COMITE VALMY

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Communiqué du Collectif "Indépendance des Chercheurs"

CNRS, INSERM, Universités et journée du 29 janvier

jeudi 29 janvier 2009, par Comité Valmy


Voir en ligne : BLOG du "Collectif Indépendance des Chercheurs"

Le jeudi 29 janvier s’annonce comme une journée de très importantes mobilisations. Tous les personnels de la recherche scientifique et de l’enseignement supérieur (agents titulaires, post-doc, doctorants, contractuels et précaires divers...) sont concernés par les menaces de plus en plus graves et immédiates que génère une politique de démolition pure et simple du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM), des universités françaises et de l’ensemble de la recherche et de l’enseignement supérieur publics. Mais, outre les menaces qui pèsent sur le CNRS, l’INSERM et d’autres organismes, la dimension des problèmes que génère l’actuelle offensive de Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse contre des secteurs stratégiques du domaine public est bien plus globale. Elle concerne l’ensemble des citoyens en tant que consommateurs de produits, usagers notamment des services publics de l’éducation et de la santé, administrés, habitants des villes et des campagnes, et « tout simplement » en tant qu’êtres humains protégés par la Déclaration des Droits de l’Homme de l’ONU. Il en va de l’avenir du pays.

Nicolas Sarkozy déclare ouvertement que l’actuelle crise économique « donne l’occasion d’accélérer la modernisation »... en renforçant les pouvoirs discrétionnaires et l’immunité des mêmes milieux, groupes et lobbies qui se trouvent à l’origine d’une crise préparée de longue date.

Une bien curieuse « crise » que la grande majorité de la population, qui n’y est pour rien, est censée « financer » au bénéfice de quelques-uns qui y sont pour beaucoup.

Pour une « modernisation », cela ressemble plutôt à un retour au Haut Moyen-Age. A cette époque, c’est vrai, le CNRS, l’INSERM, les universités publiques... n’existaient pas.

Dans l’Europe médiévale, la grande majorité de la population ne bénéficiait d’aucun droit civique. Le savoir, la santé... étaient réservés à la classe féodale et à quelques « gestionnaires » à son service. La bourgeoisie est devenue une classe révolutionnaire dans ses efforts, souvent réprimés avec une grande violence physique comme intellectuelle (Croisade Albigeoise et Inquisition comprises), pour mettre en cause ce système qui asphyxiait, exploitait et terrorisait l’ensemble de la société.

La révolution bourgeoise a fini par triompher des persécutions et instaurer une démocratie qui lui est propre. Mais en dépit de progrès incontestables, la suite n’a pas apporté à l’humanité le bonheur attendu.

Où en est-on dans la France actuelle, 220 ans après la Révolution Française, huit siècles après la Croisade Albigeoise et cinq siècles après l’émergence de la République de Genève ? La notion d’une féodalisation du capitalisme est de plus en plus souvent évoquée.

La recherche scientifique et technologique et l’enseigement supérieur sont les sources premières des connaissances et de leur transmission. Si elles deviennent propriété privée, ce sont les connaissances elles-mêmes qui échappent à la collectivité. Or, sans le caractère public des connaissances, aucun droit de la personne ne peut être utilement défendu. Tel est l’un des plus grands enjeux de la journée du 29 janvier.

Et c’est dans un tel contexte, qu’il convient d’analyser le discours prononcé par Nicolas Sarkozy il y a une semaine, à l’occasion du « lancement de la réflexion pour une stratégie nationale de recherche et d’innovation », au Palais de l’Élysée, le 22 janvier. Le Président de la République déclare notamment :

« La crise nous donne l’occasion d’accélérer la modernisation des structures obsolètes et de changer nos mentalités, parce que dans notre pays ce n’est pas une chose que l’on fait facilement et pourtant il faut le faire. (...)

Il y a quelques mois, avec le Premier ministre nous avons chargé Valérie PECRESSE, de coordonner la définition d’une stratégie nationale de recherche et d’innovation. Pourquoi ? Parce qu’en l’absence d’une stratégie claire dans ce domaine et avec un système d’enseignement supérieur et de recherche inadapté aux défis de la connaissance et de la croissance du XXIème siècle, il ne fallait pas s’étonner que la France éprouve des difficultés à tirer son épingle du jeu. (...)

