COMITE VALMY

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Hommage à Georges Labica décédé le 12 février 2009

"Le refus de la prison capitaliste que représente la prétendue Union Européenne, exprimé par les peuples français, hollandais et irlandais"...Par Georges Labica

« La transition au socialisme en Europe et aux Etats-Unis »

lundi 14 avril 2014, par Comité Valmy

Conférence prononcée le 14 octobre par Georges Labica au Teatro Teresa Carreno, Sala José Felix Ribas de Caracas 14.10.2008 « La transition au socialisme en Europe et aux Etats-Unis »

Cher(e)s ami(e)s et camarades,

A mon tour de remercier nos hôtes vénézuéliens de leur invitation et de leur accueil, comme toujours magnifiques. Avant tout, je vous prierais de m’excuser et de pardonner mon si mauvais espagnol. Mais j’ai pensé qu’il serait préférable pour vous d’écouter un espagnol fort médiocre plutôt qu’un français à peu près correct.

Je confesserai qu’en prenant connaissance du thème qui m’avait été proposé pour la conférence de cette soirée, j’ai éprouvé deux surprises totalement opposées entre elles.

La première me donnait à penser que la question de la transition au socialisme était désormais une affaire réglée pour l’Europe comme pour les Etats-Unis, puisque, de toutes parts, on proclame que la fin des politiques néo-libérales et du règne du marché, donc peut-être du capitalisme est arrivée. « Retour de l’Etat », condamnation de la spéculation et de la « bulle financière », nationalisations et « moralisation », tels sont les slogans affichés aujourd’hui par les banquiers en faillite et les politiques qui les ont couverts. Un journaliste ne craignait pas de dire que Bush avait coiffé la casquette de Lénine et, dans son discours d’hier, votre Président lui donnait comiquement du « camarada ». Mais, trêve de plaisanterie. Ma seconde surprise fut que le fait même de poser la question de cette transition était totalement dépourvu de sens, l’Europe comme les Etats-Unis se trouvant encore fort éloignés de tout changement radical.

Dès lors s’imposait de considérer deux types de réflexion, qu’il ne sera pas possible de développer dans un temps aussi bref que celui d’une conférence.

Quelles sont les raisons de cette apparente impossibilité ?

Je me bornerai à évoquer la nature du capitalisme mondialisé, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Sa spécificité tient à son caractère destructeur. Le temps n’est plus où Marx et Engels soulignaient, dans leur Manifeste, le rôle progressiste joué historiquement par la bourgeoisie, dans la liquidation du féodalisme et dans la révolution permanente des moyens de production. Et ce caractère destructeur n’épargne aucun domaine, du travail, de la santé, de l’environnement, de la démocratie, du social, du judiciaire ou de l’intellectuel et même du financier, le système, ainsi que nous le voyons actuellement, parvenant à se phagocyter lui-même. Un seul exemple : tout se passe comme s’il existait des « hommes en trop », sans emploi, sans papiers, exclus de toutes sortes ; et même des peuples, comme ceux de Palestine ou d’Irak, dont on souhaiterait se débarrasser comme s’il s’agissait d’ordures. Le « démocrate » Clinton ne déclarait-il pas que les Etats-Unis étaient « la seule nation nécessaire » ?

Le cynisme de l’idéologie de la guerre contre le terrorisme, qui s’est substituée à celle des Droits de l’Homme, dénoncée par sa propre hypocrisie, justifie, depuis le Patriot act adopté sur le prétexte des attentats du 11 septembre 2001 (qui n’ont donné lieu à aucune enquête officielle), dans tous les pays, des mesures dites « sécuritaires », qui, en fait, ne visent que la surveillance et la répression de toute forme de contestation, singulièrement populaire. L’Etat, organisateur de l’insécurité a fait de la peur, des peurs, concomitantes des destructions qu’il provoque lui-même, un moyen d’hégémonie, lui assurant le monopole de la violence. Ainsi, la guerre élevée au rang d’une politique et le terrorisme d’Etat redoublent une exploitation économique, portée à son paroxysme, et créatrice d’inégalités sans cesse accrues. L’impérialisme, sous leadership étatsunien, a mondialisé la violence.

Une situation de « servitude volontaire » en est la conséquence, aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis. Elle est due à l’absence de toute perspective résolument anti-systémique, de la part de « gauches », syndicales comme politiques, ralliées au réformisme et à la gestion du capitalisme.

