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La « censure » de la Chine sur un musée français,
une pression « contre-productive »
Par Jean-Baptiste Mendes

lundi 19 octobre 2020, par Comité Valmy


Musée d’histoire de Nantes

La « censure » de la Chine sur un musée français,
une pression « contre-productive »

La volonté chinoise de contrôler le contenu éditorial d’une exposition consacrée à Gengis Khan au musée d’Histoire de Nantes n’est pas passée inaperçue. L’événement a même été reporté, a annoncé l’institution, dénonçant « une censure ». Antoine Bondaz, spécialiste de la Chine, évoque ainsi la création d’un « récit national ».

L’Histoire est politique. On l’a vu cet été avec les destructions de statues d’esclavagistes et la dégradation de la statue de Colbert à l’Assemblée nationale par des militants décoloniaux. Ce 12 octobre, le musée d’Histoire de Nantes en a fait l’amère expérience, annonçant le report de l’exposition consacrée à Gengis Khan du fait, non pas de militants, mais de l’interventionnisme des autorités chinoises. L’institution évoque même « une censure à l’égard du projet initial ».

Prévue en partenariat avec le musée de Mongolie-Intérieure à Hohhot (Chine), l’exposition, repoussée une première fois à cause de la crise sanitaire, avait été reprogrammée début 2021. Signé de son directeur, Bertrand Guillet, le communiqué du musée a donc exprimé sa volonté de la reporter à 2024.

Celui-ci s’est plaint d’une « injonction des autorités centrales chinoises à faire disparaître de l’exposition des éléments de vocabulaire (les mots Gengis Khan, empire et mongol) », puis d’une « annonce de modification du contenu de l’exposition accompagnée d’une demande de contrôle de l’ensemble de (ses) productions (textes, cartographies, catalogue, communication) ». Selon le musée, le nouveau projet « écrit par le bureau du patrimoine de Pékin » comportait des « éléments de réécriture tendancieux visant à faire disparaître totalement l’histoire et la culture mongole au bénéfice d’un nouveau récit national ».

Imposer un récit national à l’étranger

Comment expliquer cette pratique des autorités chinoises à propos d’une figure historique mongole du XIIIe siècle ? Rappelons que la Chine compte 6,5 millions de Mongols qui habitent principalement en Mongolie intérieure. Le « durcissement », évoqué plus tôt par le musée, fait notamment allusion à une récente politique linguistique de Pékin, qui accroît l’enseignement du mandarin au détriment du mongol. Une annonce qui a déclenché en septembre des manifestations sur ce territoire. Joint par Sputnik, Antoine Bondaz, chercheur à la FRS (Fondation pour la Recherche stratégique) et spécialiste de la Chine, se désole de cette polémique.


« Cela démontre non seulement que Pékin est en train de durcir sa politique vis-à-vis des minorités, avec un objectif clair qui est de créer un nouveau récit national,
mais aussi que Pékin cherche à imposer désormais
ce récit national à l’étranger. »


Un durcissement rhétorique qui a marqué également la période de crise sanitaire, avec la diplomatie des « loups guerriers », ces jeunes diplomates chinois qui ont adopté un discours offensif face aux critiques occidentales sur l’origine du Covid-19. Lu Shaye, Ambassadeur de Chine à Paris, a provoqué en avril un tollé médiatique en dénigrant publiquement l’Occident. Il a été convoqué au Quai d’Orsay pour s’expliquer. En mars, le compte Twitter de la même ambassade avait suggéré d’éventuelles responsabilités américaines sur le déclenchement de la pandémie.

La « politisation de toute coopération »

Rejetant toute volonté d’ingérence ou d’interférence dans les affaires intérieures de la Chine, Antoine Bondaz se veut seulement « critique de ce type de coopération scientifique que la Chine tente d’imposer à l’étranger ». Il s’insurge contre ce raidissement qui a pour conséquence « la politisation de toute coopération internationale scientifique et culturelle » afin de mettre enscientifique, poursuit-il, qui se doit de défendre « la neutralité, l’intégrité et la déontologie ». place ce « récit national ». Ce qui pose problème pour l’ensemble de la communauté scientifique, poursuit-il, qui se doit de défendre « la neutralité, l’intégrité et la déontologie ».

Dans le même esprit, le film Mulan, réalisé par Disney notamment au Xinjiang et sorti en septembre 2020, a suscité la polémique, après avoir été accusé d’avoir cédé à la propagande de Pékin. Une injonction qu’a donc refusée le musée. Les remerciements à la fin du film adressés aux autorités du Xinjiang ont également fortement déplu aux ONG, du fait du traitement infligé aux Ouïghours. In fine, le film, critiqué par les internautes chinois, a fait un flop. C’est ainsi qu’Antoine Bondaz juge « contre-productive » cette tentative de politisation des autorités chinoises de l’exposition Gengis Khan, car elle ne traite aucunement des problématiques contemporaines liées à la Mongolie intérieure :


« En cherchant à imposer un nouveau récit national, en cherchant à diluer de fait l’identité mongole et leur histoire, les autorités de Pékin ne font que braquer les projecteurs internationaux sur cette pratique
et s’attirent les critiques internationales. »


Reportée à 2024, l’exposition Gengis Khan aura toutefois bien lieu, annonce le musée, mais elle sera « nourrie de collections européennes et américaines ». Un exemple de plus du fossé politique grandissant entre l’Occident et la Chine

Jean-Baptiste Mendes
13 octobre 2020


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