Et nous ne sommes pas aujourd’hui dans le peloton de tête des pays industrialisés pour la recherche et l’innovation. Il y a une raison à cela quand même, c’est parce que bien souvent on a reculé devant la nécessité de réformer nos universités et de nos organismes de recherche. (...)

(...) »

(fin de citation)

Il conviendra d’analyser plus en détail ce discours dans des articles ultérieurs, mais relevons d’emblée que Nicolas Sarkozy confirme ce que les scientifiques français avaient déjà compris depuis longtemps quant aux intentions présidentielles et gouvernementales, lorsqu’il déclare :

« ... nous allons simplifier l’organisation du CNRS en créant des Instituts internes qui seront des agences de moyens ».

En clair, il s’agit de reduire le CNRS, l’INSERM et les autres établissements publics de recherche au rôle de simples agences de financement, en les vidant de leurs chercheurs et de leurs laboratoires. Personnels et structures opérationnelles seront transférés à des universités vouées à la privatisation. C’est donc la fin programmée de la recherche et de l’enseignement supérieur publics, avec des conséquences d’une gravité dans précédent sur le plan économique et citoyen. Quant aux agences de moyens qui en résulteront, elles disparaîtront absorbées par les structures que mettra en place l’Union Européenne dans la cadre de l’application du Traité de Lisbonne. C’est également la fin de toute trace d’une souveraineté nationale de la France.

Un responsable de Sauvons la Recherche (SLR), Alain Trautmann, a réagi très sévèrement au discours présidentiel du 22 janvier par une déclaration du 26 janvier que nous analyserons également dans un prochain article. A propos du Comité créé par Valérie Pécresse et dont Nicolas Sarkozy inaugure la mise en place, Trautmann écrit : « Dans ce discours était confirmée la mise en place d’un comité de 18 personnes, toutes nommées par le gouvernement (7 universitaires, 6 chefs d’entreprise, 5 personnalités politiques ou de la haute administration), connues pour leur positions proches du gouvernement en la matière ».

On pourrait ajouter à cette remarque que l’actuel président de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et membre également dudit Comité (ANNEXE 2), Jacques Stern, est le président du Conseil d’Administration d’Ingenico, premier fabriquant européen de moyens de paiement sécurisés d’après Wikipédia qui décrit Ingenico comme une « société spécialisée dans les systèmes de paiements automatiques et les lecteurs de cartes bancaires ».

C’est donc la coupole de la recherche française qui, dans le schéma de Sarkozy et Pécresse, se trouve d’emblée sous la coupe du secteur privé. Un tel système serait-il « moderne » et « adapté aux défis de la connaissance » ?

Lors de sa séance des 26 et 27 janvier, le Conseil Scientifique du CNRS a officiellement fait savoir (ANNEXE 1) qu’il « s’associe à la forte émotion des personnels de la recherche provoquée par le discours du Président de la République du 22 janvier 2009 ». Il ajoute, toujours à propos du discours présidentiel :

« Il [le Conseil Scientifique du CNRS] s’indigne de l’énoncé de contre-vérités manifestes appuyées sur des éléments partiels et des erreurs concernant la recherche française, notamment en ce qui concerne son mode d’évaluation. Ce discours lui semble procéder de la provocation. Le Conseil scientifique du CNRS exprime donc sa profonde réprobation ».

Il est exact, comme nous l’avons déjà souligné à plusieurs reprises, que dans ses discours Nicolas Sarkozy déforme systématiquement, non seulement la réalité de la recherche scientifique et technologique française, mais aussi celle de la recherche des Etats-Unis. Sarkozy présente comme une application à la France d’un prétendu « modèle américain » une politique parfaitement étrangère à la réalité de la recherche fédérale Outre-Atlantique.

