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OCS : dix ans d’aspiration à l’équilibre
par Fedor Loukianov

jeudi 16 juin 2011, par Comité Valmy


© RIA Novosti. 16/06/2011

"Un monde changeant" par Fedor Loukianov

Les dirigeants des pays membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) fêtent le 10e anniversaire de l’OCS. Au cours de cette période, le groupe d’Etats, qui se sont rassemblés un jour pour le règlement des litiges frontaliers de la Chine avec les anciennes républiques soviétiques, s’est transformé en une force importante de politique régionale, puis mondiale. L’OCS est l’une des rares structures qui, dans la situation internationale actuelle chaotique, pourrait se vanter de prendre du poids au lieu de subir une érosion.

Il existe trois raison à cela. Premièrement, l’importance des organisations régionales augmente en général. Cela concerne notamment la partie de l’Eurasie "sous la responsabilité" de l’OCS : toute l’attention est tournée désormais vers elle. Deuxièmement, les pays membres ont conscience de la multitude des intérêts qui s’entremêlent, dont la coordination nécessite une plateforme. Enfin, la composition est bien équilibrée. La présence de deux superpuissances, la Chine et la Russie, permet d’éviter la domination de quelque Etat que ce soit, et la présence d’un pays sûr de lui et en développement actif, tel que le Kazakhstan, apporte une stabilité régionale supplémentaire.

Au départ, l’OCS était considérée par l’Occident comme une nouvelle tentative de Moscou de construire quelque chose contre les Etats-Unis, et de montrer sa propre influence par la même occasion. Cependant, à l’exception de la déclaration de 2005, lorsque les membres de l’Organisation ont proposé aux Etats-Unis de fixer la date du retrait des forces armées de la région, aucune autre expression d’antiaméricanisme de la part de l’OCS n’a été constatée. (D’ailleurs, depuis cette époque, la question du retrait des troupes américaines n’a plus été soulevée) La réticence à accepter l’Iran, qui voulait absolument adhérer à l’OCS, au sein du club, s’explique par l’absence de volonté de renforcer l’impression de dispositions antioccidentales.

Objectivement, l’OCS est capable de devenir le facteur principal de stabilité pour l’Asie centrale et l’Asie du Sud. Ce n’est pas par hasard qu’aujourd’hui on parle de la levée du moratoire informel sur l’expansion, en vigueur jusqu’à cette année. Pendant la visite à Moscou du président pakistanais Asif Ali Zardari, en mai dernier, Dmitri Medvedev s’est publiquement prononcé en faveur de l’adhésion d’Islamabad à l’OSC. La Russie avait également fait savoir à plusieurs reprises qu’elle était favorable à l’adhésion de l’Inde. Il est clair que la participation de New Dehli à l’OCS ne suscite pas l’enthousiasme de Pékin, mais une décision "d’ensemble" pourrait fonctionner, car la Chine est intéressée à l’adhésion du Pakistan.

Le thème régional numéro un concerne l’avenir de l’Afghanistan après le retrait de l’OTAN et des Etats-Unis, ou après le changement du format de leur présence. Pour l’instant, la situation afghane est un facteur d’incertitude, car on ignore la stratégie des Etats-Unis. En fait, il est très probable qu’il n’en existe toujours pas : Washington exprime des avis complètements différents concernant les intérêts des Américains en Afghanistan et les moyens de leur mise en œuvre. Quoi qu’il en soit, les membres de l’OCS doivent être prêts à tous les scénarios d’évolution des événements.

Si un jour l’Inde et le Pakistan adhéraient à l’Organisation, pratiquement tous les Etats, à l’exception des Etats-Unis et de l’Iran, qui a le statut d’observateur, capables d’influencer les événements en Afghanistan seraient réunis au sein de l’OCS. Bien sûr, cela ne garantit pas que le problème soit réglé, mais cela ferait de l’OCS une structure possédant le plus grand potentiel de contribution à son règlement.

La situation décrite ci-dessus ne signifie pas qu’il n’existe pas de différends entre les pays membres. La principale divergence concerne le point de vue conceptuellement différent de Moscou et de Pékin sur l’objectif principal. La Russie pousse la Chine à faire en sorte que l’OCS se transforme en acteur stratégique et politique, qui accorderait surtout de l’attention à la sécurité régionale et, étant donné l’importance de la région, à la sécurité mondiale. La Chine, comme dans de nombreux autres cas, évite un tel sujet, en mettant l’accent sur le commerce et la coopération économique. En d’autres termes, Moscou voudrait que l’OCS soit un moyen de renforcer sa présence stratégique en Asie centrale, et la Chine souhaiterait que l’Organisation soit un outil destiné à élargir son expansion économique.

Pour l’instant, l’équilibre est maintenu entre les intérêts des deux plus importants membres : la Chine est clairement plus forte économiquement, mais la Russie possède d’importantes capacités politiques, en particulier en raison des craintes que les pays d’Asie centrale ressentent devant la puissance économique de Pékin. Cette dissuasion mutuelle freine quelque peu l’activité de l’Organisation, mais elle contribue à sa stabilité. Si l’une des parties devenait dominante, l’OCS perdrait probablement sa capacité d’agir. Soit le "vaincu" bloquerait toute l’activité, soit il tenterait de reprendre l’avantage en provoquant des intrigues internes, ce qui priverait la structure de son principal avantage : sa capacité de se développer progressivement.

Le risque d’un tel scénario existe, car le déséquilibre croissant entre la Russie et la Chine pourrait priver Moscou de son "avantage" politique qu’elle conserve pour l’instant. Toutefois, Pékin se comporte avec prudence, en essayant de ne pas montrer sa supériorité sans nécessité superflue. D’autant plus que la Chine est intéressée au renforcement de l’OCS en tant que structure régionale, car quelle que soit la configuration, la Chine y sera "plus égale" que les autres. Et étant donné que le niveau de l’instabilité mondiale ne fera, de toute évidence, qu’augmenter au cours des prochaines années, la seconde décennie de l’OCS promet d’être bien plus intense que la première.

Fedor Loukianov, rédacteur en chef du magazine Russia in Global Affairs.


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