COMITE VALMY

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Jacques Nikonoff : « Aucune politique de gauche n’est possible avec l’euro »

mercredi 13 juillet 2011, par Comité Valmy


Recueilli par Dominique Albertini

12 juillet 2011

Grèce, Portugal, demain peut-être l’Italie... La crise des dettes souveraines menace la stabilité de la zone euro et fait la monnaie unique un enjeu de la prochaine élection présidentielle. Libération.fr donne la parole à des économistes partagés sur l’avenir de l’euro.

Premier entretien : un partisan de la sortie de l’euro, Jacques Nikonoff, professeur associé à l’Université Paris VIII, porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP), ex-président d’Attac et auteur de Sortons de l’euro !.

Pourquoi faudrait-il, selon vous, sortir de l’euro ?

Parce qu’aucune politique de gauche n’est possible avec l’euro. Par exemple, sans être responsable du chômage, de la précarité et de la pression sur les salaires, l’euro a aggravé ces phénomènes et empêche de les résoudre. L’euro est surévalué, il est trop cher. Donc il réduit nos exportations, accélère les délocalisations, encourage les importations, fait pression sur les salaires. De plus, il a été conçu comme une monnaie de réserve concurrente du dollar pour attirer les capitaux ; la BCE a donc mené une politique de taux d’intérêt élevés qui a dissuadé l’emprunt et bloqué la croissance.

Enfin, la monnaie unique entraîne une politique monétaire unique pour des pays aux situations économiques très différentes : certains ont besoin de taux d’intérêt forts, d’autres faibles. Des pays comme l’Allemagne ont des conceptions monétaires héritées de leur histoire, qui interdisent aux banques centrales de prêter à l’État.

Quel serait le scénario d’une sortie de l’euro ?

D’abord, il faut la victoire électorale d’un rassemblement qui comprenne que la sortie de l’euro est la condition pour résoudre le problème de l’emploi, des salaires et de la protection sociale. Le soir même de son élection, le nouveau président de la République devra annoncer qu’il convoquera un référendum le jour des législatives. Il posera la question : « Acceptez-vous que la France se retire de l’Union européenne, conformément à l’article 49A du Traité de Lisbonne ? ». Avec pour conséquence la sortie de l’euro et la suppression du titre 15 de notre Constitution qui a intégré le traité de Lisbonne malgré le résultat négatif du référendum de 2005 !

Ensuite ?

Ensuite les choses vont très vite : le nouveau président annonce la réquisition de la Banque de France, des banques et des compagnies d’assurance, le contrôle des mouvements de capitaux et des changes, la dévaluation du franc qui devient non convertible, l’annulation des plans d’austérité, la hausse du SMIC et des allocations chômage, l’échelle mobile des salaires et des prix, la fermeture provisoire de la Bourse et celle, définitive, du marché obligataire. Pour financer l’Etat, il impose aux banques et aux compagnies d’assurance l’achat régulier de bons du Trésor, et à la Banque de France de lui prêter sans intérêt.

C’est Noël...

C’est la solution ! A la Libération, comment finance-t-on la reconstruction ? Par la création monétaire qui permet de redémarrer très vite l’activité économique. Ce n’est pas de la magie, c’est de l’histoire économique.

Pourquoi ne pas plaider d’abord pour une réforme de la gouvernance de l’euro, qui permette aux Etats de décider eux-mêmes de la politique à suivre ?

C’est impossible. La Banque centrale européenne est indépendante, elle ne peut pas être gérée par les États. De plus, les traités disent que la concurrence doit être libre et non faussée. Or, une politique économique implique justement de changer les conditions de la concurrence. Enfin, il faudrait l’accord unanime des 27 pays membres pour changer le traité de Lisbonne, ce qui n’est pas envisageable à court terme.

Les partisans de l’euro prédisent une explosion de la dette en cas de sortie. Que répondez-vous ?

Partout, il faut faire défaut sur la dette, c’est à dire arrêter de rembourser les spéculateurs. La dette vient des politiques néolibérales qui ont encouragé la spéculation. A partir de 1973, une loi a interdit à la Banque de France de prêter à l’Etat sans intérêts. C’est à partir de cette époque que la dette a commencé à s’accumuler. Dubaï il y a deux ans, l’Argentine en 2002, ont fait défaut sur leur dette, avec succès. C’est un non-problème.

