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LIBAN : APRES LA VISITE D’EMMANUEL MACRON,
QUEL EST LE COUP D’APRES ?
par Richard Labévière

lundi 7 septembre 2020, par Comité Valmy


LIBAN : APRES LA VISITE D’EMMANUEL MACRON,
QUEL EST LE COUP D’APRES ?

Pour la diplomatie française, le Liban ne peut pas être un pays comme les autres. En se rendant à Beyrouth le 1er septembre dernier – après une première visite le 6 août, le lendemain des explosions qui ont ravagé le port -, le président de la République a, ainsi salué le centième anniversaire de la création – par la France – du « Grand Liban », du Liban dans ses frontières actuelles.

Le 1er septembre marque le centenaire de la création en 1920 du « Grand Liban » par le haut-commissaire français, le général Henri Gouraud, en tant qu’entité distincte de la Syrie et que la France avait été chargée de gouverner par la Société des Nations (SDN). Le Grand Liban combinait le Mont Liban – où les populations étaient et sont principalement chrétiennes et druzes avec des zones à l’ouest et au sud où les communautés sont principalement sunnites et chi’ites. Le général Gouraud avait fait sa déclaration depuis la Résidence des Pins – qui est aujourd’hui la résidence de l’ambassadeur de France au Liban, là où le président Macron a récemment rencontré des responsables politiques libanais.

Hormis cette résonnance historique, la visite présidentielle tombait doublement à propos : le Pays du Cèdre traverse la plus grave crise économique et sociale depuis la guerre civile (1975 – 1990) ; avec la démission du gouvernement d’Hassan Diab – pourtant le meilleur qu’ait connu le pays depuis l’intermède du général Fouad Chéhab (1958 – 1964) -, l’instabilité prévaut plus que jamais. Par conséquent, les différentes manifestations françaises de solidarité étaient particulièrement bienvenues : le porte-hélicoptère-amphibie (PHA) Tonnerre a débarqué plusieurs dizaines de tonnes d’aide humanitaire et d’autres bâtiments de la Marine nationale ont débarqué nombre de spécialistes en catastrophes et reconstructions.

LA SECTE CONTRE L’ELYSEE

Par ailleurs, et hormis quelques voix minoritaires dénonçant une « ingérence », la population libanaise – dans sa majorité – a salué les gestes de solidarité de la France éternelle. Cela dit, cette posture n’est pas sans ambiguïté, révélant notamment quelques contradictions franco-françaises… La principale exprime une divergence d’approche et d’agenda entre l’Elysée et le Quai d’Orsay. En effet, Emmanuel Macron a mis un point d’honneur à rencontrer l’ensemble des composantes de la classe politique libanaise, y compris le Hezbollah, le parti chi’ite restant toujours copieusement démonisé par Washington et Tel-Aviv1. Quelques jours auparavant, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian avait soigneusement boycotté les représentants de ce parti.

Conseillant aux députés du Hezbollah « d’être davantage libanais », l’Elysée cherchait à faire savoir qu’il reconnaissait enfin cette incompressible évidence : composante majeure de la vie politique libanaise, le parti chi’ite est parfaitement incontournable, tandis que le Quai d’Orsay restait et reste actuellement encore sur la ligne américano-israélienne de son boycott, affirmant que cette organisation politico-militaire n’est qu’une « organisation terroriste », courroie de transmission de Téhéran.

Au Quai, la « Secte » ou la « Meute » – une bande de néo-conservateurs à la française – fait toujours la loi, sans que l’Elysée ne puisse faire grand-chose, d’autant que cette association de diplomates – ayant été en poste à Washington, Bruxelles-Otan et Tel-Aviv – se tient fermement les coudes et partage les mêmes relations affairistes.

« Ils sont de plus en plus nombreux à aspirer à vendre leurs services en fin de carrière », écrit Marc Endeweld dans une remarquable enquête2 : « ancien secrétaire général du Quai, M. Gérard Errera conseille le groupe financier américain Blackstone et l’opérateur téléphonique chinois Huawei. M. Jean-David Lévitte, qui fut conseiller diplomatique des présidents Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, a été recruté comme conseiller spécial par Rock Creek Global Advisors, une société de conseil fondée par M. Joshua Bolten, ancien directeur de cabinet du président George W. Bush. Plus récemment, l’ancien ambassadeur de France à Tel-aviv et Washington, M. Gérard Araud, a rejoint la société de communication de Richard Attias, qui appartient aujourd’hui pour moitié à un fonds souverain saoudien ».

