COMITE VALMY

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Ne laissons pas mourir la langue française
Georges Gastaud

mercredi 23 mars 2011, par Comité Valmy


19 mars 2011 Rassemblement de défense de la langue française - Fontaine Molière à Paris.

Discours de Georges Gastaud

Cher(e)s concitoyen(ne)s,

Au nom du COURRIEL, association républicaine de défense de la langue française contre le tout-anglais, je vous remercie d’avoir répondu présents à cette prise de parole unitaire, organisée avec nos amis du CLEC, de l’AFRAV et de DLF-Paris. En cette année 2011 qui coïncide avec le 260ème anniversaire de l’Encyclopédie, nous avons choisi de descendre dans la rue à une date symbolique pour toute la Francophonie internationale.

Il n’en est que plus désolant de constater que sur cette place où trône la statue de Molière, un restaurant indignement intitulé « Hands » et dont la devanture ne fait aucune place au français, s’est emparé de l’immeuble même où est mort Denis Diderot, le philosophe qui a coordonné l’écriture du chef-d’œuvre des Lumières à la française.

La problématique tragique de notre combat est ainsi plantée par les lieux mêmes où nous sommes rassemblés : nous ne nous sommes pas réunis en effet comme des nostalgiques dont l’unique souci serait de défendre le plus-que-parfait du subjonctif, mais comme des citoyens inquiets, pionniers d’un combat d’avenir contre les discriminations linguistiques, et dont le mot d’ordre est RESISTANCE CULTURELLE.

Cette expression est en effet pleinement justifiée quand tout montre que l’oligarchie politico-économique qui domine notre pays a décidé, dans le dos du peuple français, d’ARRACHER la langue de Molière pour lui SUBSTITUER celle que le président du syndicat patronal « Business-Europe », l’étrange citoyen « français » Ernest-Antoine Seillères, a osé gratifier devant Jacques Chirac (alors président de la République) du titre de « langue des entreprises et des affaires », à savoir le tout-globish « entrepreneurial » et « managérial ».

L’affaire qui nous occupe est d’autant plus grave que le sinistre Jean-François Copé vient, coup sur coup, d’appeler l’UMP à mettre à l’ordre du jour le basculement linguistique des médias français au tout-anglais au cœur de la campagne présidentielle, et de réclamer que le « tout-français » soit désormais imposé par la loi dans les Mosquées, en violation de la loi laïque qui sépare l’Etat des Eglises ; et cela au risque de faire de notre langue un odieux instrument d’oppression à l’encontre de ceux qui ont le droit de prier, s’ils le souhaitent, en arabe, en latin, en hébreu, en grec ou en slavone. « Tout-en-français » dans les mosquées, « tout-en-anglo-américain » partout ailleurs, cette politique linguistique qui vise à nous « coper la langue » pour mieux nous priver du droit à la parole, serait franchement ridicule si elle n’était en même temps si odieuse et si fascisante.

Mon propos sera bref : il s’agira d’abord de dénoncer la menace qui pèse sur notre langue et qui relève d’un véritable totalitarisme linguistique. Je pointerai ensuite les raisons socio-économiques d’un basculement linguistique qui n’a rien à voir avec l’ouverture internationale de la France et qui tient surtout à la volonté de nos prétendues élites d’imposer au peuple, sans le moindre débat citoyen, la pensée unique néo-libérale made in USA.

Il s’agira enfin d’appeler à la résistance linguistique unie. Aujourd’hui nous sommes encore un nombre réduit, -bien que nous soyons bien plus nombreux que ce que nous attendions pour cette première manifestation de rue- : et comment en serait-il autrement alors que nous sommes censurés par tous les grands médias, qu’une bonne partie de l’opposition établie, à commencer par DSK et Mme Aubry, marchent à fond dans le tout-anglais, que tout est fait pour amalgamer notre combat avec on ne sait quel purisme « rétro », alors que nous sommes partisans d’une langue vivante et ouverte et qu’en défendant le français nous défendons le droit universel des hommes à parler leur langue, y compris pour ceux qui le souhaitent, les langues régionales, les langues de l’immigration et même l’espéranto que certains considèrent ici comme une alternative neutre à la domination de l’anglais.