De même, lorsque Sarkozy agite une phraséologie du genre « 750 millions d’euros d’investissements supplémentaires », « 750 millions de plus pour développer des équipements universitaires et scientifiques », « 250 millions d’euros », « quelques 800 millions d’euros », etc... il semble ou affecte ignorer à quel point de tels chiffres se trouvent éloignés de la réalité de la recherche fédérale aux Etats-Unis.

Mais c’est surtout dans la mainmise des intérêts privés sur la recherche scientifique et technologique, sur l’enseignement supérieur et sur la diffusion même des connaissances, que réside la principale menace à l’encontre de la grande majorité des citoyens. La précarisation des chercheurs entraînera également la perte de leur indépendance à l’égard de ces mêmes intérêts. Le contrôle citoyen de la recherche et des résultats scientifiques deviendra impossible. A fortiori, en ce qui concerne l’usage fait des connaissances nouvelles.

Voir également, entre autres, nos articles :

INSERM, CNRS et recherche fédérale aux USA (I)

INSERM, CNRS et recherche fédérale aux USA (II)

Nicolas Sarkozy, la recherche et l’Union Européenne (I)

Nanotechnologies, recherche, éthique et contrôle citoyen

Crise de l’évaluation, CNRS et « réforme de la recherche »

Universités, recherche : l’urgence d’une mobilisation

CNRS : pas de campagne de post-doctorants en 2009

Vers la privatisation des universités françaises

La recherche peut-elle être une marchandise ?

Indépendance des Chercheurs

http://www.geocities.com/indep_chercheurs

http://fr.blog.360.yahoo.com/indep_chercheurs

http://science21.blogs.courrierinternational.com

ANNEXE 1 - Recommandations du Conseil Scientifique du CNRS des 26 et 27 janvier

http://www.cnrs.fr/comitenational/cs/recomman.htm

Recommandations du 26 et 27 janvier 2009

Sujet : Discours du 22 janvier 2009 du Président de la République à l’occasion du lancement de la réflexion pour une stratégie nationale de recherche et d’innovation

Le Conseil scientifique du CNRS réuni le 27 janvier 2009 s’associe à la forte émotion des personnels de la recherche provoquée par le discours du Président de la République du 22 janvier 2009.

Il s’indigne de l’énoncé de contre-vérités manifestes appuyées sur des éléments partiels et des erreurs concernant la recherche française, notamment en ce qui concerne son mode d’évaluation. Ce discours lui semble procéder de la provocation. Le Conseil scientifique du CNRS exprime donc sa profonde réprobation.

Vote du Conseil : 17 votants (17 Oui, 0 Non, 0 abstention)

Sujet : Positionnement du Conseil scientifique sur l’opportunité de créer un Institut des sciences de l’informatique et de leurs interactions

Le Conseil scientifique du CNRS a été saisi en séance d’une proposition de créer au sein du CNRS un nouvel institut, consacré aux sciences et technologies de l’informatique et de leurs interactions. Cette proposition s’inscrit dans un débat en cours qui mérite d’être poursuivi sereinement au sein du CNRS comme dans l’ensemble des organismes et établissements de recherche concernés. Les contours et les objectifs scientifiques de l’institut proposé ne sont pas définis clairement. La consultation des laboratoires est encore très incomplète. Le projet d’INST2I s’est construit sur la logique des systèmes et de la complexité dans les disciplines d’ingénierie, qui incluent à l’évidence les sciences de l’informatique. La proposition soulève donc des questions importantes sur les meilleurs modes de coordination entre les organismes concernés et sur la définition d’une organisation du CNRS qui fasse toute leur place aux communautés scientifiques tout en profitant pleinement de l’atout de pluridisciplinarité de l’organisme. Le Conseil scientifique du CNRS estime donc prématuré de modifier le découpage en instituts mis en place voici quelques semaines à peine.

Vote du Conseil : 17 votants (17 Oui, 0 Non, 0 abstention)

(fin des recommandations)

ANNEXE 2 - Dépêche du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche sur l’installation en octobre 2008 du Comité de pilotage de la stratégie nationale de recherche et d’innovation

http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid22707/ins...


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