COMITE VALMY

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Les français veulent sortir de la Tiers-Mondialisation
Bernard Conte (juin 2011)

dimanche 20 décembre 2015, par Comité Valmy


Balayant les certitudes keynésiennes d’une possible régulation économique et sociale par l’État, l’idéologie néolibérale s’est imposée depuis la fin des années 1970, justifiant le « laisser faire » - « laisser passer », tant pour les marchandises que pour les flux financiers. La « main invisible » du marché était présumée plus efficace que l’intervention étatique. Les premiers 1) , Margaret Thatcher et Ronald Reagan, ont mis en œuvre des politiques de privatisation, de dérégulation, de casse des services publics et de la protection sociale… aux noms de la lutte contre les déficits publics, de l’efficacité économique et de la croissance économique.

La chute du mur de Berlin en 1989 a marqué « la fin de l’histoire 2) », en ce sens qu’il n’y aurait plus jamais d’alternative à la mondialisation néolibérale débridée. La crise financière, économique et sociale débutée en 2008, semble remettre en cause la mondialisation et l’idéologie qui la sous-tend. Interrogés, les français constatent l’ampleur de la crise actuelle, les méfaits de la mondialisation néolibérale et réclament une dose de protectionnisme pour recouvrer la voie d’un développement autocentré qui privilégie la dimension humaine plutôt que le profit à court terme. Il est évident que cette prise de conscience constitue une invite au débat pour les divers candidats aux prochaines échéances électorales.

Le dogme libre-échangiste

Le libre-échange des marchandises et des capitaux est (re)devenu 3) un dogme que peu d’économistes, et encore moins d’hommes (et/ou de femmes) politiques, osent contester. D’une part, il est dangereux pour eux de s’écarter de la pensée unique définie par leurs mécènes, sous peine de sanctions, voire d’exclusion. D’autre part, toute remise en cause conduisant, notamment, à prôner le protectionnisme (les droits de douane…) est dénoncée comme une marque d’extrémisme politique.

Ainsi, depuis quarante ans, un « consensus 4) » s’est établi, parmi les « élites », concernant les « bienfaits » de la mondialisation néolibérale.

Dans ce contexte de « mer étale », il apparaît inutile, pour lesdites élites, de consulter la population par un vote ou même par sondage. De plus, il convient d’éviter le risque de résultats non conformes aux attentes, à l’instar du référendum sur la Constitution européenne. Mais, le destin est parfois têtu.

La remise en cause « populaire » du dogme

Les résultats du sondage 5) : « Les français et le protectionnisme économique », dévoilés le 16 juin 2011, vont certainement faire des vagues dans le marigot politique.

Face à la situation économique et sociale actuelle (la crise), 48% des sondés se disent révoltés et 30% sont résignés, soit respectivement 3% et 9% de plus qu’en septembre 2010.

Pour une grande majorité des personnes interrogées, la crise trouve, en partie, sa source dans la mondialisation. Ainsi, « 84% des sondés estiment que l’ouverture importante des frontières de la France et de l’Europe [le libre-échange] aux marchandises des pays comme la Chine ou l’Inde a eu des effets négatifs sur l’emploi 6) » et 78% considèrent que ladite ouverture a eu des effets négatifs sur le niveau des salaires en France et 73% sur les déficits publics de la France.

70% des sondés estiment que les produits importés des pays comme la Chine et l’Inde ne sont pas suffisamment taxés et 65% se prononcent pour une augmentation desdites taxes, c’est-à-dire pour une dose supplémentaire de protectionnisme.

« Enfin, 64% des personnes interrogées considèrent que l’ouverture économique des frontières et le montant des droits de douane devra être un sujet important dans le cadre de la campagne pour l’élection présidentielle de 2012 7) ».

Le protectionnisme comme partie de la solution

Il ressort du sondage que les français ont, en majorité, compris que la mondialisation sauvage entraîne le nivellement par le bas des salaires et des conditions sociales et le nivellement par le haut des profits. Ils réclament la mise en place d’un protectionnisme mesuré, apte à rétablir les conditions d’une concurrence « loyale » ainsi qu’un partage plus équitable de la valeur ajoutée.

Au fond, le vœu des français est de sortir du processus de Tiers-Mondialisation 8) dans lequel les enferme la mondialisation néolibérale qui lamine les classes moyennes et engendre la polarisation de l’ensemble des sociétés, les ramenant toutes à l’état du Tiers-monde d’avant les « miracles ».

Pour ce faire, un protectionnisme bien pensé est nécessaire, mais il doit s’accompagner de politiques incitatives, de politiques de régulation… et surtout d’un projet collectif. A ce propos, il semble possible de s’inspirer du « protectionnisme éducateur 9) » de Friedrich List et des théories et des expériences du desarrollismo 10) Sud-américain.

La stratégie de « dé-Tiers-Mondialisation » pourra être mise en œuvre au niveau européen ou, à défaut, au niveau de la France. Pour 80% des sondés, l’augmentation des droits de douane devrait s’opérer aux frontières de l’Europe, mais si cette option se révèle impossible, 57% estiment pertinent de prendre ces mesures au niveau de la France.

Au total, les français semblent rejeter le consensus libre-échangiste et souhaitent la mise en place d’un protectionnisme méprisé, décrié et honni par les néolibéraux.

Le protectionnisme ne signifie pas le repli sur soi, ni la guerre économique

Le protectionnisme envisagé n’est pas un repli sur soi, n’est pas du nationalisme agressif, ni de l’isolationnisme. Il se propose de développer le commerce et les échanges sur le principe du respect d’une concurrence loyale.

