COMITE VALMY

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Défense de la langue française

"Collabos de la pub et du fric"
par Michel SERRES

jeudi 19 mai 2011, par Comité Valmy


L’auteur de cet article habite aux États-Unis depuis quarante ans, a enseigné sur tous les continents, a roulé sa bosse par toutes cultures, bénéficia toute sa vie des leçons d’ailleurs et d’Autrui, en mâchant le pain noir de l’exil.

Amoureux des langues, il en apprécie les musiques subtiles, s’enthousiasme devant le point de vue irremplaçable que chacun porte sur les choses du monde. Ne le soupçonnez pas d’enfermement ni de nationalisme. Pourtant, au retour de dix voyages, voici ce qu’il voit : plus de mots anglais sur les murs de nos villes ou à la une de nos journaux que de mots allemands pendant l’occupation. Si vous voyagez en train, la SNCF vous fourre dans la poche une carte S’miles, dont la plaisanterie ne fait rire aucun anglo saxophone et par laquelle la compagnie, dite française, torpille le système métrique, adopté dans les sciences, universellement, au Point que la Nasa, récemment, faillit perdre un satellite pour s’être embrouillée dans ses propres unités archaïques.

Enseignant, vous ne pouvez prétendre, en classe, que le mot relais ne s’écrit point par un y puisque, dans toutes les gares de France, s’affiche, en gros et en rouge, cette lettre. Plus de boutiques, des shops ; un déluge de best of, decover, demake-up…pis : des crèmes anti-age qui révèlent la stupidité du traducteur, puisque to age signifie vieillir. En fait, ce sont des plâtras pour réparer l’irréparable vieillerie des rides.

Feuilletez maintenant l’histoire des guerres. Les vainqueurs imposent toujours leur langue aux vaincus, ce pourquoi il nous reste à peine trente mots gaulois. En Europe de l’Est, l’enseignement du russe était obligatoire. Quelle guerre nouvelle venons- nous de perdre ? Qui sont donc les collabos ?

Victorieux de la lutte pour le fric, les riches cherchent à ne pas jaser de la même manière que le peuple. Avant la guerre de 14-18, 51% des Français parlaient alsacien, breton, picard ou langue d’oc : ruraux pour la plupart.

Les langues des régions de France moururent de la mort des paysans. Au Moyen Âge, les savants, les médecins, les juristes, bref, la classe dominante parlait latin. Il fallut un édit royal pour que notre langue maternelle fût usitée en public et dans les actes officiels. Nous revenons aujourd’hui à cet état de fait.

Les riches, la classe dominante, les publicitaires, ceux qui tiennent l’espace des affiches et le temps de parole éliminent le français.

Comme d’habitude, les vainqueurs cherchent à imposer leur langage. Vous souvenez-vous de la vieille pub où un chien écoutait, obéissant, assis devant une enceinte acoustique d’où sortait la Voix de son Maître ?

La voix de nos maîtres, nous ne l’entendons plus que dans une autre langue. Et quel sabir ! Si vous saviez à quel point ces dominants ignorent le vrai, le bel anglais ! J’en ai honte devant mes amis d’outre- Manche ou d’outre-Atlantique. Du coup, la langue française, la mienne, que j’aime, devient celle des pauvres, des assujettis, nous, petits chiens obéissant à la pub et au fric.

Je vous invite à l’écrire et à la parler, fièrement, comme langue de la Résistance. Chaque fois que je reçois un message où l’on me demande un pitch de ma conférence à venir, je réponds aussitôt : qu’ès aco, lou pitch ?

Là, le Parisien, in, est interloqué. Les savants qui inventent, qui ont parfois reçu prix Nobel ou médaille Fields, disent, unanimement : on n’invente que dans sa langue, qui délivre un point de vue inédit, je l’ai dit, sur le monde. Après, on publie les résultats de la découverte dans les revues rédigées dans le sabir commun ; depuis trois mille ans, il existe, en effet, une langue de communication : normale, nécessaire, salutaire. Le patron des traducteurs qui travaillent au Conseil de l’Europe ne cesse d’affirmer que les interventions réellement originales s’y font dans les idiomes propres ; l’usage ou l’obligation de ne parler que dans la langue de communication condamne chacun à ne plus penser que dans le format, dans la correction politique, dans les répétitions indéfinies de la société du spectacle. Autrement dit, devenir bourrique.

Pour défendre le Français, espèce inventive en péril, je vous propose une stratégie d’une puissance rare. Utilisez votre carte de crédit comme bulletin de vote.

