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Le beurre, l’argent du beurre, et le Bac
par Jean-Paul Brighelli

jeudi 6 mai 2021, par Comité Valmy


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Le beurre, l’argent du beurre, et le Bac

Les échéances se rapprochent, élèves et enseignants se rendent compte enfin que sous des prétextes prophylactiques fumeux, ils n’ont pas fait grand-chose. La liste des textes à présenter au Bac en Première a été réduite à 14 textes — en un an : serait-ce que nombre de mes collègues ont choisi de répéter le même cours, d’un groupe à l’autre, au lieu de doubler ce qu’ils ont fait en « présentiel » d’un second cours en « distanciel » ? Telle enseignante a composé des explications de textes en Pdf envoyées à ceux qu’elle ne voyait pas de façon à ne pas perdre un instant — et ses élèves présenteront finalement une vingtaine de textes. Mais combien d’enseignants ont compris la « demi-jauge » imposée par le ministère — et contre le gré même du ministre, bien conscient de l’effarante baisse de niveau qu’a induite le Covid — comme une autorisation d’enseigner à mi-temps tout en étant payé plein pot ? Moyennant quoi les rues de Marseille, depuis des mois, sont parcourues de bandes d’adolescents désœuvrés, qui s’échangent des chichons en hurlant, et que la police, municipale ou nationale, se garde bien de sermonner, de peur de déclencher une émeute… Les mêmes qui prétendent pourtant avoir tous les droits sur Parcoursup — je vais y revenir.

En attendant, un certain nombre de ces désœuvrés se sont regroupés, sous la bannière d’organisations lycéennes aussi nébuleuses qu’équivoques, pour réclamer « l’annulation des épreuves écrites et orales du baccalauréat pour l’ensemble des filières générales et technologiques ainsi que pour les filières professionnelles et les BTS. » C’est dans Marianne qu’a paru cette tribune co-signée par une députée LREM du Nord, Jennifer de Temmerman, qui soigne déjà sa non ré-élection l’année prochaine… La pédadémagogie a de beaux jours devant elle.

D’autant que ces jeunes gens si soucieux d’avoir examens et concours sans les passer ont bien des soucis. « Étudier sur les bancs du lycée, dans les amphithéâtres, se rendre au cinéma, au théâtre, aux concerts, à la bibliothèque, pratiquer des activités sportives, culturelles, artistiques, aller en boîte de nuit, boire des verres entre amis. Toutes ces choses qui faisaient notre vie, qui rythmaient notre quotidien, ne sont plus », écrivent-ils. On notera la place très relative des études dans cette liste de frustrations rangée probablement en ordre d’intensité croissante.
Et d’ajouter : « ces mois ont généré des inégalités croissantes parmi les établissements scolaires. En effet, certains sont restés en « 100 % présentiel », d’autres en « 50 % présentiel », ce qui a accentué les retards dans les programmes et les inquiétudes des élèves, comme des professeurs. »

Eh bien oui. Des établissements privés ont fait cours en classe entière. Du coup, leurs élèves en ont vu deux fois plus que les petits branleurs de certains lycées publics, et en font un argument, ces jours-ci, pour valoriser les dossiers qu’ils présentent sur Parcoursup, particulièrement en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles. Un argument qui bien sûr fait bondir le SNES. Après avoir noté que Parcoursup organise depuis le début la concurrence entre établissements (et pourquoi non, camarades ? Vous le savez bien, que les résultats d’ Henri-IV ne sont pas les mêmes que ceux de Paul-Valéry, et que tel enseignant s’acharne à monter tous ses élèves au plus haut de leurs capacités, quitte à instaurer des formes d’élitisme, tandis que d’autres se contentent du minimum… syndical), le SNES écrit : « À la faveur de la crise sanitaire et en raison de la gestion déplorable de la part du ministère, un cran supplémentaire vers l’abject a été franchi sur Parcoursup avec la tolérance de cette mention 100 % présentiel. »

La gestion déplorable de la crise ? Mais le ministre a dû louvoyer entre les recommandations alarmistes des « experts », et les exigences de syndicats qui voulaient peu ou prou annuler l’année scolaire, à force d’exiger des « protocoles » et des « distanciations » impossibles à mettre en œuvre. C’était à vous, chers collègues, à vous adapter et à mettre les bouchées doubles pour ne perdre aucun élève ! Combien d’absents sur les cours en distanciel ces jours-ci ? Combien d’excuses bidon pour ne pas être levé à 8 heures du matin pour suivre un enseignement de Français ou de Maths convenable ? Combien de devoirs envoyés via Pronote — et corrigés dans les temps pour maintenir une pression raisonnable sur les « apprenants », comme vous dites ?

J’ai déjà expliqué que le Bac est mort, et que le Covid offre au ministre une admirable opportunité pour transformer en Certificat de fin d’études un examen qui se prétend encore premier grade universitaire. Mais une telle initiative vous ferait sursauter, n’est-ce pas, vous qui depuis deux ans faites de votre mieux pour saboter les épreuves d’un rituel qui ne signifie plus rien…
Allons-y, donnons le Bac à tout le monde ! Mais laissons les enseignants qui régissent Parcoursup recruter en fonction de leurs convictions pédagogiques — les vraies — et du niveau effectif des candidats. Il faut maintenir autant que possible les dernières épreuves encore envisagées, écrites ou orales. De toute façon, les consignes de bienveillance sont telles que vos élèves, même les plus nuls, même les plus cossards, auront quand même le chiffon de papier qui leur permettra de s’inscrire et d’aller s’écraser en Fac. Dans ma région, deux Inspecteurs Pédagogiques Régionaux, Florentina Gherman et Alain Guerpillon, viennent d’adresser aux enseignants de Lettres une « Charte des examinateurs » qui « a pour but d’édicter des critères communs d’évaluation pour garantir aux candidats la plus grande équité possible » : « Afin de garantir un cadre commun et de réduire le plus possible les écarts anormaux de notation, les examinateurs sont tenus de respecter la moyenne académique avec un écart inférieur toléré d’un point au plus, sauf situation spécifique (faible nombre de copies corrigées, importance des copies blanches ou à peine rédigées par exemple) ; ces cas de figure seront rapportés aux professeurs-relais qui nous les signaleront. Cette moyenne académique est calculée exclusivement à partir des notes mises par l’ensemble des examinateurs de l’Académie, et elle n’est en aucun cas fixée arbitrairement par le corps d’inspection ou les services du Rectorat. Seule la commission d’harmonisation qui est réunie à l’issue de l’ensemble des épreuves peut décider des notes à arrêter, lesquelles seront ajustées en fonction des moyennes académiques. »

« Tenus de respecter la moyenne académique avec un écart inférieur toléré d’un point au plus… » Un minimum social, prélude à la discrimination positive que l’on voudrait mettre en place. Ajoutez à cela que la charte officielle interdit tout écart supérieur à 4 points entre l’écrit et l’oral. Elle est pas belle, la vie des futurs bacheliers ?

Et à la marge, si jamais les cancres n’étaient pas dans les 98% d’admis, les experts du chichon, encouragés par une récente décision de justice, plaideront leur irresponsabilité et demanderont la compréhension des jurys — puisqu’après tout, par avance, ils ont celle de l’institution (le ministre est-il vraiment au courant de cette tambouille mitonnée dans les Inspections générales ?) et celle des syndicats.

Jean-Paul Brighelli
4 mai 2021


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