Dès juin 2017 – sitôt élu président – Emmanuel Macron promettait dans un entretien au Figaro3 : « avec moi, ce sera la fin d’une forme de néo-conservatisme importée en France depuis dix ans. La démocratie ne se fait pas depuis l’extérieur à l’insu des peuples. La France n’a pas participé à la guerre en Irak et elle a eu raison. Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye. Quel fût le résultat de ces interventions ? Des Etats faillis dans lesquels prospèrent les groupes terroristes. Je ne veux pas de cela en Syrie… ».

CASSER LES ETAT-NATIONS !

N’oublions pas que cette divergence Quai/Elysée, que la Secte a pris naissance lorsque Bernard Kouchner était ministre des Affaires étrangères (entre 2007 et 2010)4. Derrière tous ses boniments sur « l’action humanitaire » et les « ingérences » toutes aussi généreuses, l’agenda était parfaitement clair : fragiliser, sinon casser les Etat-nations du Sud – retribaliser les populations – afin de perpétrer l’influence, sinon l’hégémonie des pays occidentaux, au premier desquels les Etats-Unis et leur satellite israélien.

Dans ce jeu de massacre, le Liban constitue toujours un merveilleux laboratoire où il suffit d’attiser quelque peu les fractures confessionalo-communautaires pour atteindre la Syrie, l’Iran, sinon la Russie voire la Chine. Emmanuel Bonne, le conseiller diplomatique du président de la République en sait quelque chose, lui qui fût ambassadeur de France au Liban (2015 – 2017). Aujourd’hui à contre-emploi, puisqu’il est chargé d’accompagner la « nouvelle approche diplomatique du Proche-Orient » que veut incarner Emmanuel Macron, Emmanuel Bonne fût, tout comme Gérard Araud, un farouche partisan du renversement de Bachar al-Assad… sans doute pour offrir le pouvoir syrien aux Frères musulmans ou à d’autres « révolutionnaires » jihadistes – qui au même moment assassinaient nos enfants dans les rues de Paris, de Londres et d’autres cités occidentales !

Comprenne qui pourra, toujours est-il que les principaux conseillers du Quai en charge des Proche et Moyen-Orient, continuent à soutenir et promouvoir les factions libanaises qui cherchent à renverser le président Michel Aoun parce que ce dernier a eu le grand tort – à leurs yeux – de nouer une alliance avec le Hezbollah dès novembre 2006. Comment Emmanuel Macron peut-il s’émanciper de cet « Etat profond », qui favorise d’abord les intérêts américano-israéliens avant d’oeuvrer à la défense de ceux de la France ? Grande question… dont le début d’une réponse possible commence par la pensée, sinon la mise en œuvre d’une diplomatie française réellement adaptée à la région.

Ainsi, il ne suffit pas de réclamer des réformes – des ré-for-mes – en sautant comme un cabri ! Quelles réformes ? Dans quels secteurs ? Avec qui ? Et dans quel ordre. L’ensemble des classes politiques libanaise et française réclament des « réformes », mais sans jamais n’en rien dire de précis et de concret. Comme des perroquets, les journalistes répètent à tous vents que les gouvernements libanais sont corrompus depuis la nuit des temps… La belle affaire et quel scoop ! Ils étaient moins loquaces lorsque Jacques Chirac soutenait, mordicus, son grand copain, l’affairiste Rafic Hariri, lorsque Nicolas Sarkozy et François Hollande faisaient de même avec son fils Saad, tout aussi voyou que les Nabih Berry, Walid Joumblatt, Gemayel et autres Samir Geagea !

Etrangement la rengaine est repartie de plus belle alors que le dernier gouvernement d’Hassan Diab était certainement l’un des plus compétents depuis la fin de la guerre civile (1975 – 1990). Alors des réformes – lesquelles ? – et après ? Le coup d’après, ce serait justement de fixer des objectifs et une méthode pour les atteindre. Le ministre plénipotentiaire (1ère classe) Pierre Duquesne vient d’être nommé ambassadeur chargé de la coordination du soutien international au Liban. C’est bien ! Bon travail, en vous souhaitant pleine réussite Monsieur l’Ambassadeur.

