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Éric Delbecque : « Le salafisme est un islamisme silencieux qui émousse notre vigilance »
Par Alexandre Devecchio

dimanche 20 septembre 2020, par Comité Valmy


Éric Delbecque. Crédit : Fabien Clairefond

Éric Delbecque : « Le salafisme est un islamisme
silencieux qui émousse notre vigilance »

FIGAROVOX/ENTRETIEN – L’expert en sécurité intérieure publie Les Silencieux, un essai informé dans lequel il expose la stratégie et les tactiques du salafisme en France

LE FIGARO. – Dans votre nouvel essai, Les Silencieux, vous étudiez la menace salafiste en France. Beaucoup jugent pourtant que, la plupart du temps, le salafisme est quiétiste, et y voient un militantisme pacifique. Contestez-vous cette distinction entre « bon » et « mauvais » salafisme ?

Éric DELBECQUE. – Il existe trois salafismes : le salafisme dit quiétiste, le salafisme politique et le salafisme djihadiste. Mais le salafisme quiétiste peut être lui aussi qualifié de salafisme politique, qui mise pour sa part sur une stratégie séparatiste. Or, c’est l’ensemble de la puissance d’influence salafiste qu’il convient de penser et de traiter, pas exclusivement sa filiation violente, en se contentant de s’opposer mollement au reste de l’offensive. À force de se focaliser sur le terrorisme islamiste, nous oublions de prendre en compte les progrès des adversaires de la République dans des domaines où ils accumulent des victoires plus inquiétantes encore, à savoir la société et le champ intellectuel. L’Europe, et la France tout spécialement, perd la plupart des combats contre le salafisme en tant qu’idéologie, mode de vie et maillage de réseaux dans l’espace social.

Pourquoi, selon vous, politiques et médias se trompent-ils de combat en se focalisant principalement sur la menace terroriste ?

Parce que l’arbre cache la forêt. La doctrine salafiste, joue la montre, s’arme de patience et privilégie le travail de terrain dans des sociétés devenues vulnérables à la stratégie de la victimisation permanente. Avancer patiemment ses pions en se revendiquant des principes de l’adversaire, créer des précédents, user l’endurance de l’idéologie républicaine née en 1789, traquer la modernité en misant sur la « postmodernité » qui voit des « dominés » partout, voilà le dessein.

Le salafisme dit quiétiste et le salafisme politique émoussent notre vigilance. Bien plus inquiétants pour l’avenir que les djihadistes, qui finissent toujours par perdre, ils ne suscitent qu’une réaction de basse intensité. Les articles, enquêtes ou reportages qui mettent un temps en lumière leurs comportements, idées et projets ne passionnent guère ou retiennent l’attention de façon pour le moins éphémère. Au mieux, on déplore, puis on passe rapidement à autre chose.

Vous allez jusqu’à qualifier l’idéologie salafiste de « totalitarisme ». N’est-ce pas une formule toute faite, une facilité de plume ?

Nullement. La corruption et l’autoritarisme des régimes moyen-orientaux, étroitement associés à l’Occident dans l’esprit de beaucoup de musulmans, favorisent grandement la diffusion de l’idéologie salafiste (à commencer par le wahhabisme) et du projet des Frères musulmans – tous deux imbriqués -, c’est-à-dire l’ambition de proposer l’islam politique comme idéal de gouvernance de la région (puis de l’intégralité du globe). Or, il se définit comme l’ennemi héréditaire de la laïcité et des sociétés ouvertes. Le grand écrivain algérien Boualem Sansal a dépeint avec talent l’intention évidente de l’islam politique à travers sa fiction 2084, laquelle met en scène une théocratie totalitaire imaginaire. Ce qui nous menace, c’est le danger du totalitarisme à essence religieuse. À la différence des totalitarismes du XXe siècle, qui s’enracinaient dans l’athéisme, le projet de théocratie totalitaire renouvelle le genre et lui redonne crédibilité dans une partie du monde qui rejette fortement le modèle occidental et ses productions idéologiques exportées (nationalisme, socialisme et capitalisme financier), après les avoir testées sans succès durant les Trente Glorieuses.

Le terme de « séparatisme » employé par le président pour désigner une menace pour la cohésion nationale vous semble-t-il juste ?

Tout à fait. Le séparatisme islamiste est une réalité. Il faut évaluer son potentiel de progression, anticiper l’accroissement de puissance de ses communautés, prédicateurs et réseaux, afin d’affûter un contre-discours et une dynamique. Tout cela nécessite une volonté politique, une mobilisation collective, une prise de conscience de l’intelligentsia parisienne.

L’exécutif, pour sa part, évoque sa volonté de lutter contre « les séparatismes », au pluriel, amalgamant des phénomènes très différents tel que les « dérives sectaires ». Cela ne traduit-il pas une forme de confusion ?

Ce qui est certain, c’est que l’on ne peut pas égaliser ces phénomènes. Le séparatisme islamiste, le projet salafiste, constitue la menace prioritaire sur l’unité nationale, sur l’indivisibilité de la République. Il figure au sommet des dangers qui pourraient nous faire basculer dans ce que j’appelle la « France léopard », c’est-à-dire un territoire fait d’enclaves où ne s’appliquent plus les lois de la République.

Le travail de riposte doit mobiliser la nation, la société civile et chaque citoyen, les entreprises également, car l’État ne peut suffire à la tâche. Les victoires dans l’espace intellectuel et social conditionnent – à moyenne et longue échéance – les victoires décisives dans l’antiterrorisme

18 septembre 2020


via

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