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A Sotchi, la symphonie des impuissances face au Système
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mardi 5 juillet 2011, par Comité Valmy


Un sommet entre l’OTAN et la Russie s’est ouvert hier dans la ville de Sotchi, où auront lieu les Jeux Olympiques de 2014. Du point de vue de l’OTAN, y compris pour les sources officieuses qu’on peut consulter, les relations de l’OTAN avec la Russie sont bonnes. Les négociations préparatoires au sommet ont surtout porté sur la présence ou pas de Medvedev au sommet de Sotchi, et sur les conditions de la conférence de presse finale (Rasmussen aurait voulu une conférence de presse commune avec Medvedev, les Russes ont préféré une conférence de presse commune avec le ministre des affaires étrangères Lavrov). On conclurait de cela que le “débat” essentiel sur l’importance du sommet, voire la substance du sommet portent sur la communication de présentation du sommet, que l’on n’aurait pas tort.

Un article de Olivier Fourt, de RFI, le 4 juillet 2011, pompeusement intitulé « Le nouveau départ du Conseil Otan-Russie », donne une bonne mesure d’un regard et d’une position dont l’ambiguïté est le reflet de l’impuissance de tous face au Système. L’article est en effet une illustration, involontaire ou pas, de la position de la France : comment donner l’impression de bonnes relations entre la Russie et l’OTAN, de façon à permettre d’encore meilleures relations de la Russie avec la France, alors que certains aspects importants de la politique de la France, avec ou en marge de l’OTAN, sont fort peu appréciés par la Russie. Ainsi l’article expose-t-il ce que sera le sommet de Sotchi sans citer une seule fois le mot “Libye”, selon une crise qui implique l’OTAN mais surtout la France, et qui mécontente chroniquement la Russie…

Par contre, l’article cite un expert de l’IFRI, dont la mission est effectivement de nous rassurer sur diverses matières totalement inconsistantes et totalement incontrôlables. Par exemple, il y a l’évolution du réseau BMDE antimissiles, désormais totalement hors de contrôle, y compris de la direction washingtonienne, où la France peut toujours arguer qu’elle n’y est pour rien. L’expert nous informe qu’il y a débat à ce propos à Moscou, entre ce qui pourrait sembler être des “pour” et des “contre”. C’est une précision qui est parfaitement à la mesure de l’inconsistance générale : on ne voit pas comment l’on pourrait débattre sérieusement de ce que personne ne comprend précisément, et de ce que personne ne maîtrise ; cela décrit comme si la Russie était susceptible d’évoluer sur le problème, alors que la politique russe, devenue elle-même fort incertaine, est de surcroît paralysée par l’élection de 2012, comme les politiques françaises et US, ajoutant la paralysie conjoncturelle à la paralysie structurelle, fondamentale et en constant renforcement.

Quelques extraits de l’article de RFI, exaltant le rôle du COR (“Conseil OTAN-Russie”), et terminant sur le problème totalement inconsistant des antimissiles : « “Le COR, c’est d’une certaine manière le baromètre de la relation entre les Etats-Unis et la Russie, explique Thomas Gomart le directeur du centre Russie à l’Institut français des relations internationales (IFRI). En août 2008, pendant la guerre en Géorgie, le Conseil Otan-Russie a été suspendu, c’était un moyen pour les Occidentaux d’exprimer leur mécontentement et leur inquiétude face à la situation. Ensuite les relations ont repris progressivement, jusqu’au sommet de Lisbonne fin 2010, qui avait justement comme objectif de redonner un nouveau souffle à cette relation entre l’Alliance atlantique et la Russie”. […]

 »Jusqu’alors, l’Otan a tout juste réussi à obtenir un accord de principe sur la question de l’association de la Russie à un bouclier antimissile. L’Otan rappelle qu’elle souhaite “une architecture antimissile reposant sur deux systèmes distincts : l’un russe et l’autre occidental”.

 »Pour autant, l’Alliance atlantique a catégoriquement rejeté l’idée d’un partage de l’espace européen en plusieurs zones de responsabilité militaire. Juste avant la réunion de Sotchi, l’ambassadeur russe à l’Otan, Dimitri Rogozine a rappelé que dans le futur déploiement du bouclier, il y aurait des limites à ne pas dépasser. “D’ici 2018-2020, le bouclier antimissile occidental va se rapprocher des frontières de la Russie, au point de couvrir nos bases nucléaires stratégiques, nous ne pouvons pas accepter cela, car cela reviendrait à faire d’une arme de défense, une arme offensive”

 »Pas question, donc, pour Moscou, de voir une partie de son territoire placée sous le contrôle d’un système commandé par les Occidentaux. “En Russie, on assiste à un débat très vif entre des responsables politiques qui seraient assez favorables à un rapprochement avec l’Otan, et des militaires dont certains ont été formés durant la guerre froide, et qui sont hostiles à un bouclier antimissile qui selon eux dévaluerait le potentiel militaire de la Russie”, conclut Thomas Gomart de l’IFRI. »

Donc, pas un mot sur la Libye... Pourtant, c’est de Libye dont il est essentiellement question à Sotchi, lorsqu’il s’agit de faire croire que l’on parle sérieusement de matières consistantes, notamment de le faire croire à l’“extérieur proche” (nous donnerions volontiers ce surnom à la presse-Système transportée à Sotchi pour “couvrir” la chose). Sans verve particulière ni entrain notable, le ministre Lavrov nous a révélé que l’OTAN et la Russie ne s’entendaient sur rien mais étaient d’accord sur l’essentiel, – il faut régler ce problème dans la paix… Dixit Lavrov : « Nous avouons sincèrement que nous n’avons pas encore la même vision que l’Otan sur l’application de la résolution [1973]. Cependant nous sommes absolument d’accord qu’il n’y a pas d’alternative à un règlement pacifique. »

Le sommet de Sotchi avait été précédé, la semaine précédente, de diverses déclarations de Rogozine, exprimant son désaccord, ses critiques, son insatisfaction concernant la conduite de l’OTAN en Libye, et particulièrement “certains pays de l’OTAN”. Ce qui montre que toutes les colères mènent à une impuissance commune (celle de Sotchi), – signe, après tout, que Russie et OTAN sont effectivement dans une sorte de commune entente.

