COMITE VALMY

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Reprise d’article

Islamabad veut que Karzaï lâche les Américains
Par Marie-France Calle

mardi 3 mai 2011, par Comité Valmy


Rien ne va plus entre Islamabad et Washington, ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est davantage, ce sont les raisons pour lesquelles les tensions se font de plus en plus vives entre les deux capitales.

Il y va ni plus ni moins du rôle que les Pakistanais entendent jouer en Afghanistan dans la perspective du retrait des troupes de l’Otan, officiellement programmé pour 2014. Il y va aussi de la manière dont Washington et Islamabad entendent préparer cette sortie, et de la façon de mener l’inévitable processus de réconciliation avec les talibans.

« A première vue, si les relations entre Washington et Islamabad tournent à l’aigre, c’est parce que les Etats-Unis sont extrêmement mécontents de voir l’armée pakistanaise continuer de renâcler à lancer une opération au Nord-Waziristan, où est retranché le réseau Haqqani (rebelles afghans liés aux talibans et à Al-Qaïda, NDLR) ; Islamabad étant de son côté de plus en plus ouvertement hostile aux attaques des drones et aux activités des services secrets américains au Pakistan. Toutefois, la véritable raison de cette acrimonie tient à ce qu’Américains et Pakistanais tentent de définir les grandes lignes des négociations de paix en Afghanistan », relève l’ancien diplomate indien M.K. Bhadrakumar dans le quotidien The Hindu.

Sur ce dernier point, les divergences sont effectivement de taille. Et tous les coups sont permis.

Ainsi, poursuit l’analyste, « le fait est que les Américains ont commencé à parler directement aux talibans ». Ils n’ont pu le faire que grâce au formidable réseau d’espionnage qu’ils ont tissé au Pakistan avec, c’est un comble, le consentement d’Islamabad. Car le Pakistan n’a aucun intérêt à ce que la paix en Afghanistan se fasse sans lui. Les Pakistanais, l’establishment militaire en tête, ont d’ailleurs toujours affirmé que rien ne pouvait et ne devait se faire en Afghanistan sans les « bons offices » d’Islamabad.

Réponse du berger à la bergère, il y a une quinzaine de jours, le Premier ministre pakistanais, Yusuf Raza Gilani, s’est rendu à Kaboul. Il était accompagné - ce n’est pas anodin - du général Ashfaq Kayani, le chef des armées, et de Shuja Pasha, le chef de l’ISI, les services de renseignements pakistanais. Selon le Wall Street Journal, au cours de cette visite « musclée », Gilani aurait tout simplement « fait du lobbying » auprès du président afghan Hamid Karzaï pour qu’il « laisse tomber les Américains au profit du Pakistan et de son allié chinois ». « Le président Karzaï ne devrait pas s’engager à autoriser les Américains à établir une présence militaire en Afghanistan sur le long terme », aurait dit Gilani à ses interlocuteurs afghans, rapporte Matthew Rosenberg, le correspondant du Wall Street Journal. Il dit tenir ses informations de responsables afghans « pro-américains ». Pour ce qui est de Karzaï, ses dernières déclarations donnent à penser qu’il ne serait pas si difficile que cela à convaincre.

« La tentative du Pakistan d’éliminer les Etats-Unis de l’avenir de l’Afghanistan est à ce jour le signe le plus clair jamais envoyé (par Islamabad) : alors que ce conflit qui dure depuis dix ans touche à sa fin, les tensions entre Washington et Islamabad menacent de saborder les espoirs de l’Amérique d’y mettre fin de la manière dont il l’entend », écrit Rosenberg. Même si les Etats-Unis retirent d’Afghanistan le plus gros des leurs troupes à l’horizon 2014, ils ont bien l’intention de maintenir dans le pays une présence militaire non négligeable. Un scénario qui ne peut que contrecarrer les projets pakistanais de l’ « après-guerre à Kaboul ».

Islamabad a aussitôt démenti. Gilani lui-même a affirmé que les Etats-Unis et le Pakistan continueraient d’entretenir des relations « fondées sur le respect mutuel et tenant compte des intérêts réciproques » des deux pays. Mais, a-t-il ajouté, « nous ne ferons aucun compromis sur nos intérêts nationaux. Nous ne sommes pas prêts à faire des compromis sur notre souveraineté, notre défense, notre intégrité, aussi puissant que soit l’autre ».

Quant aux Etats-Unis, pour l’heure, ils aimeraient sincèrement voir l’armée pakistanaise s’en prendre enfin aux militants islamistes qui lancent des attaques contre les troupes de l’Otan en Afghanistan à partir des Zones tribales. L’amiral Michael Muellen, le chef d’état-major US a été jusqu’à affirmer que le Pakistan serait tenu pour responsable si l’offensive d’été des talibans, officiellement annoncée par les rebelles ce week-end, s’avérait être particulièrement meurtrière.

Marie-France Calle

1er mai 2011

Source : http://blog.lefigaro.fr/inde/2011/05/le-pakistan-demande-a-karzai-d.html


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