COMITE VALMY

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La façade démocratique
par Gilad Atzmon

dimanche 8 novembre 2020, par Comité Valmy


La façade démocratique

[On peut ajouter au raisonnement de Gilad Atzmon que les bidenistes se font des illusions en imaginant que les so called juifs, gays, trans, noirs, bistres, jaunes et verts pomme crue se sentent viscéralement solidaires au point de constituer une authentique force populaire. En fait, aucune de ces catégories seules n’a la moindre chance d’attirer la sympathie des autres, la détestation commence toujours par les voisins, qui nous empêchent d’occuper tout l’espace. Et seuls, aucun soi-disant représentants de chacun de ces groupes ne peut gagner une élection, au niveau local, national ou international. Ils se sont dit bêtement, les bidenistes : mettons-les tous dans le même sac, et ça nous fera une majorité. Immense erreur, ce qui soude les gens entre eux par delà les clivages plus ou moins biologiques et/ou idéologiques, c’est notre nature humaine. Nous sommes tous portés, dans le danger, à l’instinct de conservation et de survie individuelle et familiale, et dans le plus grand danger, au sacrifice individuel et collectif pour le bien commun, au-delà même du clan. Les noirs et latinos qui ont voté pour Trump ont voté pour sa défense des valeurs familiales, c’est aussi profond que ça. Mais ça n’entrait nulle part dans les calculs des bidenistes. Ils vont redécouvrir que les lois de la gravitation morale s’appliquent aussi aux diverses minorités qu’ils méprisent si profondément. Ils s’imaginaient que ces "opprimés" de tout poil constituaient leur armée de réserve d’imbéciles, sur la base du clientélisme et du mercenariat : eh bien non, ils ont une âme, les noirs et latinos qui ont fait la surprise en Floride et ailleurs, en votant MAGA (Made America Great Again).]

Le jour de l’élection, d’innombrables commentateurs progressistes et libéraux dans tous les grands médias ont été assez stupides pour admettre que la bataille en jeu ne portait pas vraiment sur "Trump or Biden" mais sur "l’American way", l’avenir, pour ainsi dire, du discours public et de la vie publique aux États-Unis. Les progressistes et les libéraux étaient suffisamment confiants pour croire qu’avec près de 100 millions de bulletins de vote remis avant le jour des élections, les Américains avaient déjà donné un spectacle sans précédent de rejet de tout ce qui peut ressembler, même légèrement, à des "valeurs conservatrices". Ils étaient convaincus que l’Amérique avait déjà fait son choix. Pour eux, je dois supposer que l’élection n’était qu’une formalité. En fait, la bataille était déjà gagnée.

Mais quelques heures plus tard, il est apparu que les enquêteurs les avaient une nouvelle fois complètement trompés. Les "Trumpsters" ont refusé de s’évaporer. Ils se sont considérablement développés et se sont même étendus démographiquement dans certains territoires électoraux "inattendus" traditionnellement associés à la politique démocratique.

La signification évidente de cette élection est que l’Amérique, comme la plupart des autres États occidentaux, est divisée en deux sociétés opposées qui ont très peu en commun. Ce qui est bien plus inquiétant, c’est le fait que les deux côtés de la division ne peuvent pas se tolérer l’un l’autre.

Autant la gauche, les progressistes et les libéraux sont convaincus de la validité absolue de leur mode de pensée, au point qu’ils insistent pour les imposer par des mesures autoritaires et tyranniques, au moins autant de personnes n’y croient pas, n’embrayent nullement, mais rejettent farouchement ces valeurs. De nombreux Américains n’acceptent pas le schéma identitaire. Beaucoup d’Américains ne sont pas du tout convaincus que le genre ne soit pas binaire. Je suppose que le plus décevant et le plus inquiétant pour le DNC est le fait que des membres de "minorités diverses", comme les appellent les démocrates, ont changé de camp. Ils sont devenus de fervents partisans de Trump.