I. J’évoquerai d’abord la politique d’arrachage du français et de substitution du tout-anglais au français.

Celle-ci se marque d’abord par l’acharnement du grand patronat à basculer ses enseignes et ses produits à l’anglais commercial, qu’il s’agisse de Carrefour, de Renault, de Citroën et de Peugeot, de Bouygues et des autres « stars » du CAC 40. Mais les entreprises publiques en cours de privatisation ne sont pas en reste, quand la SNCF promeut ses « Family TGV » et ses « TGV Night », quand Orange, ex-France-Télécom prétend nous vendre ses « live box » et ses produits « everywhere ajustable », quand la poste « vend » du Livret A sous le slogan infect « I love L.A. », quand dans l’Education « nationale », certains pensent sérieusement à rebaptiser « Learning Centers » les Centres de documentation et d’information.

Cela se marque au fait que nombre de grandes entreprises françaises « travaillent » illégalement en anglais, notamment en région parisienne, imposant à leurs salariés une détresse considérable, méprisant les salariés et le public du pays qui les font vivre, négligeant sottement l’atout international qu’est la francophonie mondiale, dédaignant l’arme commerciale qu’est la langue française pour produire et vendre dans notre pays, et prenant le risque scandaleux de provoquer de très dommageables malentendus, notamment dans le secteur médical. Nous nous félicitons qu’à ce sujet, à la suite d’un certain nombre de pionniers présents ici, des syndicats de diverses obédiences engagent l’action pour le droit élémentaire de travailler en français en France, en italien en Italie, en allemand en Allemagne, etc.

Cela se marque ensuite par la politique linguistique détestable des grands médias privés et publics qui, notamment, aux heures de grande écoute, balancent illégalement, sans grande réaction du CSA, des publicités en anglais encadrées par des « talk shows », des « news » et des « reality shows ».

Plus grave encore, car ce sont ceux qui sont censés faire respecter la loi et la Constitution qui sont alors à la manœuvre, les ministres de l’actuel gouvernement mènent l’assaut contre la langue dans laquelle ils osent ensuite solliciter le vote de nos concitoyens. C’est le cas de Luc Chatel, l’ex-DRH de L’Oréal, qui veut imposer, sans le moindre débat parlementaire, un « bain linguistique anglophone » aux enfants de maternelle, à un âge où les structures du français ne sont pas consolidées. Le même personnage a décidé, hélas sans aucune réaction des syndicats d’enseignants censés défendre l’Education « nationale », que les élèves de filière littéraires n’auraient plus 4 heures de littérature française en première et en terminale, mais deux heures de cette discipline plus deux heures, retirées au français ou aux maths, pour apprendre la littérature étrangère enseignée en langue étrangère : et dans 99 cas sur cent, cette langue sera l’anglais étant donné la chasse aux postes d’allemand, d’espagnol, de russe, etc. dans nos lycées.

Et ce n’est qu’un début puisque désormais les jeunes professeurs devront être en capacité d’enseigner en langue étrangère, -en clair, l’anglais-, en violation de la loi qui stipule que « le français est la langue de l’enseignement » et de la constitution dont l’article II énonce que « le français est la langue de la République ». On ne saurait imaginer plus outrecuidante violation de l’Etat de droit !

Madame Valérie Pécresse n’est pas en reste qui, par la loi LRU, a créé les conditions pour une américanisation massive de nos universités et de notre recherche avec, bien évidemment, un privilège massif pour l’anglais dans la notation des enseignants-chercheurs. Et ne parlons pas de Kouchner qui a déclaré de manière ubuesque que « l’avenir de la francophonie passe par l’anglais », ni de Lady Christine The Guard, qui a reçu le prix de la Carpette anglaise pour sa façon de « manager » en english son ministère du business, ni de M. Borkel qui, passant outre la constitution, a accepté que désormais les brevets rédigés en anglais aient force de loi sur le territoire national. Ce sinistre tableau ne serait pas complet si l’on oubliait de dire que l’U.E., qui orchestre cette politique d’arrachage linguistique dans tous les pays affiliés, privilégie massivement l’anglais dans sa communication en évinçant totalement le français, l’allemand, l’italien, etc. et en violant ses traités fondateurs qui lui font obligation de respecter l’identité des peuples qui la composent.