Cette nomination est un bon signe, mais une vraie diplomatie française pour le Liban et le Proche-Orient : c’est quoi au juste ? D’abord revenir à la centralité du conflit israélo-palestinien qui déstabilise l’ensemble de la région depuis la naissance du régime de Tel-Aviv (1948). Il fût un temps où Elysée et Quai d’Orsay condamnaient – certes en des termes soigneusement pesés – les bombardements israéliens sur Gaza et la Cisjordanie. Aujourd’hui, la soldatesque israélienne peut commettre n’importe quelle forfaiture en violant allègrement les eaux territoriales et l’espace aérien libanais : pas un mot, ni du Quai, ni de l’Elysée.

Dans un deuxième temps, il s’agirait de tirer toutes les conséquences de l’invasion anglo-américaine de l’Irak au printemps 2003, afin de corriger rapidement les mêmes désastres en cours aujourd’hui en Syrie et en Libye. En se rendant en Irak afin de conforter les efforts de restauration d’un Etat stato-national, Emmanuel Macron envoie quelques messages politiques forts, mais qui resteront abstraits s’ils ne sont pas suivis de coopérations économiques conséquentes. Et pourquoi se sent-il obligé de le faire en critiquant la présence d’intérêts iraniens dans ce pays ? Quand la diplomatie française cessera-t-elle de donner des gages à Washington pour voler de ses propres ailes ?

Enfin, dans un troisième mouvement, il s’agirait de revisiter et de hiérarchiser les intérêts français dans la région pour les consolider en communiquant davantage sur leurs implications et les perspectives qu’elles ouvrent. Ces dossiers sont trop rarement évoqués à l’Assemblée nationale et au Sénat…

Non seulement, il y aurait urgence à rouvrir notre ambassade à Damas, mais également une même nécessité s’impose pour refonder notre relation avec Téhéran, sur d’autres bases que celles d’une hostilité américaine invariable depuis la révolution islamique de 1979 – et surtout qui ne correspond pas – pas du tout – aux intérêts de notre pays.

NOUS NE DEFENDONS PAS GEORGES MALBRUNOT

Comme beaucoup, nous avons jugé plutôt déplacé le recadrage public du journaliste du Figaro Georges Malbrunot par le président de la République. Si ce dernier avait des choses importantes à reprocher au premier, il aurait pu le faire entre quatre yeux plutôt que de se donner ainsi en spectacle devant les caméras accompagnant son déplacement au Proche Orient. Cette perte publique de nerf n’est certainement pas à mettre au bénéfice de l’Elysée, mais ne blanchit pas pour autant sa victime dont les entorses déontologiques sont couvertes depuis des années par l’establishment parisien !

Et nous en savons quelque chose pour avoir employé la personne en question – il y a quelques années – au service étranger de Radio France Internationale (RFI). Sans détailler l’ensemble des forfaitures professionnelles du personnage, il faut comprendre la colère présidentielle après la parution d’un article dans Le Figaro du mardi 1er septembre. Celui, enchaîne les contre-vérités, les erreurs factuelles et les hypothèses les plus farfelues. Dans le même article, Georges Malbrunot prétend avoir interrogé le politologue libanais Walid Charara, ce que ce dernier dément formellement. Malbrunot a tout simplement volé les propos d’une conversation à bâtons rompus entre le politologue et des membres de la délégation française.

Depuis des années, sous couvert du Figaro, Georges Malbrunot fait plus du tourisme que du journalisme, n’hésitant pas au passage à régler quelques comptes personnels. Alors si, au passage, il lui arrive de se faire baffer par le Président, on ne va pas pleurer.

Malgré tout, bonne lecture et à la semaine prochaine.

Richard Labévière
7 septembre 2020

1 Relire l’excellent ouvrage de Frédéric Domont et Walid Charara : Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste. Editions Fayard, 2004.
2 « Emmanuel Macron et l’« Etat profond », dans Le Monde Diplomatique de septembre dernier.
3 Le Figaro, 22 juin 2017.
4 Pierre Péan : Le monde selon K. Editions Fayard, février 2009.

Proche&Moyen-Orient.ch
Observatoire Géostratégique

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