COMITE VALMY

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Egypte : C’est le moment, pour le pouvoir populaire, d’ouvrir le passage de Rafah !
Haidar Eid

mercredi 28 septembre 2011, par Comité Valmy


Dans le problème palestinien, note Haidar Eid, Israël a non seulement colonisé les territoires, mais il s’est aussi assuré une mainmise sur « l’histoire et le discours qui la représentent ». Le droit international s’en retrouve confisqué. A propos du passage de Rafah comme à propos de la naissance d’un Etat palestinien, les injustices dont souffre ce peuple perdurent.


"Le loup est plus compatissant que mes frères". Mahmoud Darwish

Le fait d’écrire à propos du passage de Rafah, après la réussite spectaculaire de la révolution égyptienne à évincer Hosni Moubarak, nous ramène au souvenir affreux du régime du dictateur déposé. Un million et demi de Palestiniens de Gaza ont eu de grandes espérances après que l’ex-Premier ministre égyptien Nabil el-Arabi ait qualifié de honteuse la complicité du gouvernement Moubarak avec Israël dans le siège de Gaza.

28 janvier 2008, les Gazaouis font tomber le mur de Rafah. Suite à cela, le gouvernement égyptien a annoncé officiellement le 29 mai que le passage de Rafah serait ouvert en permanence. Les Palestiniens détenteurs d’un passeport seraient autorisés à passer en Egypte tous les jours de 9h à 17h, sauf les vendredis et jours fériés. Les femmes palestiniennes et les enfants auraient le droit de quitter Gaza sans restriction, tandis que les hommes de 18 à 40 ans devraient obtenir un visa pour entrer en Egypte. En dépit de ces conditions et de l’interdiction de circulation de biens et d’équipements, les Palestiniens de Gaza ont accueilli favorablement cette évolution.
Néanmoins, cette décision ne fut appliquée que pendant deux jours. Elle fut retirée sans préavis et le nombre de personne autorisées à quitter Gaza a été réduit à 300 par jour.

Aucune raison n’a été donnée à ce changement. Les simples habitants de Gaza restent les victimes de cette volte-face politique, leur droit à la liberté de mouvement réduit une fois de plus sans qu’ils aient d’indication sur quand ils pourront espérer voyager librement. Rien ne justifie la fermeture.

Le droit international est parfois cité de façon sélective, y compris par certains militants solidaires de la Palestine, pour justifier la fermeture de Rafah. Leur argument est que Gaza n’est pas un Etat indépendant et que, depuis que l’Autorité palestinienne basée à Ramallah, reconnue au niveau international, a signé l’accord de Rafah 2005 sur les déplacements et l’accès, seule cette entité a le droit de surveiller ce qui passe du côté palestinien de Rafah.

Même les grands média israéliens libéraux font la morale aux Palestiniens de Gaza sur ce qui est le mieux pour eux.

La journaliste Amira Hass fait partie de ceux qui critiquent l’ouverture du passage de Rafah, en se positionnant contre d’éminents signataires de la « Campagne internationale pour l’ouverture du passage de Rafah » tels que Desmond Tutu et Ronnie Kasrils ou le rapporteur spécial des Nations Unies pour les Territoires occupés, Richard Falk. Des écrivains de renommée mondiale, Alaa al Aswani, Adhaf Soueif, Tariq Ali, Radwa Ashour, Mike Marqusee et Benjamin Zephania, pour n’en mentionner que quelques-uns, et les principaux groupes de la solidarité internationale et syndicats ont également apporté leur soutien à l’appel pour l’ouverture de Rafah.



L’argument d’Amira Hass est que l’appel pour l’ouverture permanente et inconditionnelle est « encore une initiative qui se dit elle-même militante et qui est une épée à double tranchant » parce qu’elle n’est pas articulée à une demande de liberté de mouvement entre Gaza et la Cisjordanie – comme si l’ouverture du passage de Rafah nécessitait la fermeture de tous les autres points de passage entre Gaza et Israël.
Confondant tactique et stratégie, Amira Hass ignore simplement le fait que ces six points de passage sont contrôlés par des soldats israéliens à la gâchette facile. Pour elle, « l’initiative apparemment progressiste et militante » pour l’ouverture de Rafah fait de la coupure entre Gaza et la Cisjordanie une « réalité incontestée ».



Pour les tenants de la solution à deux Etats, cette conclusion est évidemment acceptable. Ne pas être capable de voir l’immensité de la souffrance due à la fermeture de Rafah et ignorer que les Palestiniens de Gaza n’ont actuellement pas d’autre sortie, dépasse l’entendement.
Plus important encore, A. Hass semble même ignorer que l’appel pour l’ouverture permanente et inconditionnelle de Rafah émane de la société civile de Gaza et d’organisations de base et que des révolutionnaires égyptiens et des organisations de base ont soutenu l’appel dès sa parution.



RELIRE LE DROIT INTERNATIONAL



La Déclaration universelle des droits de l’homme stipule que : 


1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat.


2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.