II. Les racines socio-linguistiques de cet arrachage totalitaire sont d’une clarté aveuglante.

Pour les comprendre, il faut remonter aux décisions du MEDEF, dont un récent congrès s’affichait sous le slogan ridicule et néo-colonial de « ready for the future ! ».

L’oligarchie qui domine aujourd’hui la France et l’UE n’a cure de l’héritage linguistique de notre pays, celui de Rabelais, Racine, Marivaux, Hugo, Aragon, Proust, Malraux, Brassens, -excusez du peu-, un héritage qu’elle perçoit comme un boulet et qu’elle traite exactement comme elle traite la Sécu, les retraites par répartition, les nationalisations, les conventions collectives, le statut de la fonction publique et les autres conquêtes « archaïques » du Front populaire et de la Résistance. Foin de ces vieilleries qui « plombent » la chasse au profit et qui empêchent d’aligner notre pays sur les normes sociales régressives du prétendu « modèle » anglo-saxon.

Mais il ne s’agit pas seulement d’économie : une langue n’étant jamais un pur réceptacle de signifiants mais portant toujours en elle un héritage culturel qui n’est autre que l’identité en mouvement du peuple qui la parle, détruire une langue signifie défaire un peuple, le priver de ce qui lui permet de dire « nous », fût-ce pour organiser ses contradictions et ses confrontations les plus aigües. Le jour où notre défunt pays parlerait principalement anglais, où le français devenu un patois abâtardi et honteux ne sera plus parlé qu’à la maison par le quatrième âge, qui ne voit que la « France » se sera totalement reniée et qu’elle ne ressemblera plus alors qu’à ce couteau sans manche dont on a jeté la lame que raillait jadis l’humoriste ?

Qui ne voit qu’en outre, à travers le « tout-américain » des affaires, c’est une langue unique mondiale qu’on met en place, une langue, ou plutôt une novlangue porteuse d’une idéologie unique, d’une politique unique, d’une économie unique, d’un façonnage unique des cerveaux et des cœurs ? En quoi cette monstrueuse politique d’extermination linguistique serait-elle moins grave en son principe que la destruction de la biodiversité par ceux qui, pour satisfaire leur insatiable soif de profit, détruisent irréversiblement les ressources naturelles de la planète ? En quoi la diversité des langues et des civilisations, ce fondement de la culture qui n’est plus rien sans l’échange et l’altérité, serait-elle moins précieuse que la diversité des espèces, fondement de la vie et de l’évolution ?

Enfin qui ne voit que le triomphe d’une langue unique mondiale signifierait pour des décennies, voire pour des siècles, la marginalisation des classes populaires et d’une bonne partie des couches moyennes, et cela dans leur propre pays ; il n’est que de constater que désormais, de grandes entreprises embauchent de manière discriminatoire des « english mother tongue » en instituant une préférence nationale à l’envers non moins fétide que la préférence nationale réclamée par l’extrême droite ! III. Face à cette guerre non-déclarée que mène l’oligarchie capitaliste contre notre langue et contre toutes les langues, y compris contre la langue de Shelley, laminée en Angleterre même par le globish, nous ne sommes pas désarmés :
 d’abord nous sommes forts de notre unité ; nous sommes heureux de voir que les associations qui ont préparé ensemble ce premier rassemblement de rue, marchent la main dans la main et que cette après-midi même, elles diffuseront ensemble des milliers de tracts à la manif des enseignants pour dénoncer le volet linguistique de la contre-réforme Chatel.

 ensuite, pour ce qui le concerne, le Courriel a décidé de s’adresser systématiquement à ceux qui luttent contre la casse néolibérale de notre pays dont le basculement à l’anglais est un élément central. Parce que les classes populaires et moyennes sont les plus visées par la discrimination linguistique en cours, c’est vers elles que nous nous tournerons pour les appeler, non pas à « défendre le français », mais à SE défendre elles-mêmes en défendant le français, cette langue issue d’une histoire frondeuse qui va de l’humanisme au CNR en passant par 1789, par la Commune de Paris et par le Front populaire. Que d’autres associations n’aient pas la même orientation sociale, nous le comprenons parfaitement, que chacun fasse pour le mieux dans son secteur, avec ses mots et avec ses moyens, et cet acquis inestimable de la culture mondiale et de la francophonie internationale qu’est la langue française sera sauvé à l’avantage des nouvelles générations !

