COMITE VALMY

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Dialogue imaginaire le 29 mai 2005, 18H05 au palais de l’Élysée
par Franck de Bouvines

samedi 17 septembre 2011, par Comité Valmy


Pâles intermittents d’un gaullisme estompé et de façade.


Dominique de Villepin : C’est plié, Jacques. Les derniers chiffres donnent le Non à environ 55%. Avec un tel raz de marée, la question de votre démission est sur la table !

Jacques Chirac : Pas question ! J’ai dit que je resterais quoi qu’il arrive, je m’y tiens. Les Français ont voté en sachant que leur vote était déconnecté des échéances intérieures. DDV : Ce n’est pas seulement ça... J’ai consulté les juristes, et il y a un problème de droit. Dès ce soir, et quoi qu’on y fasse, juridiquement, la France ne fait plus partie de l’Union européenne. En deux mots, en votant Non à ce texte qui reprenait tous les traités précédents, les Français ont dit non à l’ensemble, à ce traité, mais aussi à tous les traités précédents, et ce choix est définitif.

Si vous restez, vous devrez donc choisir :

- être le président qui gérera la sortie de la France de l’Union européenne décidée par le peuple, quitte à mettre fin au processus d’intégration européenne.

- être le président qui, passant outre la décision souveraine populaire, piétinant la plus haute norme de la Constitution, sort de la légalité. Pour parler crû, vous recréez ni plus ni moins qu’un pouvoir illégitime en tous points identique à l’État français de Vichy : aujourd’hui comme hier, il s’agit de détruire la nation française contre la volonté du peuple en la noyant dans un ensemble plus vaste dirigé par l’alliance de l’Allemagne avec la finance anglo-saxonne apatride.

JC : Mis à part la Constitution, sur quoi vous fondez vous pour conclure ainsi ?

DDV : Sur les règles intangibles du droit international, Par exemple sur l’article 46 de la Convention de Vienne [1] selon lequel « la violation manifeste et concernant une règle de son droit interne d’importance fondamentale peut être invoqué par cet État comme viciant son consentement » pour conclure à la nullité du traité.

C’est peut dire que la bonne foi impose de reconnaître que l’article 2 de la Constitution - « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » - est une règle d’importance fondamentale et que le vote dénonçant tous les traités européens est définitif.

J’ajouterais que, sur le plan de la légitimité, ayant pris le parti du Oui, vous êtes désavoué sur la question essentielle de l’existence même de la nation et de la liberté du destin de son peuple. De Gaulle a démissionné pour beaucoup moins.

JC : C’est déjà assez pénible comme ça, Dominique. Laissez de Gaulle en dehors de ça.

DDV : Très bien. Dans moins de deux heures, le résultat sera publié. Vos premiers mots devront indiquer votre choix pour l’avenir. Alors, que décidez-vous ? La démission gaullienne, la sortie gaulliste de l’Union européenne ou l’état français pétainiste ?

JC : Votre présentation des choses est excessive. Vous voudriez me pousser dehors pour prendre ma place que vous ne vous y prendriez pas autrement !

DDV : Jacques, vous êtes injuste. Je dis simplement clairement les choses pour vous aider à prendre, dans l’urgence, la bonne décision. Mais je ne vous cache pas qu’à votre place, je démissionnerais.

JC : Et vous, vous annoncez votre candidature ?

DDV : Oui.

JC : Vous aurez Sarkozy dans les pattes ! Il ne vous lâchera rien. Et il a avec lui les médias, les USA, les banquiers et le parti. Vous serez laminé !

DDV : De toute façon, j’aurais tout de même plus de chance en l’affrontant maintenant, plutôt qu’à l’échéance. Mais ce n’est pas la question du jour. Pour l’instant, il faut choisir entre la grandeur suicidaire en respectant le droit et la décision des Français, ou la trahison confortable avec l’étranger, en satisfaisant l’Allemagne, les fédéralistes et les États-Unis. Le premier choix à l’air déraisonnable, mais c’est en réalité le second qui constitue un dangereux saut dans l’illégalité. Bafouer le droit pour soumettre les Français aux intérêts étrangers est peut-être une vieille tradition, mais il faut être bien conscient que ces donneurs d’ordre en demanderont toujours plus, jusqu’à la complète disparition de la France.