• Rogozine affirme notamment (le 30 juin 2011) que l’OTAN prépare une opération terrestre en Libye, – ou, dans tous les cas, “certains pays de l’OTAN” : « Je pense qu’une opération terrestre est en gestation. Sinon l’Otan en tant qu’organisation, du moins certains de ses pays membres ayant pris goût à la guerre dans ce pays d’Afrique du Nord sont prêts à la lancer”, a déclaré le diplomate [Rogozine] lors d’un duplex Moscou-Bruxelles organisé par RIA Novosti. »

• Le 30 juin 2011 également, Rogozine a demandé aux Français de s’expliquer sur leurs livraisons d’armes aux rebelles libyens du CNT… « “Nous avons aujourd’hui demandé à nos collègues français si l’information faisant état de la fourniture d’armes par la France aux rebelles libyens correspondait à la vérité. Nous attendons la réponse. Si cette information se confirme, on pourra parler d’une violation grossière de la résolution 1970 du Conseil de sécurité de l’Onu”, a-t-il indiqué jeudi aux journalistes. » Les Français répondent indirectement qu’ils livrent des armes parce que c’est une bonne chose de livrer des armes, – notamment, cette observation de type Bouvard-Pecuchet, par la bouche du désormais incroyable ministre français des affaires étrangères Juppé, dont l’activité depuis son arrivée aux affaires représente une chute dans la bassesse assez remarquable par rapport à ce qu’on en attendait. (Dixit Juppé : « Tous les moyens sont bons pour protéger la population civile. Nous avons informé le Conseil de sécurité et nos partenaires de l’Otan de nos livraisons… »)

…Ainsi nous arrêterons-nous là, en constatant sans grande originalité que l’OTAN est un système absolument bloqué, fidèle reflet à son niveau du grand Système général. L’OTAN est figée dans des politiques déstructurantes qu’elle ne contrôle pas, sur lesquelles elle n’a aucun pouvoir et qu’elle exécute fidèlement. Il n’est nul besoin, ni de contrôle, ni de pouvoir, pour reconnaître, d’instinct dirons-nous, ce qui s’insère parfaitement dans la politique-Système. Il en découle que les pays de l’OTAN sont dans une position assez similaires, eux-mêmes entrainés dans des politiques-Système, qu’ils favorisent peu ou prou au départ, lorsqu’un dirigeant politique a l’impression de tenir le gros lot pour en faire un gros coup pour son destin électoral. (Sarko et la Libye, avec le joker BHL, lorsque BHL avait encore quelque usage ; tous ces acteurs, de circonstance et de complément, étant à la fois manipulateurs et manipulés et se retrouvant dans un courant ou l’autre de la politique-Système, jusqu’à ce qu’une chasse d’eau évacue le tout.)

Le blocage dont nous parlons affecte aussi bien les interlocuteurs de l’OTAN, comme la Russie. Outre la Libye, le réseau antimissiles BMDE est un excellent exemple. L’affaire était terminée à l’automne 2009, dans le cadre de l’accord START, après la décision de BHO de septembre 2009 (ainsi le pensions-nous fort naïvement si l’on considère la situation actuelle, croyant encore, alors, à l’existence de la politique, – comme les choses courent et comme le temps passe). Etant terminée effectivement, l’affaire des antimissiles est repartie d’elle-même, selon sa propre dynamique, a repris tous ses aises et en a même profité pour envisager d’étendre ses ailes bien au-delà de la zone OTAN. Le Pentagone envisage aujourd’hui de faire entrer Israël dans le réseau, ce qui le conduirait inévitablement à envisager d’y inclure des pays arabes, pour ne pas provoquer des complications diplomatiques avec ceux-ci. On peut même envisager que le système devrait être un jour proposé à ceux dont il prétend nous défendre, – l’Iran, précisément, – parce que les voisins de l’Iran eux-mêmes convoqués pour participer à ce réseau seraient conduits à juger que c’est là le meilleur moyen de ne pas envenimer leurs relations avec ce même Iran. Cette évolution grotesque semblerait être le destin inéluctable de ce système complètement hors du contrôle de la direction politique et d’aucune capacité humaine réfléchie. A terme, l’OTAN pourrait se retrouver impliqué dans un réseau incontrôlable, aux finalités de plus en plus rocambolesques et incompréhensibles. Mais nous n’en sommes pas là et il est probable que nous n’en arriverons jamais là, simplement parce que le Pentagone n’a plus la capacité (budgétaire, technique, organisationnelle et opérationnelle) de mener à terme ses programmes. Le réseau BMDE joue donc son rôle intermédiaire devenu rôle principal qui est de verrouiller la paralysie de l’OTAN et des relations de l’OTAN avec les autres, particulièrement la Russie.

Ils sont donc venus à Sotchi… Ce fut moins pour vérifier l’état des relations de l’OTAN avec la Russie que pour avoir une nouvelle fois confirmation de ce que la surpuissance et la dynamique d’autodestruction du Système assurent, conjointement, la complète paralysie des situations politiques ; cela, pour ceux qui croient encore nécessaire de s’agiter en fonction de lui (du Système).


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