Conclusion :

Cher(e)s amis, en combattant le tout-américain, nous avons conscience de défendre la nation populaire et la République, qu’il n’est pas question d’abandonner à l’extrême droite raciste. Nous défendons aussi le legs social et républicain issu de 1789 et du CNR, car les attaques qui visent le français viennent des mêmes milieux oligarchiques et elles visent les mêmes milieux populaires que celles qui démembrent la Sécu, les retraites, le « produire en France », l’EDF, Renault ou l’Education nationale.

Nous avons également conscience de combattre les discriminations sociales car, au-delà des clients de Hands, c’est le peuple français, ses ouvriers, ses employés, ses artisans et ses paysans qui paieraient le plus cher la fracture linguistique, au seul profit des élites oligarchiques « english mother tongue ».

Nous avons conscience enfin de défendre la diversité linguistique mondiale, non moins précieuse pour l’humanité que la biodiversité chère à juste titre aux écologistes. Au nom des grands milieux d’affaires dont il est issu, M. Copé a déclaré la guerre aux francophones en déclarant qu’il utiliserait la campagne électorale pour mettre le basculement linguistique à l’anglais au centre de la campagne électorale à venir.

Eh bien nous relevons le gant : nous sommes encore peu nombreux, mais nous jurons que nous allons grandir en prenant appui sur les masses profondes de notre peuple dont les sondages montrent qu’il voit dans le français l’identifiant n°1 de son identité républicaine ouverte et dénuée de xénophobie. Nous sommes certains qu’en nous adressant régulièrement à notre peuple, en l’interpellant à l’occasion de ses luttes, nous finirons par l’aider à unifier ses résistances et qu’un jour, face aux indignes dirigeants qui le trahissent sous différentes étiquettes, le peuple des Sans-Culotte et des Communards se dressera derechef, « tous ensemble et en même temps », qu’il assumera les mots neufs de la francophonie mondiale en révolte, du « dégage ! » tunisien adressé à Benali au beau mot de « désobéisseur » lancé par les enseignants en lutte contre ceux qui dénaturent leur métier.

Ainsi notre peuple multicolore reprendra-t-il à son compte les trois mots de notre langue qui ont fait le tour du monde, liberté, égalité, fraternité et auxquels vous permettrez à l’Occitan d’origine que je reste d’ajouter le mot le plus chantant des anciens troubadours, le mot amour...

Je vous remercie.

publication CV le 23 MARS 2011

2 Messages de forum

  • Je désespérai de voir enfin quelqu’un s’opposer à l’impérialisme culturel anglo-saxon qui est visible partout. Personnellement je comprends un peu l’anglais. Mais devant le déferlement actuel, je refuse : 1) de parler anglais, 2) de comprendre cette langue aux fréquences aigües et qui, de plus, est une langue extrèmement pauvre. Je compare cet envahissement culturel à celui que notre patrie a subi pendant la guerre. Il faut entrer en résistance culturelle. L’Histoire nous impose, tout de même, de ne pas oublier les anglo-saxons tombés sur le sol de France durant le siècle précédent. Y aurait-il un lien entre ces deux évènements .....
  • J’aime notre langue, celle qui m’a bercée dans mon enfance, celle qui fut si bien célébrée par Racine (dont j’apprends encore des tirades) de Molière, de Voltaire, de Proust etc...et chantée avec bonheur par Ferré, Béart, Perret, Brassens ; Brel etc...et qui est mise à mal même par les "élites" de mon pays.

    Mais pourquoi toujours vouloir se disculper en précisant qu’on n’est pas xénophobe ? De quoi avez-vous peur en défendant une parcelle de notre identité ? Ceux qui voudront vous faire taire auront beau jeu de vous traiter de tous les noms surtout s’ils n’ont pas d’argument à vous opposer.


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