La dévaluation du franc nouveau n’aboutirait-elle pas à une guerre des dévaluations en Europe ?

Ce n’est pas un argument sérieux, car si les autres pays restent dans l’euro, ils ne pourront dévaluer ! En France, il y a eu dix-sept dévaluations au XXe siècle. Certaines ont réussi, d’autres non. La démarche que je propose n’est pas agressive. Au contraire, la France devra négocier des accords bilatéraux sur la base de la Charte de la Havane, conçue au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, qui préconise un commerce fondé sur l’équilibre de la balance des paiements. En sortira un nouvel ordre commercial qui rejette le libre-échange et favorise la coopération. Les pays qui ne signeront pas ces accords visant à la construction de ce nouvel internationalisme se verront exposés, c’est vrai, à des mesures protectionnistes.

Si le nouveau franc est dévalué, il faudra payer beaucoup plus cher pour certains produits importés, comme le pétrole ?

C’est un sujet tout à fait réel, d’autant que les importations d’énergie représentent les deux tiers du déficit français. Il faudra mettre en place un fonds de stabilisation des prix du pétrole. Nous sommes actuellement obligés d’avoir quatre-vingt-dix jours de réserves stratégiques. Portons ce stock à un an. Pour l’alimenter, pourquoi ne pas explorer des partenariats avec un producteur comme le Venezuela, avec qui on pourrait payer en échange de services et non de dollars, par exemple ? Par ailleurs la taxe sur les produits pétroliers (TIPP) doit être ajustable pour lisser les prix à la pompe.

Quelle différences entre ce plan et celui que propose le Front national ?

Elles sont très simples : pour le FN, la sortie de l’euro est un but en soi à vocation de racolage électoral sans aucune chance de succès, alors que pour moi il ne s’agit que d’un moyen de résoudre les problèmes du pays. Ensuite, cette sortie doit s’inscrire dans une visée universaliste, pas nationaliste, pour aller vers un nouvel ordre commercial international fondé sur la solidarité et la coopération et non sur la confrontation. La sortie « groupée » de l’euro proposée par le FN est illusoire, car les pays qui sortiront le feront chacun à leur rythme. Enfin, Marine Le Pen propose de négocier pendant six à huit mois : pendant ce temps, la France sera livrée au pillage des marchés financiers.

Il semble peu probable que le vainqueur de 2012 soit un anti-euro...

On ne sortira pas de l’euro en 2012 sous cette forme. Mais il est clair que tout ceci va exploser. On ne sait juste pas quand, ni comment.

http://www.liberation.fr/economie/01012348580-aucune-politique-de-gauche-n-est-possible-avec-l-euro

2 Messages de forum

  • Et alors ?

    Dette : rien de nouveau depuis Keynes et Shakespeare

    On n’en finira pas avec la crise de la dette tant qu’on ne décidera pas à faire ce que ces deux grands britanniques ont préconisé chacun à leur façon. Keynes a montré comment l’intérêt de la monnaie, donc la finance était lié au chômage : si les financiers investissent peu dans l’entreprise, comme c’est le cas actuellement, c’est qu’ils trouvent plus intéressant de prêter l’argent, surtout dans le court terme avec un meilleur rendement et un risque calculé équivalent ou même inférieur à cet investissement. Il suffit de prêter à tours de bras et d’acheter des actions et obligations qui permettent un rendement à court terme. Quitte à ce que les entreprises s’étiolent (les PME-PMI en particulier) et se lancent dans des plans sociaux : quel doux euphémisme pour éviter de dire débaucher comme auparavant !

    C’est ce qui se passe depuis quelques dizaines d’années dans nos pays occidentaux. Chaque Etat (quand on dit l’Etat, c’est forcément nous), est obligé d’intervenir pour aider les entreprises à embaucher par compensation : c’est un système qui tous comptes faits, entre les exonérations de charges et les aides directes se montent en moyenne à plus de 170 milliards d’Euros ! D’où le déficit chronique et le gonflement de la dette que l’on connaît. Keynes a préconisé d’augmenter la croissance pour relancer l’Economie et réduire le déficit et certainement pas la rigueur qui entraîne encore plus vers l’abîme dans une logique implacable : plus on bloque les salaires, plus on réduit les dépenses, moins les entreprises produisent (la consommation diminue), et moins elle produisent, plus le chômage augmente, dans un cercle vicieux dont on ne peut sortir qu’avec fracas.

