COMITE VALMY

Accueil du site > - EURO DICTATURE OCCIDENTALISTE et OTAN : En sortir pour s’en (...) > David Desgouilles : « Marine Le Pen bénéficie de la dérive woke d’une partie (...)

David Desgouilles : « Marine Le Pen bénéficie
de la dérive woke d’une partie de la gauche »
Par Aziliz Le Corre

mardi 13 avril 2021, par Comité Valmy


Face à Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen obtiendrait 60 % des voix au second tour de l’élection présidentielle. AFP / THOMAS SAMSON / AFP / BERTRAND GUAY

David Desgouilles : « Marine Le Pen bénéficie
de la dérive woke d’une partie de la gauche »

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Selon un sondage publié dans le JDD, Marine Le Pen battrait n’importe quel candidat de gauche à l’élection présidentielle. Pour David Desgouilles, la gauche paie son abandon de l’idéal républicain.


David Desgouilles est chroniqueur à Marianne. Il a publié Dérapage (éd. du Rocher, 2017) et Leurs guerres perdues, (éd. du Rocher, 2019).


FIGAROVOX. - Selon un sondage publié dans le JDD, Marine Le Pen battrait n’importe quel candidat de gauche à l’élection présidentielle. Comment expliquez-vous que la gauche ne convainc plus aujourd’hui et ne permette pas de faire barrage au Rassemblement National ?

David DESGOUILLES. - Ce que Laurent Bouvet avait surnommé la « gauche castor », parce qu’elle n’était plus occupée qu’à construire des barrages, semble en effet prise au piège qu’elle avait elle-même créé. Dans ce sondage, Marine Le Pen fait jeu égal avec Anne Hidalgo, bat largement Yannick Jadot (53 %/47 %) et écrase Jean-Luc Mélenchon (60 %/40 %).

Cela s’explique d’abord par le fait que la gauche baisse dans toute l’Europe occidentale et qu’elle est faible dès le premier tour. Philippe Guibert dans une tribune parue la semaine dernière sur le site de Marianne, rappelle que seulement un quart des électeurs « s’auto-positionnent » (pardonnez-moi l’expression) désormais à gauche.

Ensuite, elle est elle-même violemment traversée par des clivages comme la laïcité, l’attitude à tenir face à l’islamisme, l’importation de la culture woke des États-Unis. C’est la théorie des « deux gauches irréconciliables » théorisée par Manuel Valls. Ces nouveaux clivages se sont ajoutés au clivage européen né du référendum de 2005 que François Hollande avait réussi à mettre sous le boisseau pour être élu, avant d’en subir les conséquences sous son mandat, devant se séparer d’Arnaud Montebourg et le remplacer par Emmanuel Macron, et précipiter ainsi sa chute.

La polémique autour des propos d’Audrey Pulvar illustre presque de manière caricaturale la situation de la gauche d’aujourd’hui. Pourtant adjointe d’Anne Hidalgo qui souhaite conserver une conception classique de la laïcité à la française (La maire de Paris a été présente à des événements du Printemps républicain), l’ex-journaliste, tête de liste PS aux régionales en Île-de-France, a tenté une espèce de réconciliation extrêmement maladroite et troublante à propos des « réunions non mixtes » de l’UNEF, indiquant que des Blancs pourraient y assister, mais à condition de se taire.


L’adage « au premier tour, on choisit, au second on
élimine » place désormais Jean-Luc Mélenchon
en danger numéro un pour les électeurs,
prenant la place de Marine Le Pen.


Quant à Jean-Luc Mélenchon, sa participation à la manifestation du 10 novembre 2019, aux côtés d’organisation aujourd’hui dissoutes, comme le CCIF a constitué un déclic dans l’opinion. Le sondage de l’Ifop vient montrer que l’adage « au premier tour, on choisit, au second on élimine » le place désormais en danger numéro un pour les électeurs, prenant la place de Marine Le Pen. Ses accommodements - réels ou supposés - avec l’islamisme sont désormais considérés comme plus dangereux que la xénophobie - réelle ou supposée - qu’incarne depuis des décennies le FN puis le RN.