Il s’agit d’un protectionnisme « souple » et « mesuré » prévoyant des droits d’entrée variables portant sur certains types de produits jugés sensibles.

L’argument de rétorsions possibles de la part des pays d’origine des produits taxés ne tient pas, car ces pays ont plus à perdre qu’à gagner. Par exemple, lorsque la France vend un milliard d’euros de produits à la Chine, elle lui en achète trois milliards.

Le protectionnisme bien pensé signifie la relocalisation des activités et le développement autocentré

En renchérissant les produits importés, le protectionnisme va susciter la création d’entreprises produisant des biens de substitution des importations, générant emplois, revenus, impôts… Cette dynamique permettra de démarrer un processus de développement autocentré, c’est-à-dire centré sur le marché intérieur.

Comme la délocalisation des activités a engendré une perte de connaissances et de savoir faire, un effort important d’éducation - formation devra être opéré pour recouvrer les capacités perdues, mais aussi pour accompagner le développement de la recherche et de l’innovation.

L’harmonisation, la coordination des initiatives de développement impliquera inévitablement une planification indicative.

Le protectionnisme efficace requiert la « bonne » conduite des agents économiques et financiers

La mondialisation néolibérale débridée a permis aux entreprises de mettre en concurrence les salariés sur l’ensemble de la planète. La délocalisation permanente de leurs activités, vers les zones géographiques les plus compétitives dans le court terme, a généré une croissance exponentielle des profits, au détriment des revenus des salariés. En d’autres termes, la mondialisation engendre le nivellement par le bas des salaires et des conditions sociales du plus grand nombre et le nivellement par le haut des profits. Le protectionnisme doit réfréner cette mise en concurrence au niveau mondial tout en permettant de rapprocher les producteurs des consommateurs. Il doit aussi inciter à un meilleur partage de la valeur ajoutée.

Les profits dégagés localement doivent être principalement investis localement, au lieu de s’expatrier vers des paradis fiscaux ou des pays à bas salaires. Pour ce faire, une réglementation sera nécessaire.
La finance internationale, les spéculateurs… et tous les « dérégulateurs » du marché devront être strictement encadrés (il faut refuser toute pseudo autorégulation qui a largement démontré son inefficacité 11) ).

Pour cesser de payer la dîme à la finance internationale, la Banque centrale sera autorisée à assurer directement le financement des besoins de l’État.

Le protectionnisme s’invite dans le débat politique

La prise de conscience de la population apparaît au grand jour dans le sondage. Le consensus libre-échangiste néolibéral imposé a implosé. Les élites politiques de la droite « bling bling » et de la pseudo gauche « caviar – bio » ne pourront plus feindre d’ignorer l’opinion d’une majorité de leurs électeurs. Le protectionnisme s’invite dans le débat politique.

Bernard Conte
Comité Valmy


1) En réalité, la première application pratique des politiques néolibérales au Sud s’est déroulée au Chili à partir de 1973, lorsque le général Pinochet renversa le président Allende démocratiquement élu.
Rapidement, sous les conseils d’un groupe d’économistes monétaristes de l’école de Chicago et l’appui du régime militaire, l’économie chilienne va être profondément transformée : (i) par la privatisation de nombreuses entreprises publiques, (ii) par la dévaluation de la monnaie, (iii) par l’abolition de la protection douanière, des subventions et des quotas, (iv) par la dérégulation des marchés financiers, (v) par l’ouverture aux investissements directs étrangers, (vi) par la réduction des salaires et des libertés syndicales et (vii) par le démantèlement des programmes sociaux dans l’éducation, la santé et la protection sociale.

2) Francis Fukuyama, La fin de l’histoire et le dernier homme, Paris, Flammarion, 1993.

3) Adam Smith (1776) montre les effets positifs de la division internationale du travail et du libre échange. David Ricardo (1817) formule la théorie des avantages comparatifs (relatifs) selon laquelle tout pays doit appliquer le libre-échange et se spécialiser dans la production pour laquelle il possède un avantage comparatif (relatif). Ainsi, la division internationale selon les avantages comparatifs des différents pays et le libre-échange seraient des stratégies gagnant-gagnant.

4) Il s’agit du consensus de Washington,
http://conte.u-bordeaux4.fr/Enseig/Lic-ecod/docs_pdf/Webconswash.pdf

5) ‘A la demande de l’association « Manifeste pour un débat sur le libre-échange », un sondage IFOP a été réalisé du 17 au 19 mai 2011 auprès d’un échantillon représentatif de 1012 personnes (méthode des quotas)’
http://www.protectionnisme.eu/Sondage-IFOP-Les-Francais-et-le-protectionnisme-economique_a131.html

6) Idem

7) Idem

8) Voir : Bernard Conte, La Tiers-Mondialisation de la planète, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2009.

9) Friedrich List, Système national d’économie politique, Paris, Gallimard, 1998 [1841].

10) Voir par exemple : Celso Furtado, Théorie du développement économique. Paris, PUF, 1970.http://books.google.fr/books ?id=sN9un3Boq8YC&pg=PA69&lpg=PA69&dq=desarrollismo+furtado
&source=bl&ots=0xm3eZo8Vs&sig=xveg3NSZwzQYV-CcE9oSl9uougg&hl=fr&ei=NwD7Te3wLIu38QOv2LGqCQ&sa=X&oi=book_
result&ct=result&resnum=2&ved=0CDEQ6AEwAQ

11) Par exemple, les accords de Bâle : Bâle I (1988), Bâle II (2004), Bâle III (2013 ?) censés constituer des garde-fous pour prévenir les crises bancaires ont largement montré leur inefficacité.


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