COMITE VALMY

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Crimes contre l’humanité
par Alain Corvez

mardi 13 septembre 2011, par Comité Valmy


Medvedev et Bachar à Damas (mai 2010) : En Syrie, la Russie voit l’OTAN venir de très loin


A Moscou M. Juppé a déclaré que la Syrie avait commis des crimes contre l’humanité, reprenant les propos de responsables des Droits de l’homme depuis Washington.

Avant de faire des déclarations aussi graves M. Juppé devrait se renseigner un peu mieux,-il a des services compétents pour cela-, à moins qu’il ne cherche pas réellement à protéger la population syrienne mais à continuer la campagne de mensonges visant à renverser le régime de Bachar El Assad en l’accusant faussement de « tirer sur son peuple ». On ne s’explique d’ailleurs pas ce revirement de la diplomatie française qui accueillait à Paris le 14 juillet 2010 ce même Président Assad avec les plus grands égards, à moins qu’un ordre soit venu de Washington intimer à Paris de cesser cette amitié franco-syrienne pourtant inscrite dans l’histoire et la géopolitique.

La presse arabe et occidentale aux ordres de ses maîtres américano-séoudiens ne fait que reprendre les déclarations de soi-disant responsables de Droits de l’homme ou de groupuscules humanitaires, soutenus par les diverses officines spécialisées dans la désinformation, installés à Londres, Paris, Washington ou encore Amman, qui véhiculent ces mensonges sur la réalité de la situation dans le pays.

Des crimes contre l’humanité en Syrie sont en effet commis par les terroristes organisés militairement et donc soutenus de l’étranger qui veulent renverser le régime. La plupart sont sans doute inspirés par la haine du régime qui a réduit dans le sang les révoltes islamistes de 1982 à Hama et veulent une revanche. Eux, animés par cette haine, ont commis et commettent des crimes contre l’humanité en attaquant sauvagement les policiers et soldats chargés du maintien de l’ordre, afin d’entraîner une répression qui justifiera leur action. Leur technique est au point : ils bloquent une petite unité, l’isolent et massacrent atrocement leurs victimes. Les soldats qui ont eu la chance d’en réchapper mais qui ont été blessés gravement, dont certains amputés, que nous avons pu questionner à l’hôpital militaire de Tichrine racontent comment ils sont tombés dans des embuscades destinées à les tuer de façon horrible.

Là, M. Juppé pourrait parler de crimes contre l’humanité.

Pourquoi le pouvoir tirerait-il sur des manifestants pacifiques qui réclament des réformes démocratiques puisque le processus est enclenché pour les préparer et les mettre en œuvre rapidement. Sans doute pourrait-on dire que le régime n’aurait pas dû attendre les manifestations, désormais autorisées par la police quand elles sont programmées, pour les proposer. Cela est vrai mais à sa décharge on doit reconnaître que depuis son arrivée au pouvoir Bachar El Assad en a effectué quelques-unes, insuffisantes sans doute, et que le temps ne lui a pas été laissé pour agir dans le calme et la durée, les tensions internationales n’ayant pas manqué. Et la France coulait une lune de miel avec cette Syrie depuis 2007, trouvant à juste titre que Damas était un partenaire de choix pour notre politique arabe. Alors, pourquoi s’associer désormais au concert des mensonges visant à renverser un régime authentiquement arabe, respectant toutes les minorités, gérant les modestes ressources nationales avec équilibre afin que personne ne soit dans la misère. Est-ce parce que la politique syrienne a toujours été de soutenir la cause palestinienne contre Israël ? Est-ce parce que le pays accueille généreusement un million et demi de réfugiés iraquiens ? Est-ce parce que ses liens avec l’Iran sont essentiels dans la région ? Mais cela n’est pas nouveau.

Le régime ne tire pas sur son peuple mais assume ses responsabilités étatiques de maintien de l’ordre et cela se passe la plupart du temps normalement, jusqu’à ce que ceux qui ont intérêt à ce que la situation dégénère en affrontement violent provoquent les forces de l’ordre avec des armes de guerre.

Les Syriens rencontrés veulent vivre dans le calme et la fraternité entre les différentes composantes de la population. Les plus ardents à l’exprimer sont les chrétiens qui ont peur de voir se produire chez eux ce qui s’est produit en Iraq, conscient qu’ils vivent dans un des derniers pays arabes où leur sort est encore enviable, protégés par un système impartial (à l’inverse de l’Egypte même de Moubarak), et bénéficiant de l’amitié sincère de leurs frères musulmans.

M. Lavrov, Ministre des Affaires Etrangères de Russie, n’a pas apprécié cette déclaration et a même implicitement accusé M. Juppé de mettre de l’huile sur le feu en Syrie dangereusement. Il a remarqué que ceux qui soutiennent les opposants aux réformes proposées par le pouvoir n’avaient pas pour but de faire avancer la démocratie mais d’amplifier la crise.

Alors M. Juppé, ne parlez pas inconsidérément de crimes contre l’humanité, à moins que votre but ne soit pas de défendre la population syrienne mais d’entrer dans le plan américain d’installer le chaos en Syrie, sans doute pour aider Israël à s’imposer plus facilement dans une région dévastée.

Il faudra bien un jour que cesse cette désinformation écrasante. La domination américaine du monde est encore réelle mais on voit bien que la Russie, la Chine et bien d’autres en sont de plus en plus agacés et qu’ils ne toléreront pas un empiètement trop marqué sur leurs domaines d’influence naturels. On l’a vu déjà en août 2008 quand Moscou a réagi à l’outrecuidance géorgienne, et derrière elle américaine. La Syrie compte pour la Russie qui ne devrait pas l’abandonner au sort libyen qui n’avait pas la même importance pour elle.

Et la France ? S’est-elle résolument et définitivement alignée sur la politique américaine, mettant au rang des accessoires sa politique traditionnelle d’indépendance de tous les blocs ? Les déclarations de M. Juppé semblent aller dans ce sens. Notre politique étrangère ne serait plus que la courroie de transmission de la vision américaine du monde. Les Français qui ont porté au pouvoir cette administration souhaitent-ils ce renoncement à ce qui faisait notre prestige dans le monde, une politique indépendante soucieuse du droit des peuples à disposer eux-mêmes de leur sort ? 2012 le dira peut-être.

Alain Corvez 8 septembre 2011

Alain Corvez Conseiller en stratégie internationale


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