Regardez un groupe fusionnel cubain chanter "I will Vote for Donald Trump".

C’est très facile à expliquer. Le Parti démocrate propose aux Noirs, aux homosexuels, aux Latinos et aux "minorités diverses" d’être marginalisés à jamais dans un amalgame d’"Autres unis". Le GOP "Great Old Party" (républicain) offre à ces personnes une intégration immédiate dans le royaume américain en tant que personnes ordinaires. Il vous suffit de vous procurer une casquette de baseball rouge et de vous joindre à votre prochain rassemblement local. C’est cette unité existentielle la plus fondamentale qui était si vive jadis dans le discours révolutionnaire de gauche, mais qui ne s’est matérialisée que sous la forme d’un tsunami populiste soutenu de résistance politique dans le contexte de la politique populiste de droite.

Dans le monde à l’envers dans lequel nous vivons. Le parti républicain est devenu le parti de la classe ouvrière américaine. Des gens qui se définissent par leur adhésion aux valeurs familiales, à l’église, au travail et qui se considèrent comme les "Américains". Le parti démocrate, qui prétendait être la voix de ces travailleurs, s’est progressivement transformé en un conglomérat urbain identitaire. Un collectif de personnes "en tant que" : des humains qui insistent pour s’identifier à un corset réputé de nature biologique : "en tant que femme", "en tant qu’homosexuel", "en tant que trans", "en tant que noir", "en tant que juif".

Dans le monde à l’envers dans lequel nous vivons, la gauche a fini par adopter l’aspect idéologique hitlérien le plus encombrant et le plus problématique : Contrairement au fascisme italien qui adhérait au concept de "socialisme du peuple italien", ou au premier nazisme qui défendait l’idée de "l’égalité des germanophones", Hitler insistait sur le "socialisme pour une seule race". Hitler pensait que la politique des gens est intrinsèque à leur classement biologique. Contrairement à la pensée traditionnelle de la gauche inclusive, axée sur les classes, la gauche contemporaine pousse les gens à s’identifier politiquement en termes biologiques : en tant que femme", "en tant que noire", "en tant que gay", "en tant que trans", etc. Le GOP, d’autre part, se rapproche de plus en plus d’une politique de classe universelle.

Le matin du 3 novembre, la presse libérale était prête à annoncer que la philosophie du"en tant que" avait gagné. Mais dans l’état actuel des choses, cette bataille entre le peuple des "en tant que tel" et les "Américains" pourrait dégénérer en un véritable conflit violent car il n’y a personne en Amérique ou ailleurs qui sache comment unir la population dans un simple concept de peuple. Encore une fois, ce n’est pas vraiment un phénomène américain. La même division et l’absence d’une perspective d’unification politique sont actuellement apparentes dans tous les États occidentaux.

Jeudi, Wall Street a connu une hausse substantielle. Naturellement, de nombreux commentateurs ont estimé que nos oligarques et nos magnats de la finance étaient enthousiasmés par la probabilité que Biden remporte les élections américaines. Mais il est également possible que Wall Street ait été bien plus enthousiaste à l’idée d’une éventuelle guerre civile. Lorsque les gens se battent entre eux, le capitalisme, le mammonisme et l’usure peuvent être exhaussés sans pitié et sans limite. C’est exactement ce que Wall Street recherche.

Il est tout aussi possible que dans l’univers global dans lequel nous vivons, dans un monde où toutes les préoccupations existentielles se sont réintroduites au titre de "menaces globales" : réchauffement climatique, crise financière globale, pandémies globales, etc. , la démocratie et le fantasme du choix politique, en tant que tels, ne soient qu’un camouflage. Elle est là pour donner l’image que le chaos actuel n’est dû qu’à notre propre choix ou notre propre faute.

Pour comprendre la politique des identités et son impact désastreux sur la société contemporaine, lisez donc mon ouvrage Being in Time.

Gilad Atzmon
le 8 novembre 2020

Traduction : Maria Poumier

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