Aujourd’hui, malgré les efforts louables d’Olivier Faure, l’élection de maires PS très clairs sur ces questions, comme celui de Montpellier, la gauche radicale considérée comme accommodante semble la plus bruyante auprès de l’ensemble de l’électorat. Les déclarations de Pulvar, comme l’attitude de maires EELV n’ont pas aidé. Un sentiment s’installe : celui que la gauche considérée comme républicaine a d’ores et déjà perdu la partie contre la gauche radicale à la mode woke, et il est très probable que cela explique les scores de Jadot et d’Hidalgo dans ces hypothèses de second tour contre Marine Le Pen.

Marine Le Pen assume une stratégie plus à droite pour conquérir l’électorat « bourgeois ». Pensez-vous qu’il s’agit de la bonne stratégie, alors que l’écart se creuse dans les sondages face à Xavier Bertrand ?

De toute évidence, il s’agit d’une stratégie de second tour. Persuadée d’y être présente, Marine Le Pen souhaite ne plus effrayer l’électorat retraité et/ou bourgeois dans la perspective d’un duel avec Emmanuel Macron. En 2017, elle a considéré que son programme économique avait été la cause de son échec, s’est débarrassée alors de Florian Philippot et accepte désormais l’Euro, par exemple.

S’agit-il d’une bonne stratégie ? Dans la mesure où elle tire les conséquences de ce qui s’est passé en 2017, on pourrait en effet répondre par l’affirmative. Mais ce n’est pas évident. Car justement, ce que lui reprochait déjà son père Jean-Marie Le Pen il y a cinq ans, c’était de jouer le second tour avant le premier. Or, elle recommence. Simplement, au lieu de viser l’électorat mélenchoniste, elle vise celui du candidat de la droite classique.

Ce n’est pas sans danger pour le premier tour. On observe que Xavier Bertrand insiste énormément sur les thèmes régaliens. S’il adoptait parallèlement une ligne économique, sociale, et eurocritque dans la filiation de Séguin-Pasqua, ne pourrait-il pas alors concurrencer dès le premier tour Marine Le Pen par rapport à des classes populaires troublées par le nouveau discours de cette dernière ? La France n’est certes pas le Royaume-Uni mais rappelons-nous de la manière dont Boris Johnson a éclipsé Nigel Farage.

En cas de deuxième tour opposant Marine Le Pen et Emmanuel Macron, l’écart se réduit (54 %/46 %). D’ici 2022 la présidente du Rassemblement National peut-elle encore gagner des points et remporter l’élection présidentielle ?

46 %, cela n’est certes pas le score de 2017 mais c’est encore celui considéré comme humiliant par Jacques Chirac face à François Mitterrand en 1988.

Mais en effet, nous sommes à un an du premier tour de l’élection présidentielle et, même s’il y a des tendances lourdes, parmi lesquelles la situation de la gauche analysée plus haut, beaucoup d’événements peuvent encore intervenir d’ici-là. Des événements internationaux, la situation pandémique, et la manière, le délai, dont nous allons - ou pas - nous en sortir, de nouvelles candidatures, des attentats, etc.


Si le RN ne remporte aucune région
ni département comme en 2015, sa capacité à
gagner sera à nouveau mise en cause.


Et il y a aussi les élections régionales et départementales. Si le probable ratage de LREM lors de ces scrutins aura peu d’influence sur le destin présidentiel d’Emmanuel Macron, il en va autrement pour Marine Le Pen. Si le RN ne remporte aucune région ni département comme en 2015, sa capacité à gagner sera à nouveau mise en cause. C’est peut-être ce qu’attendent certaines personnalités de la droite dite « hors-les-murs » pour se lancer. Si, en revanche, le RN gagne une région voire davantage, il y aura un déclic dans l’opinion. Non seulement, elle éliminera toute concurrence dans son camp, mais cela installerait l’idée que « c’est possible ». Et enclencher une dynamique encore plus importante en sa faveur.

12 avril 2021


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette
<>