COMITE VALMY

Accueil du site > - L’UNION de la RESISTANCE, le CNR, son programme, NOS REFERENCES. > ORIENTATION STRATEGIQUE Résistance républicaine, patriotique et sociale - (...) > Dominique Strauss-Kahn, messie "socialiste" ... par Matthieu (...)

Dominique Strauss-Kahn, messie "socialiste" ...
par Matthieu Baumier

jeudi 10 mars 2011, par Comité Valmy


Bien que spectateur extérieur de cette famille politique, il est difficile de ne pas ressentir de la compassion pour les sympathisants égarés du parti socialiste. On les imagine déboussolés. Un parti qu’il convient de ne pas confondre avec les différents socialismes historiques, confusion qui serait un tantinet irrespectueuse vis-à-vis de ce qui reste de socialistes en France. Mais l’objet de cette chronique n’est pas de chercher ce qui reste des socialismes, quête qui concerne peu l’auteur de cette chronique. Non, la présente chronique vise à observer la venue du messie DSK. Le procédé n’est pas nouveau : le parti socialiste s’essaie régulièrement au lancer d’hommes providentiels, messies détenteurs de la « légitimité de gauche », « socialistes », « sociaux-démocrates », « sociaux-libéraux » et cetera. On repensera ainsi à Jacques Delors. Il semble que l’apparition providentielle de DSK sur les écrans de télévision ne soit pas sans lien avec ce qui fut tenté du côté de Delors autrefois. Dans les deux cas, le parti socialiste se pose une même question : « qui peut faire gagner la gauche ? ». Entendons-nous bien, pas « qui peut faire gagner la France ? », pas « qui peut sortir le pays et ses citoyens du marasme dans lequel les politiques actuelles nous plongent ? », pas « qui a une vision politique pour la France, l’Europe et le monde ? », non, non, juste « qui peut faire gagner la gauche » ;

ce dernier mot ne signifiant pas autre chose dans l’esprit du socialiste lambda que « parti socialiste ». Comme il y a une question, on s’interroge, on teste, on envoie le messie à la télévision. Il pourrait gagner s’il était candidat disent les sondages. Sera-t-il candidat ? Nous sommes tenus en haleine devant un ensemble de questions hautement cruciales.

Pourtant, ces trois questions (Qui ? DSK peut-il ? DSK sera-t-il ?) ne nous intéressent guère. Nous nous interrogeons plutôt sur ce que défend depuis plus de 30 ans (et donc propose, n’enlevons pas leurs convictions profondes aux hommes politiques) ce vieux briscard de la vie politique française, opportunément exilé du côté du FMI. Cette position de directeur du FMI associée à celle de candidat potentiel du socialisme social-libéral français donne à réfléchir. Du reste, les amis de DSK le savent bien, eux qui ont souligné dans la semaine précédant l’intervention messianique combien il ne fallait pas confondre la politique menée par le FMI à l’échelle du monde et les idées comme les pratiques de DSK. « Pas de confusion ! » serinent des esprits confus persuadés de pouvoir faire avaler ceci aux citoyens : le boss du FMI ne dirige pas le FMI. Il est là mais il ne fait que laisser faire ce qui doit être fait, patron du FMI voyez-vous c’est tout au plus honorifique, sans doute peut-il influer sur 5 ou 10 % des décisions et des actions du FMI mais c’est tout n’est-ce pas, pas plus, ne vous faites pas d’illusions. Faut-il être conscient de la gravité des actes du FMI à l’échelle mondiale pour tenter de dédouaner DSK de ses responsabilités ! Et faut-il mépriser l’intelligence des citoyens pour imaginer possible de leur faire avaler un serpent de mer pareil. On comprend la manœuvre : le principal obstacle pour que DSK devienne le candidat de la « gauche » étant que les électeurs savent parfaitement que cet homme n’est pas un homme de gauche. Si jamais le tour de prestidigitation visant à transmuer DSK devait réussir, ce serait un véritable tour de force.

