COMITE VALMY

Accueil du site > - EURO DICTATURE OCCIDENTALISTE et OTAN : En sortir pour s’en (...) > Consigny : « Les Français ne sont pas traités comme des adultes » Par Aziliz (...)

Consigny : « Les Français
ne sont pas traités comme des adultes »
Par Aziliz Le Corre

vendredi 16 octobre 2020, par Comité Valmy


Consigny : « Les Français
ne sont pas traités comme des adultes »

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Il faut s’inquièter des nouvelles mesures annoncées hier soir par le président de la République, analyse Charles Consigny. Selon l’avocat, Emmanuel Macron outrepasse ses pouvoirs et bouscule les libertés fondamentales.

Charles Consigny est avocat et écrivain, ancien chroniqueur de l’émission « On n’est pas couché ».

FIGAROVOX.- Selon vous, l’objectif indirect d’empêcher les réunions privées est-il suffisant pour justifier un couvre-feu à 21 heures ?

Charles CONSIGNY.- Je suis inquiet de ces mesures. Je trouve qu’elles vont extrêmement loin dans l’immixtion du pouvoir politique et de la puissance publique dans la vie des citoyens. Avec cette crise sanitaire tous les verrous ont sauté de ce point-de-vue-là. Je ne comprends pas pourquoi on n’en appelle pas à la responsabilité des gens. Les Français ne sont pas traités comme des citoyens libres mais comme des demeurés incapables de comprendre ce qui se passe.

Sans faire de la médecine de comptoir, on peut observer que le Covid-19 une maladie qui est violente pour les personnes fragiles, d’un certain âge ou présentant ce que l’on appelle des « comorbidités » : pourquoi ne demande-t-on pas aux gens qui sont fragiles de se protéger et à ceux qui ne le sont pas, de ne pas visiter les personnes à risque ou de prendre leurs précautions quand elles le font ? Les mesures prises depuis mars me paraissent dépasser ce qu’un gouvernement devrait être autorisé à faire. En tant que citoyen libre et éclairé, je ne pense pas avoir accordé à quiconque le droit de me forcer à rentrer chez moi avant une certaine heure. Cela me paraît dépasser totalement le pouvoir que j’octroie au politique.

Le gouvernement avait-il d’autres solutions pour ne pas confiner à nouveau, face à des indicateurs de suivi de l’épidémie qui révèlent une aggravation de la situation ?

Je ne suis pas complotiste : je crois tout à fait à l’aggravation de la situation, je pense que les projections réalisées par les épidémiologistes sont probablement fondées, je me demande simplement pourquoi on n’a pas changé de logistique. En Chine, ils ont sorti de terre des hôpitaux en une nuit. En France, on nous explique que non seulement on n’a pas vraiment plus de lits en réanimation que lors de la première vague, mais qu’on a même probablement des moyens humains inférieurs, car les soignants sont épuisés ! Qu’a-t-on fait depuis mars ?

Où va l’argent des tombereaux d’impôts que nous payons ? Nous sommes un des pays où la pression fiscale est la plus élevée au monde, et nos soignants décrivent des hôpitaux dignes de pays sous-développés. Les énarques qui nous gouvernent font-ils un usage opportun des deniers publics, ou laissent-ils au contraire prospérer toutes les dérives, tous les abus, maintiennent-ils toutes les rentes, tout ce qui in fine détourne l’argent public de sa vraie utilité pour le laisser gaspiller dans un laisser-aller insupportable ? J’espère qu’en sortant de cette crise on redonnera aux citoyens français leur statut d’adulte, et qu’on leur rendra leur dignité en réformant de haut en bas l’usage qui est fait des deniers publics.

Cette mesure vous semble contrevenir aux libertés fondamentales ?

Ci-gît le droit ! Le droit n’est plus qu’une ombre, un spectre du passé, un souvenir... On se demande si on a jamais proclamé des droits fondamentaux ! Que reste-t-il de la liberté d’aller et venir ? Que reste-t-il de l’égalité entre les citoyens ? Habiter dans une grande ville, en particulier Paris, est devenu une persécution. La liberté et le droit sont foulés au pied. Ces décisions gravissimes se prennent d’ailleurs en « Conseil de défense » : pourquoi ? On est en guerre contre une puissance étrangère ?


Pourquoi ne demande-t-on pas aux gens sont fragiles de se protéger et à ceux qui ne le sont pas, de ne pas visiter les personnes à risque ou de prendre leurs précautions
quand elles le font ?


Je vous renvoie à l’excellente interview de Christian Salmon ce matin sur France Culture : il explique que la rhétorique guerrière est totalement inadaptée et sert en réalité à masquer les errements d’un gouvernement qui, pour n’avoir pas su prendre à temps les mesures nécessaires, est partiellement à l’origine de la gravité de la crise qu’il met en exergue pour justifier des mesures présentées comme raisonnables alors qu’elles ne sont qu’un pis-aller. Salmon parle d’une « comédie des erreurs », je trouve l’expression bien trouvée. Quant au droit : le juge administratif, sauf quelques exceptions locales, se couche, le juge judicaire applique les lois les plus iniques et le Conseil constitutionnel est devenu une assemblée de ronds de cuir incapable de défendre la Constitution.

La question est : combien de temps allons-nous vivre comme cela ? Emmanuel Macron semble fixer l’horizon à l’été prochain ! Je n’ose imaginer qu’il fasse durer cette ambiance sinistre le plus longtemps possible dans une perspective électoraliste, sur ce thème qu’il commence à diffuser, du « président protecteur ». Exploiter la crise sanitaire à des fins électorales serait une faute impardonnable.

Comment ces mesures sont-elles reçues par la population française ?

Le confinement a été respecté parce que les gens avaient peur. Cela a été un moment horrible, spectaculairement inégalitaire : ceux qui ont pu se confiner agréablement l’ont fait et ceux qui n’avaient pas cette possibilité-là se sont cloitrés dans des petits appartements et ont subi les contrôles de la police. Il y a même eu des cas d’incarcération pour non-respect répété du confinement ! Un tel délire liberticide ne peut jamais être justifié, même par un engorgement des hôpitaux, il y a toujours le moyen de faire différemment.

Ce qui m’inquiète c’est qu’il me semble que les hommes politiques, ivres d’avoir retrouvé un peu de pouvoir, ne reculent plus devant des mesures extrêmes. Nous devons refuser de pas vivre dans cette société orwellienne. Un chef d’œuvre comme 1984 est là pour nous avertir. La science-fiction, la littérature, l’art, sont une manière pour les artistes, qui sont souvent des prophètes, de nous dire : attention, prenez garde à ce qui peut se passer. Or les Français semblent avoir perdu leur esprit de contestation et de révolte. Ils tiennent plus à leur confort qu’à leur liberté, or nous savons le silence des chaussons est parfois plus dangereux que le bruit des bottes…

Mais il faut dire qu’il est devenu presque impossible de se révolter, tant la société est devenue policière, avec une répression désormais très dure des manifestations citoyennes. Souvenez-vous ce qui s’est passé avec les « Gilets jaunes ». En France, sous cette présidence qu’on nous avait promise « moderne et démocrate », les citoyens ont peur de manifester et se retrouvent à devoir rentrer chez eux la tête basse à 21h. Je pense que les citoyens français méritent mieux que cela.

15 octobre 2020


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette
<>