COMITE VALMY

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HONTE A L’EUROPE !!!
par Richard Labévière

mercredi 18 novembre 2020, par Comité Valmy


HONTE A L’EUROPE !!!

Tout d’abord, l’Union européenne (UE) s’est montrée particulièrement nulle dans son traitement de la pandémie du Covid, sur le plan des réponses concertées et coordonnées à apporter à ce virus comme sur celui de l’information et des données internationales du problème. Mais plus grave encore, après la décapitation du professeur français d’histoire et de géographie Samuel Paty, les messages de soutien et de solidarité n’ont pas été à la hauteur de cette tragédie. Surtout, l’UE n’a pas réagi lorsque le président turc Recep Tayyip Erdogan a multiplié les attaques contre la France, laissant entendre que notre pays « islamophobe » endurait ce qu’il méritait !

Avec plus de trois millions de Turcs en Allemagne, Angela Merkel est restée silencieuse, son obsession principale restant de vendre ses Mercedes partout dans le monde, notamment chez Erdogan… On l’a bien compris depuis plusieurs années maintenant, face à ce nouveau sultan, la France ne peut plus compter sur l’Allemagne, ni sur l’OTAN ! C’est l’évidence depuis que la Turquie ne cesse d’empiéter sur les eaux territoriales grecques et d’autres endroits de la Méditerranée et de la mer rouge.

En fait Ankara viole allègrement et systématiquement la souveraineté maritime et terrestre de la Grèce et de Chypre, comme la Chine piétine la souveraineté de ses voisins en mer de Chine méridionale. L’Asie du Sud-Est paraît si loin, mais la Méditerranée est notre proximité directe, sinon notre première frontière. Par conséquent, la France et ses alliés méditerranéens ne peuvent laisser la Turquie s’autoproclamer gardienne de nos frontières maritimes. La liberté de naviguer et le respect du droit international ne peuvent être sacrifiés aux prétentions d’un autocrate islamiste en pleine dérive nationaliste et religieuse.

La crise ouverte par la Turquie montre et démontre que l’Allemagne n’est d’aucune utilité en Europe et dans le monde, comme puissance médiatrice. Depuis 1945, elle est – de fait – un pays pacifique et il ne saurait être question de favoriser sa remilitarisation. Malheureusement, elle doit composer avec sa forte minorité turque qui ne cesse de peser sur les arbitrages internes et les orientations internationales de Berlin.

Depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, elle prend soin de marquer une différence obsessionnelle avec la politique étrangère de la France pour coller, sans nuance, aux orientations décidées à Washington au détriment de toutes espèces d’approches européennes. Avec sa présidence de l’Union européenne, on a bien vu qu’il ne faut rien en attendre. La présidente de la Commission européenne fut une ancienne ministre de la défense allemande, très proche de Merkel. Et la dernière crise avec la Turquie, durant laquelle Berlin a pris soin de renvoyer dos à dos Paris et Ankara, a illustré de manière spectaculaire, non seulement une inertie diplomatique totale, mais aussi le fait que les Allemands n’étaient pas des alliés sur lesquels on peut compter en cas de crise majeure, mais qu’elle était capable de tous les mauvais coups possibles.

Pour Berlin, les grandes décisions dépendent de Washington et de l’OTAN – dont Emmanuel Macron a dit récemment qu’elle était en état de « mort cérébrale ». Ces deux « partenaires » ne sauraient être une planche de salut en matière de défense et de sécurité.

La Turquie est, pourtant aussi membre de l’OTAN, ce qui ne l’empêche pas de multiplier les coups de force contre plusieurs de ses membres censés être ses alliées et partenaires. Mais le plus grave en effet, est de constater la même posture munichoise à l’encontre d’Ankara, partagée non seulement par l’UE et les autres organisations régionales, mais aussi par les Nations unies – ce qui est nettement plus inquiétant.

Avant le Conseil européen des 24 et 25 septembre derniers, le Forum Med-7 – sommet des pays du sud de l’Union présidé par Emmanuel Macron à Porticcio – a essayé de faire émerger un consensus sur les relations UE/Turquie. Coup d’épée dans l’eau… malgré un communiqué final plutôt musclé. Les actions de la Turquie – ses interventions en Libye et en Syrie, sa déstabilisation de la Méditerranée orientale, ses menaces verbales contre la France, son chantage aux migrants, son achat d’un système de défense anti-missile russe S-400… – constituent « un grave risque sécuritaire pour les voisins de la Libye et pour les pays européens ». Une source élyséenne ajoute : « notre sentiment est qu’Erdogan poursuit l’escalade et notre message est qu’il faut que ça s’arrête ».

