COMITE VALMY

Accueil du site > - DESINFORMATION, MANIPULATION MEDIATIQUE et LIBERTE DE LA (...) > La lettre de Voltaire à Damilaville du 1er avril 1766

"Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu".

La lettre de Voltaire à Damilaville du 1er avril 1766

Source :Blog international du Collectif « Indépendance des Chercheurs » (France) 04 02 09

jeudi 5 février 2009, par Comité Valmy

Quels sont les enjeux, pour l’ensemble de la société, de l’actuelle stratégie gouvernementale visant de plus en plus ouvertement à la disparition programmé du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) et de l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale), des universités et écoles publiques, du statut de fonctionnaires des agents de la recherche, de l’enseignement supérieur et de l’éducation nationale... ? La cible n’est autre que l’existence même de ces activités en tant que services publics indépendants et à la portée de tous. Dans ce domaine, le remplacement programmé du CNRS et de l’INSERM par des universités privatisées va beaucoup plus loin que la pire des politiques développées aux Etats-Unis par les administrations républicaines (Reagan et les Bush) au cours des deux dernières décennies. Mais quels intérêts sert, sur le plan des rapports des forces dans la société, la suppression de ces services publics ? Une lettre de Voltaire écrite il y a deux siècles et demi (1766) paraît fort parlante à propos des véritables enjeux de l’accès aux connaissances, et de leur importance sociale. L’oublier serait une grave erreur.

Dans sa lettre du 1er avril 1766 à l’écrivain Etienne-Noël Damilaville, Voltaire expose très clairement la « nécessité » pour les milieux bourgeois d’une « populace » vivant de son travail, qui a vocation à être « guidée » mais pas « instruite ».

Dans ce cas, extrapolant une telle pensée à notre époque : quel intérêt, pour les financiers et les grands industriels, à préserver l’existence d’une recherche scientifique et technologique publique comme celle qu’incarnent le CNRS ou l’INSERM, des universités, lycées et écoles publics, ou encore d’une information scientifique publique indépendante ?

Suit le texte de cette lettre, tiré d’un volume des oeuvres complètes de Voltaire (Correspondance générale, Ed. Th. Desoer, Paris 1817), diffusé par Google Books :

« Lettre de Voltaire à M. DAMILAVILLE

1er Avril 1766

Le Philosophe sans le savoir, mon cher ami, n’est pas à la vérité une pièce faite pour être relue, mais bien pour être rejouée. Jamais pièce, à mon gré, n’a dû favoriser davantage le jeu des acteurs ; et il faut que l’auteur ait une parfaite connaissance de ce qui doit plaire sur le théâtre. Mais on ne relit que les ouvrages remplis de belles tirades, de sentences ingénieuses et vraies, en un mot, des choses éloquentes et intéressantes.

Je crois que nous ne nous entendons pas sur l’article du peuple, que vous croyez digne d’être instruit. J’entends, par peuple, la populace qui n’a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capaciité de s’instruire ; ils mourraient de faim avant de devenir philosophes. Il me paraît essentiel qu’il y ait des gueux ignorants. Si vous faisiez valoir, comme moi, une terre, et si vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon avis. Ce n’est pas le manoeuvre qu’il faut instruire, c’est le bon bourgeois, c’est l’habitant des villes : cette entreprise est assez forte et assez grande.

Il est vrai que Confucius avait dit qu’il avait connu des gens incapables de science, mais aucun incapable de vertu. Aussi doit-on prêcher la vertu au plus bas peuple ; mais il ne doit pas perdre son temps à examiner qui avait raison de Nestorius ou de Cyrille, d’Eusèbe ou d’Athanase, de Jansénius ou de Molina, de Zuingle ou d’Œcolampade. Et plût à Dieu qu’il n’y eût jamais de bon bourgeois infatué de ses disputes ! Nous n’aurions jamais eu de guerres de religion ; nous n’aurions jamais eu de Saint-Barthélemy. Toutes les querelles de cette espèce ont commencé par des gens oisifs qui étaient à leur aise ; Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu.

Je suis de l’avis de ceux qui veulent faire de bons laboureurs des enfants trouvés, au lieu d’en faire des théologiens. Au reste, il faudrait un livre pour approfondir cette question ; et j’ai à peine le temps, mon cher ami, de vous écrire une petite lettre.