JC : Vous m’en demandez de trop, Dominique. Et vous, pourquoi ne m’avoir pas conseillé de ne pas prendre parti ? Pourquoi avez-vous été si convaincant, quand vous faisiez la campagne du Oui ? Sarkozy, lui, a été plus avisé, en restant le plus possible en dehors du débat. Il attend son heure et il serait en bien meilleure position pour l’emporter, si l’élection était avancée. Par ailleurs, une fois élu, il ne se gênerait pas pour accepter sous une autre forme un nouveau traité identique à cette constitution Giscard. Vous savez très bien qu’il est capable de tout, y compris de soumettre l’armée française au Pentagone, de faire adopter les règles constitutionnelles allemandes en France, d’installer al Qaïda au Maghreb, de faire de l’euro une fausse monnaie identique au dollar, etc. Pour moi, le vrai risque, c’est lui. Je préférerais encore voter pour François Hollande, c’est dire !

Quoi qu’il en soit, ma décision est prise et mon communiqué déjà rédigé. Le voici :

Déclaration de M. Jacques CHIRAC, Président de la République.
Palais de l’Élysée - Paris, le Dimanche 29 mai 2005.
Mes chers compatriotes de Métropole, d’outre-mer et de l’étranger,
La France s’est démocratiquement exprimée. Vous avez majoritairement rejeté la Constitution européenne. C’est votre décision souveraine. J’en prends acte.
Pour autant, nos intérêts et nos ambitions sont profondément liés à l’Europe.
La France, pays fondateur de l’Union, reste naturellement, dans l’Union.
Je tiens à vous dire, à dire à nos partenaires européens et à tous les peuples de l’Europe que la France continuera à y tenir toute sa place, dans le respect de ses engagements. J’y veillerai.
Des processus de ratification sont en cours dans l’ensemble des pays de l’Union. Neuf pays se sont déjà prononcés pour le oui. Nos autres partenaires s’exprimeront à leur tour.
D’ici là, l’Union européenne va continuer à fonctionner sur la base des traités actuels.
Nous avons devant nous des échéances importantes. Le 16 juin, le Conseil européen se réunira à Bruxelles. J’y défendrai les positions de notre pays en tenant compte du message des Françaises et des Français.
Mais ne nous y trompons pas, la décision de la France crée inévitablement un contexte difficile pour la défense de nos intérêts en Europe. Nous devrons y répondre en nous rassemblant autour d’une exigence, celle de l’intérêt national.
Mes chers compatriotes,
Au cours de ce débat, vous avez également aussi exprimé vos inquiétudes et vos attentes. J’entends y répondre en donnant une impulsion nouvelle et forte à l’action gouvernementale.
Je vous ferai part dans les tout prochains jours de mes décisions concernant le Gouvernement et les priorités de son action.

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait purement fortuite. (dialogue imaginaire... et imaginable ? Il faut alors faire l’effort d’imaginer un Dominique de Villepin réellement attaché à la souveraineté, au respect du choix populaire, bref un Dominique de Villepin qui aurait su convaincre Chirac de partir, plutôt que de profiter de l’occasion pour devenir 1er ministre...)
Reproduction Internet autorisée avec le lien : Source : DECAPACTU - 29 mai 2005, 18H05, palais de l’Élysée, par Franck de Bouvines

Notes

[1] Article 46 de la Convention de Vienne sur le droit des traités :

( SECTION 2. NULLITÉ DES TRAITÉS

DISPOSITIONS DU DROIT INTERNE CONCERNANT LA COMPÉTENCE POUR CONCLURE DES TRAITÉS )

- 1. « Le fait que le consentement d’un État à être lié par un traité a été exprimé en violation d’une disposition de son droit interne concernant la compétence pour conclure des traités ne peut être invoqué par cet État comme viciant son consentement, à moins que cette violation n’ait été manifeste et ne concerne une règle de son droit interne d’importance fondamentale. »

- 2. « Une violation est manifeste si elle est objectivement évidente pour tout État se comportant en la matière conformément à la pratique habituelle et de bonne foi. »


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