N’achetez aucun produit dont la publicité ne soit pas dite en français ou dont vous ne comprenez pas le nom ; n’allez pas voir de film dont le titre, sur l’affiche, ne soit pas traduit ; révoltez-vous contre les nouveaux collabos, entrez dans la Résistance, faites la grève du zèle, en faveur de notre langue.

Michel SERRES, philosophe et académicien

JOURNAL "Sud Ouest" du 09/05/2011

2 Messages de forum

  • "Collabos de la pub et du fric"
    par Michel SERRES

    21 mai 2011 22:40, par warzaoatao
    Moi,je suis Alsacien,est on nous interdisés de parler notre dialecte,et bien ont parlaient quand même,malgré les punitions qui nous pendées au nez,et cela fait plus de trentes ans que je suis en bretagne,je parle toujours courament l’alsacien et même le Breton que j’ai étudié.Il y a des chéquiers en Breton depuis plusieurs années.Les annonces dans les trains ce font en Francais,en Allemand,en Anglais et défois en Breton ,en Bretagne bien-sur.Personnes ne peut nous empêchés de parler notre langue,c’est une question de volonté,et notre seconde nature.Je ne dirait jamais bon weeck-end,mais,bonne fin de semaine,et il faut rester ferme a ce sujet,et quoique pensent les anglophones.
  • "Collabos de la pub et du fric"
    par Michel SERRES

    22 mai 2011 02:37, par ROQUETANIERE Régis

    Michel SERRES à raison.

    La langue est l’arme secrète et banale de tout conquérant.

    Mais le combat linguistique pour essentiel qu’il soit vient après celui de la Liberté.

    Je veux dire par là qu’il faut dès maintenant dire non au système politique qui nous opresse, détruit effectivement notre langue aussi sûrement qu’il casse notre capacité industrielle, brouille notre regard sur le Monde, affadit notre goût pour le bon pain ou mine notre pacte social.

    La FRANCE a réintégré l’OTAN en qualité de subordonné sans pouvoir.

    La direction du FMI, après celle de l’OMC, sont les "cadeaux" qui lui ont été offerts, dans le temps, en remerciement.

    On trouverait d’autres recompenses plus pétrolières ...

    Mais le dominant est encore plus fort et invisible quand il parle la langue du pays : notre classe politique est formée, conditionnée, dépendante de l’ordre soit disant économique venu d’outre atlantique.

    Bien que s’exprimant dans notre langue de façon approximative, cette classe professionalisée et si grassement payée a trahi sa mission de servir les intérêts du peuple en souscrivant aux lois du marché.

    Contre le marché on ne peut rien s’épouventait JOSPIN, l’impuissant.

    Ce monsieur ne causait pas en anglais, en agent du publicité ou en porteur de l’argent des banques.

    Il minait pour longtemps l’espérance d’un possible changement politique en France.

    C’est en français, en qualité de membre d’un parti politique français, grâce à l’assomoir médiatique français si inspiré par ce qui se fait en Amérique qu’il a accompli son forfait.

    Jospin, comme ses suivants, n’avait aucun projet de remplacement et pas d’avantage de courage ni d’audace.

    Il s’est contenté de dénationaliser en très grand nombre nos entreprises en simple valet des intérêts de l’oligarchie éprise de concurrence libre et non faussée.

    Ses amis valent ses prétendus adversaires politiques !

    Donc avant de rendre à la langue française ses lettres de noblesse, il convient résolument de retirer à la classe politique de notre pays, le privilège exorbitant qu’elle détient d’être la seule à compter électoralement.

    Ne réïtéront pas le silence fait autour des propos sensés du seul prix Nobel d’économie français, Maurice ALLAIS qui criait sans écho politique et médiatique, qu’il fallait en revenir à des règles de bon sens capables de protéger les intérêts nationaux.

    Soyons convaincus que la classe politique de notre pays n’est pas repésentative des intérêts français : elle n’est pas populaire mais publicitaire.

    Elle n’existe que par les scandaleux budgets "de communication" qu’il faut réunir, grâce à qui et comment ? pour pervertir la démocratie.

    On nous dit : regardez ce qui se passe dans la plus grande "démocratie du monde", soyez modernes vous aussi".

    Mais le combat pour la langue française commence par respecter l’originalité du droit français offert monde entier : celui de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

    Soyons sans crainte, les vrais françaises et les authentiques français aiment LEUR langue quels que soient leurs origines.

    Il suffit maintenant qu’ils se parlent.

    Alors, tout ira vite et très loin.

    Régis ROQUETANIERE 21 05 2011


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