Je vous prie de bien vouloir me faire un plaisir, c’est d’envoyer l’édition complète de Cramer à M. de la Harpe. Ce n’est pas qu’assurément je prétende lui donner des modèles de tragédie ; mais je suis aise de lui montrer quelques petites attentions dans son malheur.

Je n’ai point reçu le panégirique fait par M. Thomas. Sûrement on fait examiner secrètement le Dictionnaire des Sciences, puisqu’il n’est pas encore délivré aux souscripteurs. Mais qui sont les examinateurs en état d’en rendre un compte fidèle ? Faudrait-il qu’un scrupule mal fondé, ou la malignité d’un pédant fit perdre aux souscripteurs leur argent, et aux libraires leurs avances ? J’aimerais autant refuser le paiement d’une lettre de change, sus prétexte qu’on pourrait en abuser.

Voici trois exemplaires que M. Boursier m’a remis pour vous être envoyés. Il dit que vous ne ferez pas mal d’en adresser un au prêtre de Novempopulanie. Vous boyez que la justice de Dieu est lente, mais elle arrive : Persequitur pede pœna claudo. Il y a des gens auxquels il faut apprendre à vivre, et il est bon de venger quelquefois la raison des injures des maroufles.

Nous avons ici la médiation, et je crois que vous ne vous en souciez guère. J’attends toujours quelque chose de Fréret. On dit que ma nièce de Florian passera son temps agréablement à Ornoi : vous irez la voir ; elle est bien heureuse.

Adieu, mon très-cher ami ; je vous embrasse bien tendrement.

Ecr. l’inf... »

4 Messages de forum

  • La lettre de Voltaire à Damilaville du 1er avril 1766

    9 février 2009 09:28, par Roquefornication

    Les chercheurs ont été bien inspirées de montrer ce Voltaire qui défendit les libertés d’expression, sous ce jour de bon bourgeois traitant du moyen de garder sa fortune en programmant l’inculture de ses serviteurs.

    Il n’est pas besoin d’être bien instruit, et encore moins intelligent pour comprendre que la mercenaire Pecresse applique le même principe, avec un doigt d’avarice - après tout le CNRS rapporte moins que des swaps - et un zeste de vengeance contre ces scientifiques qui comprennent rapidement combien le savoir est dangereux à partager, pour la racaille au pouvoir.

  • La lettre de Voltaire à Damilaville du 1er avril 1766

    10 février 2009 17:50, par troglodix
    rien d’étonnant de la part d’un barbare radotant qui s’est enrichi grâce à la traite des esclaves africains... C’est même d’une très grande logique.
  • Au lecteur de cet article, je tiens à donner quelques informations concernant le Collectif « Indépendance des Chercheurs » . Ce collectif regroupe des personnes ayant pour but de faire exploser les Etats-nations et d’arriver à un nouvel ordre mondial basé en particulier sur des principes ethnicistes. J’ai eu l’occasion d’avoir une petite conversation avec eux sur un autre site :

    Voir en ligne : L’Europe rappelle à l’ordre l’Espagne sur la place des langues régionales

  • La lettre de Voltaire à Damilaville du 1er avril 1766

    16 février 2009 16:48, par chantal

    salut

    Il y a un philosophe qui est aussi scientifique qui s’appelle "LEIBOVITZ" qui disait de mémoire : " L’état est un cadre et ce cadre doit gérer le minimum et ce minimum serait beaucoup". Cette maxime je l’approuve de tout coeur et tout attendre de l’état n’est pas à mon sens une bonne chose qui risque de finir très mal, notre histoire nous le confirme car un système qui entend contrôler et dominer totalement la totalité de la vie de la totalité des populations, au profit d’une caste de privilégiés et qui interdit et réprime toute tentative de “dépassement”, de remise en question.cela s’appelle du totalitarisme

    Nous devons prendre conscience que l’avenir dépend de l’homme et cette crise que nous traversons est une crise de l’homme très profonde. Si l’homme et la femme étaient des êtres humains ou spirituels nous ne serions pas en crise. Voltaire parlait de vertu, alors soyons de grand vertueux et l’Etat ne servira plus à grand chose

    Chantal


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette