COMITE VALMY

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Au fil des jours et des lectures n°89 - 8 avril 2011

« Affaires » libyennes
Comaguer

vendredi 8 avril 2011, par Comité Valmy


La guerre de Libye qui semble maintenant s’installer dans la durée a laissé apparaitre de nombreuses divergences au sein d’une coalition à géométrie éminemment variable.

Ces divergences dans la stratégie comme dans les objectifs ne font que refléter l’instabilité et la dureté des rapports entre alliés, rapports reflétant une crise économique à laquelle n’échappe aucun d’entre eux. Cas classique d’exacerbation des contradictions inter-impérialistes qui n’est pas sans rappeler la période ayant précédé l’éclatement de la première guerre mondiale.

Une des ces contradictions a été mise à jour par un journaliste italien Franco Bechis qui, à la fin du mois de Mars, a publié deux articles comportant d’intéressantes révélations sur les dessous économiques de la politique de la Présidence française vis-à-vis du régime libyen.

La traduction française d’un de ces articles a été publiée par le Réseau Voltaire, http://www.voltairenet.org/auteur125277.html l’autre publié sur le blog de Franco Bechis http://fbechis.blogspot.com/2011/03/ma-quale-gheddafi-sarko-ha-dichiarato.html n’a pas été traduit en français mais constitue un complément indispensable au premier.

Pour commencer qui est Franco Bechis ? Rédacteur en chef du quotidien Libero, il appartient et se revendique du centre droit. Dans la conjoncture politique italienne présente il faut comprendre ce positionnement comme celui d’une droite proche à la fois du patronat et du Vatican mais prenant ses distances par rapport à une droite au pouvoir : Berlusconi, Fini, Bossi et consorts divisée, de plus en plus instable et imprévisible et qui ne doit son maintien au pouvoir qu’à l’inconsistance de l’opposition parlementaire. Cette droite qui pense en termes de compétitivité, de parts de marché, dont le langage est celui du Capital est évidemment très consciente de la concurrence entre pays impérialistes.

Qu’elle soit très attentive à la politique extérieure du locataire de l’Elysée et qu’elle jette une lumière crue sur ses échecs n’est donc pas pour surprendre.

Quand à partir de 2003 le régime libyen est redevenu fréquentable, les pays européens se sont tous rués sur ce marché longtemps fermé pour cause d’embargo. La France a offert en priorité ses produits habituels : avions de chasse (le fameux Rafale toujours à la recherche d’un client étranger) centrales nucléaires et à en croire les communiqués de la Présidence de la République au lendemain de la spectaculaire visite de Kadhafi à Paris en Décembre 2007, les contrats étaient quasiment signés. Il n’en fut rien et Dassault dut se contenter d’une modeste modernisation de quatre anciens Mirage.

Des espoirs avaient également entretenus d’un contrat pour la construction d’un métro à Tripoli mais la Deutsche Bahn appuyée par l’ancien chancelier Schröder l’avait finalement emporté. L’Italie très prompte elle aussi à se réconcilier avec son voisin libyen avait eu quelques succès : pétroliers d’ abord puisque l’ENI était devenu le plus important pétrolier étranger en Libye, industriels ensuite puisque la FINMECCANICA avait conclu un accord de partenariat avec le fonds souverain libyen pour mettre à disposition de l’Etat libyen ses compétences et ses productions en aéronautique et en électronique. FINMECCANICA devait en particulier mettre en place la surveillance électronique des frontières Sud de la Libye pour freiner l’immigration.

Enfin au point de vue du matériel militaire la Russie avait pris la place de la France pour la fourniture d’avions et d’hélicoptères.

Franco Bechis a donc de bonnes raisons de penser que le locataire de l’Elysée tout à sa colère de voir lui échapper tous ces marchés avait dés le milieu de l’année 2010 décidé d’en finir avec le colonel Kadhafi. Il avait trouvé dans l’entourage du Colonel le traitre qui prendrait sa place et il ne restait plus qu’à trouver le moment propice au renversement du régime. Il arriva avec les soulèvements tunisien et égyptien La mise à la retraite de Ben Ali et Moubarak permettait d’emboucher les trompettes de la « révolution arabe » (expression de circonstance qui a aujourd’hui disparu du vocabulaire médiatique dominant) et de crier « Au suivant » en installant à Benghazi une équipe hétéroclite bricolée dans d’obscures officines et que l’on présenterait comme un gouvernement.

Mais il fallait en même temps tout faire pour garder le bénéfice commercial de la paternité de la guerre de Libye et de la position de premier assaillant – à défaut d’être le premier contributeur aux opérations militaires ce qui est impossible vue la disproportion des moyens entre les Etats-Unis et les autres pays.

C’est là qu’interviennent les céréaliers français (voir article du réseau Voltaire) très présents dans la préparation du complot de Paris telle qu’elle est relatée par Franco Bechis. En effet comme l’Egypte et les autres pays du Maghreb la Libye est un fort importateur de blé et les céréaliers français en étaient les premiers fournisseurs, les céréaliers des Etats-Unis très puissants sur le marché mondial, se « contentant » de monopoliser l’énorme marché du blé égyptien, le premier du monde. Impliquer les céréaliers français dans la préparation du coup d’Etat c’était s’assurer que le nouveau régime libyen ne changerait pas de fournisseur après son installation. Pour les « Rafale » on verrait …. l’expérience ayant montré que les Etats-Unis avaient jusqu’à présent réussi à empêcher la moindre exportation de cet avion (et ayant par contre accepté qu’il soit adapté pour apponter sur les porte-avions US en cas d’indisponibilité du Charles de Gaulle).

Le déroulement de la guerre de Libye laisse penser que la Perrette Elyséenne risque fort de renverser son pot au lait et ses « amis » coalisés attendent ce moment avec jubilation car tous font déjà la balance comptable prévisionnelle des dépenses certaines de la guerre et des futures recettes éventuelles pour la reconstruction du pays et ont certainement sélectionné d’autres remplaçants de Kadhafi que celui présélectionné par Paris, l’ex chef du protocole Mesnari, « réfugié » à Paris à l’Hôtel Concorde Lafayette.

http://comaguer.over-blog.com


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