    Quant à Shakespeare, (Marchand de Venise) il a clairement montré qu’un prêteur prenait un risque en prêtant, même s’il prenait en garantie une livre de chair. Ce qui en fait revient à se garantir sur la vie même du débiteur. Celui-ci était noble, on ne pouvait bien entendu faire agir la garantie sans attenter à sa vie. Que serait-il advenu s’il s’était agi d’un simple roturier ? On comprend l’allégorie : les pauvres, ou du moins les classes inférieures, qui déjà n’ont pas eu les moyens d’épargner comme ceux de la classe supérieure, qui d’ailleurs empruntent moins, vont être encore plus endettés, et dépensant moins, vont moins consommer. Actuellement ce tour de passe-passe est préconisé par nos dirigeants : on fait passer la dette nationale sur le dos de ceux qui déjà n’avaient pas les moyens de vivre sans crédit.

    Quant à vouloir réduire les dépenses budgétaires en diminuant les niches fiscales, qui au demeurant étaient des incitations indirectes à investir, donc à faire tourner l’Economie, elles vont à l’encontre de la croissance et vont également accroître le cercle vicieux. La solution est évidente, aller chercher l’argent là où il est, chez les financiers, par des prélèvements fiscaux qu’ils soient issus des plus-values boursières, des paradis fiscaux (on n’en parle plus, sérieusement), et les forcer à rendre gorge à des taux d’intérêt nuls ou presque : ce sont eux qui veulent prélever leur livre de chair. Ou comme le marchand de Venise, vont partir après avoir perdu leur bel argent : n’avaient-il pas pris ce risque au départ ?

    Ce qui revient à dire que même avec le retour à une monnaie nationale, - comment faire sinon , - qui se dévaluera peut-être, et alors ? -, le prêteur perd en partie sa mise, l’export reprend et l’entreprise embauche, l’importation se réduit, ce qui permet à des entreprises internes de démarrer à nouveau. Vous avez dit protectionnisme ? Et alors ? Seuls les pays à excédent commercial vont en pâtir, telle l’Allemagne, la Chine, le Japon, etc. Que devient l’Europe ? Comme auparavant un simple marché commun dans lequel salariés et entreprises fonctionnaient mieux, si ce n’était pas non plus le Pérou. Dans ces années le chômage était faible (2% en France en 1960). Pourquoi on en est arrivé là ? Posez la question aux élites qui nous ont gouvernés, et qui continuent à le faire. « On ne résout pas les problèmes avec des modes de pensée qui les ont engendrés » Albert Einstein.

    Voir en ligne : Et alors ?

  • François Mittérrand, juste quelques temps après son élection, stop son programme et donne pour toute raison cette déclaration : "il y a un avant et un après l’élection. Beaucoup ont crié "au scandale" ou "à la trahison" mais en réalité, il nous transmettait un message sur le blocage de l’outil politique via l’argent créé uniquement sur la dette (ce que j’explique dans mon livre consultable gratuitement sur le net). Pour remettre le pays sur les rails, il y a effectivement obligation de récupérer la création monétaire d’une manière ou d’une autre et pour cela la sortie de l’euro est inéluctable, incontournable, obligatoire. Cela peut se faire également via la mise en place à la base d’un système d’échange local où l’argent serait créé sur le travail, une récupération populaire de la création monétaire gérer par tous dans des SCIC locales. A moins que certains rêvent encore d’une Europe sociale, ou la création monétaire serait faite par décision des gouvernements qui la composent via une BCE publique. Cela sera peut-être possible un jour, encore faudrait-il que quelqu’un montre la voie, que tout le monde soit d’accord, que tout le monde comprenne les tenants et aboutissants de cette tactique afin d’élaborer une stratégie commune économique nouvelle revenant à des bases économiques saines. Cela résoudra une partie des problèmes dû au système marchand mais ,ne permettra pas de sortir du capitalisme, à moins que le l’on revienne au niveau européen à un capitalisme aménagé tel que cela fut fait décidé en 1943 et mis en place en 1946 par le conseil national de la résistance.

    Voir en ligne : Des constats de notre société et de notre devoir à la transformer


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