Partant, nous nous trouvons en présence de la situation la plus paradoxale qui soit. D’un côté, la crise démasque les rouages de la domination qui l’ont provoquée, qu’il s’agisse des actions criminelles des bourgeoisies au pouvoir ou de la gouvernance mondiale, que représentent ces véritables associations de malfaiteurs que sont le FMI, l’OMC, ou la BM. D’un autre côté, les masses souffrent encore de leur impuissance à s’emparer de l’opportunité qui leur est offerte de « changer le monde ». Or, l’occasion, en comparaison des précédentes crises, est tout à fait exceptionnelle, en ce qu’elle rend visible, au sens fort, le responsable, ou plutôt l’ennemi en personne, c’est-à-dire le mode de production capitaliste, parvenu au stade de la mondialisation. Un récent sondage, en France, faisait apparaître que telle était l’opinion de 65% des personnes interrogées. Ce qui revient à dire, pour parler clair, que, face aux incalculables désastres qui se préparent, la révolution est à l’ordre du jour.

Comme le disait José Marti : « En lo politico, lo real es lo que no se ve ». Il nous appartient à nous, intellectuels engagés, si minime que soit notre pouvoir, de traverser les miroirs de tromperies et de mensonges, afin de nous faire les échos des luttes des travailleurs qui ne cessent de se multiplier et touchent aussi bien les exclus, en nombre croissant, que les couches moyennes, victimes, à leur tour, du système néo-libéral. Le refus, par exemple, de la prison capitaliste que représente la prétendue Union Européenne, exprimé par les peuples français, hollandais et irlandais, qui bloquèrent le processus d’intégration, lors du referendum sur la nouvelle constitution, témoigne de la possibilité de résistances, malgré la volonté de leurs bourgeoisies d’annuler ces scrutins. Je ne peux développer cette très importante affaire, je souhaite seulement attirer l’attention sur les armes dont nous disposons pour provoquer, impulser et aider la transition. Sans qu’il soit nécessaire, pour cela, de recourir à la fantasmagorie d’un « socialisme du 21 ème siècle », ou de quelque « altermondialisme ». Notre boussole ne consiste pas non plus en la dénonciation de la fiction de « l’Empire » Elle demeure aujourd’hui comme hier la lutte de classes, à la fois internationale, avec les centaines de millions de travailleurs russes et chinois tombés sous l’ordre dominant, et nationale, tant il reste également vrai que chacun doit lutter dans son propre pays, en fonction de son histoire et du rapport des forces en présence. Ajoutons que la « Bête », comme disait ici même, il y a quelques années, Ramsay Clark, en évoquant l’impérialisme étatsunien, est doublement blessée, sur son propre territoire, où elle a donné la preuve de son incapacité face à la catastrophe, qui a frappé la Nouvelle-Orléans, et à l’extérieur, avec les guerres perdues d’Irak, d’Afghanistan et, par Israël interposé, du Liban. En dépit des bras cassés des gauches institutionnelles, syndicales et politiques, des mots d’ordre de portée mondiale, pourraient être avancés en faveur du démantèlement des bases militaires et des paradis fiscaux, de l’opposition à la marchandisation de l’eau, ou à la destruction des services publics, entre autres. Sans oublier que la fin de la propriété privée et la conquête du pouvoir par les travailleurs demeurent des tâches essentielles, et, avec elles, le recours à la violence émancipatrice, chaque fois qu’elle s’imposera.

Mise en ligne cv 14 mars 2009

6 Messages de forum

  • il est souhaitable que les peuples a travers chaque pays reprennent leurs droits a travers leur constitution,il vaut mieux la révolte dans chaque pays,que de laisser les gouvernements ultra-capitalistes nous fromenter une guerre mondiale.NON a l’otan NON a la main mise de l’ultra capitalisme.ESPERONT que les pays qui voteront aux europeennes donneront la majorité aux députés qui sont contre cette europe.
    • Il faudrait voter lors des élections européennes alors que nous avons rejeté cette Europe capitaliste ? Ce serait alors renier notre vote et reconnaître implicitement l’existence d’une U.E. dont nous ne voulons pas ! Quel non-sens !
    • Cela ne changera rien, les députés n’ont pas de pouvoir. Le pseudo conseil des ministres n’a pas le pouvoir : l’UE n’est pas démocratique, elle est dirigée par la Commission de Bruxelles, qui a toujours le dernier mot.

      L’UE est un état supranational, totalitaire, car les dirigeants n’y sont pas élus.