Mais revenons à la fonction actuelle de DSK. Que l’homme soit devenu le directeur du FMI ne relève pas du hasard. DSK représente, avec Delors ou Rocard, le pan d’abord social-démocrate puis social-libéral, depuis la période 1983-86, du parti socialiste. A l’époque, convaincu, et convaincant pour ses petits camarades, des bienfaits de la mise en œuvre du libéralisme mondialisé à la sauce néo-libérale, forme radicale et fanatique du libéralisme théorisée du côté de Chicago avant d’être importée sur le continent européen par de sympathiques personnalités politiques telles que Thatcher, puis reprises sous forme de « troisième voie » par les amis de Tony Blair. Précisons que l’auteur de ces lignes ne confond pas le « néo-libéralisme » (lequel est au libéralisme ce qu’est l’intégrisme aux religions) et les différentes formes du libéralisme. Il ne s’agit donc pas ici de tomber dans un banal manichéisme mais bien de souligner combien DSK est à sa place à la tête du FMI en tant qu’institution néo-libérale. Quel est le crédo d’une institution mondiale que DSK dirige sans la diriger mais en la dirigeant quand même, à moins qu’il ne la dirige par désœuvrement, ne sachant plus trop comment s’occuper ? Ce crédo est le simple crédo néo-libéral en provenance de Chicago, crédo dont les principes ne tombent pas de la lune mais ont été pensés comme étant le seul nécessaire possible pour l’humanité de maintenant et de demain. C’est le même crédo qui conduisit Mitterrand, Strauss-Kahn, Delors, Rocard et consorts à se muer en européistes néo-libéraux convaincus au tournant des années 80, un crédo qui se résume de lui-même en Dix Commandements, une vision du monde considérée comme indépassable par ceux qui la promeuvent (« impossible de revenir en arrière », DSK, dimanche 20 février 2010, mais il disait déjà la même chose au moment du référendum sur le projet de traité de Lisbonne), vision du monde à côté de laquelle les autres formes de libéralisme ressemblent presque à des gauchismes. Dix commandements donc, que je veux simplement recopier ici, les dix points du « consensus de Washington » établis par les économistes de l’école de Chicago sous l’impulsion de Milton Friedman, presque une divinité dans le panthéon néo-libéral, et formulés par l’économiste John Williamson. Ces dix points ou principes forment la toile de fond des choix politiques et économiques faits à l’échelle mondiale, de vrais choix issus de vraies théories et cependant couramment présentés comme des non-choix, autrement dit le seul chemin possible :

1. Tu seras budgétairement discipliné. Un déficit budgétaire modeste (3 % du PIB dans le cadre de l’application européenne de ce logiciel) empêchera l’inflation et la fuite des capitaux (« bouclier fiscal » et limitation de l’ISF dans le cadre de l’application sarkozyste de ce logiciel). Ce commandement est particulièrement d’actualité puisque les nations européennes s’apprêtent à laisser les institutions européennes décider de leur propre budget, ce que DSK considère d’ailleurs publiquement comme une « nécessité inéluctable », sans se demander ce qu’un tel événement (la perte du contrôle et de la définition de leur propre budget par des Etats souverains) peut avoir de proprement antidémocratique.

2. Tu réorienteras la dépense publique en vue de plus d’efficacité.

Guère besoin de détailler la mise en pratique de ce commandement à l’échelle française, à l’heure où la notion même de service public, c’est-à-dire de bien public, c’est-à-dire de République, pardonnez-moi d’insister, est en voie de déshérence depuis 2007. Cette voie n’est que la continuation par des moyens plus radicaux du chemin ouvert à l’époque de Tonton. Ce commandement a des conséquences immédiates sur la vie des citoyens, lesquels cherchent enseignants et infirmières désespérément ou assistent aux manifestations de colère de juges, lesquels expliquent à juste titre et concrètement qu’il n’est plus possible de rendre correctement la justice dans l’un des pays les plus riches du monde. Bien évidemment, la mise en œuvre de ce commandement demande moult mensonges : ainsi, pour légitimer la politique de suppression de 16 000 emplois d’enseignants par an en France, le ministre Luc Chatel explique-t-il, sur une radio publique, que nos chères têtes blondes sont sur-encadrées (14 élèves du secondaire par enseignant, répète-t-il, une « réalité » dont tout un chacun se sera rendu compte dans sa vie quotidienne n’en doutons pas)… une semaine avant qu’un rapport de l’OCDE démontre que le taux d’encadrement scolaire des enfants français est un des plus faibles du monde développé. La question n’est pas de dire des choses vraies, elle est simplement de réaliser un commandement.

3. Tu réformeras la fiscalité. Il s’agit d’élargir l’assiette, autrement dit d’augmenter les recettes, et de limiter les fameuses niches fiscales. On commence médiatiquement à présenter ce « chantier » comme l’élément fondamental des politiques à venir, quels que soient les futurs gouvernements de la Nation.

