COMITE VALMY

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A ceux qui veulent instrumentaliser les morts...
Réponse d’outre-tombe

mardi 26 juillet 2011, par Comité Valmy


Armée du peuple et de la nation


De 1950 à 1954, les États-Unis, et leurs agents appointés, Jean Monnet et Robert Schuman, se sont battus comme des chiens pour instaurer la Communauté européenne de défense (CED) et soumettre ainsi les nations européennes aux carcans de l’OTAN et de la CEE. Contre toute attente, la manœuvre a échoué, par une salutaire union des gaullistes, des communistes et de quelques autres députés.

Le courage des militaires a également été une composante précieuse de ce succès exceptionnel, sans lequel la France aurait été précipitée dès les années cinquante dans le piège OTAN-Union européenne.

Où en serait la France aujourd’hui, si, par la suite, l’état-major n’avait tenu bon, s’il n’avait pas capitulé en cédant déjà à la pensée unique euro-atlantiste, en oubliant la leçon suivante de l’instructeur Charles de Gaulle :

« Retenez cette leçon, l’histoire n’enseigne pas le fatalisme, il y a des heures où la volonté de quelques hommes brise le déterminisme et ouvre de nouvelles voies. Quand vous déplorerez le mal présent et que vous craindrez le pire, on vous dira : ce sont les lois de l’Histoire, ainsi le veut l’évolution ; on vous l’expliquera savamment ; redressez-vous, Messieurs, contre cette savante lâcheté. C’est pire qu’une sottise, c’est le péché contre l’esprit ». [1]


En 1954, sans l’esclandre du Maréchal Juin [2], il est probable que l’engourdissement des consciences (qui fait aujourd’hui un malheur) aurait faire courir le risque d’une ratification du traité instituant la Communauté européenne de défense. Cet évènement est la preuve que le courage et la loyauté de l’État-major solidairement avec la Nation et le peuple français peuvent contribuer à inverser le cours de l’Histoire, contrairement au triste état d’esprit actuel de beaucoup de gradés qui interdisent - à raison - les reproches concernant les soldats morts au combat sans, par ailleurs, condamner la récupération politique de ces drames. Par cette grave lacune, ils participent, consciemment ou non, à une manœuvre de pure propagande politique sans laquelle les errements en Afghanistan et en Libye ne seraient pas tolérés. Un exemple ici : [3]


CHARLES DE GAULLE - Conférence de presse du 7 avril 1954 (MÉMOIRES D’ESPOIR, page 583)

Q. - Voudriez-vous indiquer comment vous jugez les sanctions prises à rencontre du Maréchal Juin ?

R. - Voici un grand chef militaire qui a, naguère, en Italie, mené à la victoire l’armée que je lui avais confiée. Il a, ensuite, à mes côtés, comme chef d’état-major de la Défense Nationale, pris une part extraordinairement valable à la conduite militaire de la guerre jusqu’à la capitulation de l’ennemi. Il se trouve, actuellement, désigné pour commander, le cas échéant, la bataille dont dépendrait le sort de l’Europe et celui de la France.

Or, sans sa participation, on a bâti dans les coulisses un certain système de défense de l’Europe et du pays. On en a fait un traité avec nos ennemis d’hier. Quand ce traité était signé et qu’on n’y pouvait plus rien changer, on a consulté le grand chef. On l’a fait, d’ailleurs, non point franchement et loyalement sur l’ensemble des dispositions dont dépendrait, cependant, le sort de la bataille dont il serait responsable et de l’armée française où il occupe le premier rang, mais d’une manière oblique et seulement sur des points dits « techniques ». Son avis fut tout de suite défavorable. Sa désapprobation alla en se renforçant à mesure qu’il pu apprécier les conséquences de ce texte, embrouillé comme une mauvaise conscience.

Pourtant, l’attitude des gouvernants à l’égard du traité ne fut nullement modifiée par l’avis du Maréchal Juin. Bien pire, ces gouvernants se gardèrent de faire connaître dans quel sens concluait cet avis. En raison de cette injustifiable dissimulation, tout se passait, pour la nation française, comme si le Gouvernement avait pris sa décision et déposé devant le Parlement le projet de ratification après consultation du Maréchal Juin, sans aucunement donner à penser que celui-ci condamnait le traité et en laissant, par là, supposer qu il l’approuvait. Qui ne voit qu’il y avait là, à son égard, une véritable escroquerie morale et que celle-ci blessait, non seulement sa dignité de Maréchal de France et les devoirs de sa charge, mais encore sa conscience d’homme et son honneur de soldat ?

Dans ces conditions. Juin pouvait et devait s’expliquer lui-même, ce qu’il a fait à Auxerre devant l’assistance et dans les formes les plus convenables. Il est fâcheux et même dangereux d’avoir, pour le réprouver, exhumé un décret qui porte la date sinistre et significative de 1939. Ceux-là mêmes qui l’ont exhumé n’ont-ils donc pas appris depuis, en une bien grave occasion, que la discipline militaire doit être exigée et, au besoin, imposée, mais du seul côté et pour le seul service de l’indépendance de la France et de la souveraineté nationale ?

Or c’est là, dans ce triste incident, le point qui est essentiel. A l’indépendance, à la souveraineté, le traité porte gravement atteinte.

Ses auteurs en conviennent, d’ailleurs, et vont jusqu’à s’en vanter. A cet égard, certains en sont au point de s’être, pas plus tard qu’hier, associés à une motion d’un aréopage international intitulé Conseil de l’O T A N et qui a poussé l’ingérence dans nos affaires jusqu à blâmer le Maréchal Juin d’avoir désapprouvé le traité qualifié d’européen.

Pourtant, la plupart des puissances représentées à cet aréopage ont refusé d’y adhérer et les États-Unis n’ont, que je sache, rien d européen !

Alors, ces auteurs de traité, quand même ils seraient ministres, n’avaient pas le droit de sanctionner le Maréchal Juin.

Pour la suite des événements, je dois ajouter ceci :

Quelles que soient les fonctions qu’on occupe, les apparences qui les entourent, les assemblées de qui on les tient, on ne saurait prétendre être l’État quand on attente de la sorte à cette indépendance et à cette souveraineté dont, précisément, l’État a pour raison d’être et pour justification de les sauvegarder toujours.

Charles de Gaulle, Mémoires d’espoir


Reproduction libre avec ce lien : DECAPACTU : Réponse d’outre-tombe

Notes

[1] Général de Gaulle, 1922, devant les cadres de l’École interarmées de Saint-Cyr

[2] Le Maréchal Juin a publiquement préconisé, le 31 mars 1954, une solution de rechange au Traité instituant une Communauté européenne de défense. Ayant refusé de se rendre à une convocation du Président du Conseil, il a été relevé par décret de ses fonctions de Vice-président du Conseil Supérieur des Forces armées et de Conseiller militaire du Gouvernement. Il a cependant conservé le commandement Centre Europe des forces du Pacte Atlantique.

[3] -L’armée, la démocratie et le sacrifice d’un soldat


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