce processus, c’est que Poutine essayait de préparer sa succession tout en minimisant la possibilité de voir une autre « marionnette étrangère » exercer l’immense pouvoir de la présidence russe, comme c’était le cas sous Boris Eltsine.

Poutine cherchait à prendre sa retraite en 2024, à 71 ans, en visant son maintien dans la politique russe par une forte présence à la direction du Conseil de sécurité, qui, avec ces réformes, a un rôle plus direct dans l’élaboration de la politique militaire et diplomatique qu’auparavant.

En décembre, j’avais fait un podcast avec Alexander Mercouris, du blog The Duran, dans lequel nous avons discuté en détail de ces changements potentiels – qui sont antérieurs aux changements de la durée du mandat du président – qu’il est important, selon moi, de revoir à ce stade, car les changements sont maintenant en vigueur.

Quelle que soit votre perspective politique, il y aura des critiques pertinentes de ces changements vu le potentiel d’abus, mais la vision globale est de rendre la Russie beaucoup plus résistante aux interférences extérieures, tout en reflétant la fierté croissante des Russes pour leur patrie, et le souci de leur survie dans le contexte d’un enfer tel que celui qui leur a été imposé après la chute de l’URSS.

Et ces changements doivent être vus à travers cette optique. Dans mon esprit, la Russie est en état de guerre avec l’Occident depuis fin 2013 avec la tentative de l’UE d’accélérer l’entrée de l’Ukraine dans son sein – et dans l’Otan. Cela a provoqué le coup d’état du Maidan, la réunification ultérieure avec la Crimée et la guerre pour empêcher la sécession du Donbass.

Poutine est arrivé au pouvoir au plus fort de l’effondrement économique et sociétal post-soviétique de la Russie. Il sait qui était derrière ces événements et, métaphoriquement, dans quels placards sont planqués les cadavres. Il fait toujours des démarches qui sont, au mieux, des changements progressifs réalisables, lorsque ces changements sont devenus importants et évidemment nécessaires.

C’est ce que représentent bon nombre de ces modifications constitutionnelles, des changements progressifs nécessaires pour assurer l’avenir à court terme de la Russie dans le contexte d’un Occident irrémédiablement hostile, car en proie à l’agonie de l’empire.

Pour cette raison, ils sont les bienvenus, même s’il faut être méfiants, car tout pouvoir doit intrinsèquement être suspecté. Et le peuple russe a compris la nature du conflit, dans la mesure où il était motivé à faire un acte définitif à ce sujet.

La réponse de la presse occidentale a été plutôt pathétique, avec des titres qui ne font que souligner la possibilité, pour Poutine, de rester au pouvoir jusqu’en 2036 – date à laquelle il aura 83 ans – et l’emphase mise sur les petites poches de résistance à ces changements.

Les personnes qui pleurent le plus aujourd’hui sont les néolibéraux, les néocons et leurs agents de renseignement, que Poutine a constamment déjoués au cours des trente dernières années qu’ils ont passées à attendre qu’il s’en aille. Ces changements à la constitution peuvent, en fin de compte, comme le suggère Gilbert Doctorow, renforcer la présidence de manière imprévue, mais la seule chose qu’elle fait est de s’assurer que, si la Russie devait sombrer dans l’autocratie, elle le ferait à ses propres conditions et non à celles des gens qui l’ont ouvertement détruite dans les années 1990.

Nous vivons une ère d’instabilité politique extrême qui reflète les fondements économiques empoisonnés sur lesquels sont bâties les institutions. Partout en Occident, nous constatons une résistance massive à l’ordre existant de tous les côtés du spectre politique. La colère et la frustration ont la même origine, alors que les objectifs sont très différents.

Les pouvoirs en place sont derrière ceux qui cherchent à briser l’ordre politique aux États-Unis tout en s’opposant à la même tendance en Europe. L’ironie du sort ne devrait échapper à personne en constatant qu’une révolution de couleur est en cours aux États-Unis, où le système institutionnel est dévolu à un gouvernement fédéral, avec des États individuels fonctionnant toujours en accord avec ce gouvernement.

Alors que dans le même temps, un ensemble de traités flous lie les nations souveraines d’Europe à une Union européenne qui n’a presque aucune autorité légale pour appliquer ses directives, mais qui a violemment résisté à toutes les expressions de souveraineté nationale considérées comme des actes de barbarie.

Ainsi, l’image devrait être très claire concernant cette dynamique, à savoir qui tire les ficelles et à quelles fins. Et c’est pourquoi il y a ce genre de cris et de grincements de dents en Occident [à propos des réformes constitutionnelles russes], ils ne peuvent tolérer aucune expression réussie de la souveraineté nationale de peur que les serfs ne se mettent à avoir des idées politiquement incorrectes.

Mais je ne pense pas que l’une quelconque de ces dynamiques l’emportera finalement. Les États-Unis sous leur forme actuelle ne survivront peut-être pas à leur guerre civile, mais l’Europe ne rentrera pas non plus tranquillement dans la longue nuit de l’État policier supranational dont rêve le Gang de Davos.

La clé du succès de Poutine a été sa nature conservatrice qui comprend que le changement prend du temps. Vous ne pouvez pas forcer un changement durable. Vous devez laisser aux gens le temps de s’habituer à une idée tout en étant prêt à admettre que certains changements ont été erronés.

C’est pourquoi ces changements ont été adoptés avec une majorité de près de 80%. Ils étaient en accord avec l’opinion publique sur l’avenir de la Russie et sur celui qui devrait prendre ces décisions.

Ainsi les Russes ont déclaré au monde l’autre jour que la maladie vraiment dangereuse qui infecte l’Occident – un libéralisme illimité à la frontière du libertinage – ne sera pas une politique publique pour eux à l’avenir.

Tom Luongo
− Le 5 juillet 2020

Traduction : le Saker Francophone

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