4. Tu libèreras la finance et ses flux. Commandement amplement réalisé, bien qu’incomplètement du point de vue néo-libéral, et dont chacun commence à sentir les effluves dans son propre foyer.

5. Tu adopteras un taux de change compétitif. Les discussions du G20 montrent combien ce « chantier » est en cours, le problème étant de parvenir à un accord avec les Chinois, lesquels ont l’indécence de maintenir leur monnaie à des niveaux trop faibles pour que la concurrence mondiale soit « loyale ». On discute, on discute. En présence évidemment du directeur du FMI, malgré la faiblesse de ses pouvoirs décisionnels. Nul doute qu’accord il y a aura assez rapidement, étant donné que ce point conditionne le commandement suivant.

6. Tu libéraliseras les échanges. Depuis le temps… il n’est guère besoin d’insister ici.

7. Tu supprimeras toute barrière empêchant les investissements et rendras plus attractifs les territoires.

8. Tu privatiseras les entreprises publiques. Les citoyens français semblent découvrir que l’actuel gouvernement privatise à tout va, y compris les bâtiments du patrimoine historique, dans la foulée du reste des gouvernements précédents, cette politique ayant été impulsée par le « ni ni » de Mitterrand en 1988, « ni privatisations, ni nationalisations », « ni ni » qui visait simplement à ouvrir la porte aux privatisations, répondant ainsi au commandement en question. La privatisation concerne évidemment les capitaux de ces entreprises mais aussi, et ce n’est pas rien, les modes de fonctionnement internes (management).

9. Tu déréguleras. Nous y sommes depuis deux ans. Dans une crise liée à la dérégulation, cela même que le président actuel de la « république » veut, dit-il, contrôler. Pourtant, les conceptions néo-libérales au pouvoir ne sont pas victimes de cette crise de dérégulation, contrairement à ce que l’on veut faire croire (le fameux : « la crise nous empêche de faire autrement ») mais responsables. Ce sont les politiques impulsées par les gouvernements, avec la bénédiction attendrie du FMI, qui en sont la cause.

10. Tu développeras le droit de propriété. Une mesure phare du candidat Sarkozy de 2007, versant une larme sur le drame de cette France non encore devenue propriétaire. On commence là aussi à percevoir des conséquences concrètes lorsque les néo-propriétaires n’ont plus les moyens de rembourser leurs emprunts, ou que ce commandement est à l’origine de l’implosion financière de 2008 aux Etats-Unis et dans le monde.

Ainsi, le monde dans lequel nous vivons ne résulte pas du hasard, il n’est pas non plus une conséquence de « complots » ourdis à l’échelle monde. Non, le monde dans lequel nous vivons est simplement très organisé, et les politiques menées partout le sont dans le souci de correspondre à un projet politique et économique clairement défini. Dans ce projet, le messie DSK prend sa part, aujourd’hui comme hier, une part prépondérante tant par le rôle qu’il joua auprès de Mitterrand à la fin du 20ème siècle, rôle qui a contribué à transmuer le parti socialiste en mouvement politique social-libéral intégrant les Dix Commandements ci-dessus détaillés, que par le rôle qu’il joue maintenant à la tête de l’institution veillant à la bonne application de ces Dix Commandements à l’échelle mondiale. On comprendra donc aisément le désarroi de la famille socialiste, à laquelle il est demandé d’accompagner et même d’impulser ce qu’elle prétend combattre. Que voyons-nous se profiler ? Un DSK et un Sarkozy s’affrontant électoralement ? Autrement dit, deux idéologues néo-libéraux obsédés par le dogme de la Croissance, celle-là même qui doit, car il n’est pas d’autre voie pour l’humanité, apporter ses mânes à l’humanité entière. Un dogme qui a la particularité d’avoir échoué depuis 30 ans. Opinion rapide, peut-être, opinion cependant illustrée par la faillite de nos meilleurs élèves, faillite survenue dans le cadre même du dogmatisme néo-libéral de la Croissance perçue comme un Absolu et théorisé en Dix Commandements, je veux ici parler de l’Espagne et de l’Irlande. Si même les bons élèves échouent, il est peut-être nécessaire de s’interroger sur ce qui leur est demandé.

Matthieu Baumier

http://www.refletsdutemps.fr/index.php ?option=com_zoo&task=item&item_id=755&Itemid=2

1 Message


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette
<>