Pourtant, aucune solution n’est à l’horizon ! Et un tel naufrage est d’abord européen ! Parce qu’il n’y a jamais eu de « diplomatie européenne » et qu’il ne peut pas y en avoir… Dès sa fondation, la construction européenne a renoncé à toute ambition stratégique.

Depuis la fin des années 1940, l’objectif de la construction européenne est de maintenir la puissance américaine sur son sol, pour ne plus avoir à connaître la guerre et, surtout pour ne plus la faire… Hormis la France du général de Gaulle, les autres pays européens se sont accordés pour déléguer leur direction politique et militaire à leur envahissant protecteur américain. L’impensée de l’Union européenne, c’est que les États-Unis puissent nous aider comme ils l’avaient fait en 1914 et en 1940. Mais les Etats-Unis s’évertuent depuis des décennies de financer une coûteuse tutelle en Europe. Bien qu’elle en profite pour contenir la puissance militaire russe, elle voudrait plus d’argent et moins de discussions avec ses partenaires de la Vieille Europe.

Toujours est-il que l’Europe a, jusqu’à maintenant été parfaitement incapable d’apporter la moindre réponse pertinente aux provocations répétées d’Erdogan et que c’est toute la Méditerranée et les Balkans qui sont désormais en jeu.

ERDOGAN EST UN FASCISTE

Recep Tayyip Erdogan n’est pas un simple populiste – comme on le présente trop souvent. Dans son pays, il est un fossoyeur acharné des libertés civiles et politiques. Plusieurs centaines d’opposants politiques croupissent dans les prisons turques et son style de pouvoir s’apparente plus à une nouvelle sorte de fascisme qu’à une forme de populisme ordinaire. Pour conserver sa popularité, il a toujours manié l’invective et l’outrance jouant les masses rurales contre les élites urbaines. Mais aujourd’hui – vingt ans après son arrivée au pouvoir -, il est en difficulté à peu près sur tous les fronts, à commencer par la situation économique intérieure de son pays qu’il essaie de compenser par ses initiatives extérieures bellicistes. Ses interventions en Syrie et en Libye sont désastreuses et n’arrivent pas à détourner l’opinion publique de ses échecs économiques. Cherchant à faire miroiter à son peuple une improbable restauration du défunt empire ottoman du XVIème siècle, il s’enferme dans une rhétorique nationaliste alors que la Livre est au plus bas. Il a perdu la municipalité d’Istanbul, son ancien premier ministre et conseiller diplomatique, Ahmet Davutoglu attaque son bilan et son autoritarisme.

Aujourd’hui, Recep Tayyip Erdogan est, donc de plus en plus dépendant de la frange la plus nationaliste et la plus extrémiste du champ politique turc : le MHP (le parti d’action nationaliste) et les fameux « Loups gris », une milice d’extrême-droite qui dispose d’une aile militaire clandestine spécialisée dans l’assassinat de responsables kurdes. Cet « islamo-nationaliste » qui s’appuie sur l’idéologie de la confrérie des Frères musulmans exalte à la fois la grandeur perdue du califat ottoman mais aussi l’unité et la centralisation militaire construite sous Mustafa Kemal. Ses dernières annexions de Sainte Sophie et Saint Sauveur sont particulièrement emblématiques de sa croisade politico-religieuse.

L’islamisation de l’Europe est son programme ! En Turquie, l’épuration ethnique et religieuse a connu des précédents à l’encontre des Arméniens, des Grecs et des Kurdes. Sans le dissimuler, Erdogan revendique ouvertement cette filiation morbide et mortifère estimant que c’est la voie royale pour redonner à la Turquie sa grandeur déchue…

Les démocraties européennes vont-elles encore tolérer longtemps les coups de force de ce dictateur d’opérette ? Il faudrait déjà commencer par signifier clairement qu’aucune espèce de discussion concernant une probable adhésion de la Turquie à l’UE ne saurait s’engager tant que Monsieur Erdogan est au pouvoir, avant de lui imposer des limites clairement définies, affichées et revendiquées.

Nombre de pays – très en retrait des actuelles facéties d’Ankara – ont fait l’objet de lourdes sanctions de la part de la communauté internationale. Le moins que l’on puisse attendre, c’est donc bien que cette même communauté internationale adopte, sans plus tarder, des sanctions toutes aussi significatives à l’encontre de la Turquie d’Erdogan…

Richard Labévière
16 novembre 2020

Proche&Moyen-Orient.ch
Observatoire Géostratégique


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