      Il ne sert à rien de donner une majorité à des élus sans pouvoir. Il est plus utile de confirmer notre NON du 29 mai 2005 au référendum sur le TCE.

      Plus forte que cette raison, une autre existe : l’UE n’existe plus, car, dans le traité constitutionnel européen, tous les éléments de tous les traités précédents, et cela depuis le traité de Rome, étaient repris. Du fait du vote de rejet de ce traité par les Français, TOUS LES TRAITES SONT ANNULES ET L’UE EUROPEENNE EST MORTE : DONC, ON NE PEUT VOTER POUR OU CONTRE QUELQUE CHOSE QUI N’EXISTE PLUS. DONC LES ELECTIONS EUROPEENNES SONT ILLEGALES ET ILLEGITIMES !

      • @ Marianne,

        Le Conseil des ministres a autant de pouvoir et même plus que la Commission : il la compose, comme il compose la Cour de justice (et même le directoire de la BCE). Mais ce sont évidemment des lobbies qui règnent sur le tout. Non seulement parce que tout le processus de décision est fait pour (par exemple, pour se faire une directive à son goût, il faut commencer par passer les 4 étages de la Commission, puis les assistants parlementaires... dont la moitié provient déjà de lobbies et la plupart souhaitent ensuite travailler soit à la Commission soit dans un lobby). Mais tout simplement parce qu’une poignée de gens incontrôlés et dotés d’un pouvoir officiel immense, ça fait inévitablement une poignée de marionnettes ; un Pouvoir ne tient pas par lui-même ni par les beaux principes qu’on peut écrire dans une constitution.

        Je dirais plutôt : l’UE est un système totalitaire — et non pas simplement dictatorial — car les pouvoirs réels n’y sont pas ceux qu’on croit, ils sont situés au-delà et au-dessus des dirigeants officiels (qui ne sont pas élus). Ils ne sont pas pour autant vraiment occultes, ils sont même très connus en général, du moins de ceux qui suivent un peu, et surtout des dirigeants officiels. Vous pouvez comparer à l’industrie à notre époque, celle de la tyrannie des actionnaires (anonymes) : l’entreprise et le management moderne sont devenus totalitaires précisément parce que le gouvernement de l’entreprise, en général, est lui-même le relai d’une puissance parfaitement extérieure à l’entreprise, parfaitement inaccessible aux salariés, l’ensemble des acteurs de l’industrie étant impuissants s’agissant de s’opposer au diktat de cette puissance extérieure, à commencer par les cadres de direction, tout ce monde étant d’ailleurs sélectionné mécaniquement pour être ce qu’il est. Pour accepter une loi fixée d’avance, par d’autres (on ne peut pas dire qu’ils dirigent, au sens où ils choisissent et ont le pouvoir de changer les choses selon leur volonté). Mais cette puissance extérieure et supérieure n’est pas occulte, elle est même tout à fait perceptible, et son pouvoir immense et direct l’est aussi, aux yeux des salariés, pourvu qu’ils additionnent deux et deux. Mais c’est comme avec l’UE : les salariés, les syndicats, ... s’imaginent seulement pouvoir s’opposer au patron, voire "aux patrons", et quand il s’agit d’imaginer s’opposer à la finance directement, on mesure vite qu’il y a énormément d’échelons à vaincre, en particulier celui du gouvernement.

        Ne pas aller voter ? Je vous comprends, mais en même temps l’abstention — qui va croissant en particulier dans le cas des européennes — favorise assurément les ouistes. La plupart des exclus "manifestent" leur refus des "jeux" truqués en ne votant plus, et même en arrêtant complètement de suivre — et l’UE ne fait évidemment pas exception à la règle ; plus de la moitié des citoyens ignorent qu’il existe des députés européens élus au suffrage direct.

        Je préfère l’idée de faire le maximum pour soutenir les organisations qui s’opposeront clairement à l’UE durant la campagne, et pour préparer un front de gauche... pour 2012. Et croyez bien que ça me fera mal au f... de me dire que si ces organisations, dans l’intervalle, ont pu placer des députés au Parlement européen, elles seront nettement moins enclines, ensuite, à parler de quitter le monstre UE... Dur. ;)

  • Labica était trop optimiste quand il parlait de guerre perdue en Irak. Et trop pessimiste quand il considérait la Chine comme un pays capitaliste ni plus ni moins. Mais il avait raison de définir l’Union européenne comme une nouvelle "prison des peuples".

    Voir en ligne : http://reveilcommuniste.over-blog.fr/


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