Le droit international n’est pas opposé à l’ouverture du passage de Rafah, et même s’il l’était, ce serait à nous, les gens ordinaires, la société civile et les organisations populaires, de créer une nouvelle réalité sur le terrain.
Mais le droit international est très clair : en cas d’urgence, comme par exemple pendant le siège et les massacres à Gaza, les pays voisins tels l’Egypte doivent ouvrir leurs frontières. La Bosnie est un bon exemple récent, où les pays européens voisins ont tenu compte des appels à ouvrir leurs frontières pour les Bosniaques, conformément au droit international. On peut aller plus loin et dire que tout gouvernement imposant, ou aidant à imposer ce siège meurtrier sur Gaza devrait être poursuivi pour crimes de guerre.

Cette question devrait être adressée à l’actuel Secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil el-Arabi, en tant qu’expert en droit international, et parce que ses déclarations sur les relations de l’Egypte avec Israël ont suscité de faux espoirs parmi les Palestiniens assiégés de Gaza.
La réalité est qu’Israël, tant avant qu’après 2005, est la seule puissance qui décide quand ouvrir la frontière et comment interpréter le droit international, s’assurant que ses propres intérêts et ceux des Etats-Unis, ainsi que de l’Occident en général, soient protégés.
Le droit et les accords internationaux peuvent être utilisés, et défendus, comme cadre de lutte pour la garantie et la protection des droits palestiniens (comme la résolution 194 des Nations Unies, qui garantit le droit au retour des réfugiés palestiniens) et si cette utilisation soutient la résistance et la libération nationale.

Ce que je comprends, c’est que le droit international doit servir la liberté, l’égalité et les droits de l’homme.
La restriction de la circulation palestinienne au passage frontalier de Rafah est cependant une décision politique puisque le gouvernement palestinien d’unité nationale, qui a survécu un court laps de temps en 2007 et qui représentait pratiquement toutes les organisations politiques palestinienne, a indiqué à l’Egypte et au Quartet (les Etats-Unis, l’Union européenne, la Russie et les Nations Unies) qu’il acceptait les principes du passage de Rafah de 2005. Cette adhésion palestinienne aux principes n’a jamais été acceptée par le régime égyptien ni par le Quartet, ce qui a eu pour conséquence l’impasse actuelle qui a conduit directement aux morts de plus de 650 Palestiniens à Gaza parce qu’ils ont été dans l’incapacité d’accéder à des traitements médicaux à l’étranger. 



Il est important de noter qu’avant 1967, la Bande de Gaza sous administration égyptienne n’avait aucune frontière contrôlée avec l’Egypte, et les Gazaouis pouvaient circuler à travers le Sinaï jusqu’au Canal de Suez sans aucun blocage. Cette liberté de circulation n’a jamais servi de prétexte pour nier aux Palestiniens de Gaza leur droit à lutter pour revenir dans les villages et villes d’où ils ont été ethniquement nettoyés. Gaza était toujours considérée comme une partie de la Palestine historique. Le même principe s’applique aujourd’hui au sujet des appels à ouvrir Rafah : ouvrir Rafah ne signifie pas qu’on accepte le reste du régime de bouclage d’Israël.



IGNORER LA COLONISATION



Le problème avec la (fausse) interprétation dominante du droit international est qu’elle transforme la question Palestine dans son ensemble en un jeu de langage décontextualisé et post-moderne. Le droit international auquel elle se réfère est vu comme anhistorique et prend en considération l’interprétation de la partie dominante, Israël. Ce discours ignore qu’Israël a colonisé non seulement la terre, mais aussi l’histoire et le discours qui la représentent.

Comme le dit Ilan Pappe dans un contexte différent, Israël a employé son appareil puissant pour propager son récit officiel.
Nous, Palestiniens, sommes engagés dans une lutte de libération nationale et le contexte à Gaza, en particulier avant et après le massacre, requiert un changement complet de paradigme dans notre compréhension des outils de lutte et du programme politique qui doit être utilisé. Le temps est venu du pouvoir du peuple, comme en témoignent les rues du Caire, de Damas, de Sana’a, de Manama et de Tunis.

La population d’Egypte, avec les Palestiniens de Gaza, peut ouvrir la frontière de façon permanente et inconditionnelle, quoi qu’en pensent Israël et ses soutiens à la Maison Blanche et au 10 Downing Street. Leur homme à Sharm El-Sheikh est derrière les barreaux, grâce au sacrifice et au courage de gens ordinaires comme Khaled Said et Ahmed al-Shabat, et ceux des hommes, des femmes et des enfants de Gaza, qui ont réussi à faire tomber par deux fois les murs de ciment à la frontière palestino-égyptienne.

Il y a des leçons à tirer de Gaza 2009.

Nous avons perdu confiance dans la soi-disant communauté internationale qui prétend soutenir le droit international, tant ses organes représentatifs tels que les Nations Unies, l’Union Européenne et la Ligue Arabe sont globalement restés silencieux devant les atrocités perpétrées par Israël-Apartheid. Elles sont donc du côté d’Israël.



Israël déclare Gaza "entité hostile" ? Et alors ? Les messages des officiels citant le droit international pour justifier la fermeture de la frontière, et de quelques activistes et journalistes mal informés, sont une interprétation mécanique du droit qui ne prend pas en compte les vies humaines.

La fermeture de la seule sortie des Palestiniens de Gaza vers le monde extérieur équivaut à un crime contre l’humanité, étant donné le siège israélien et le bombardement continuel sur Gaza. L’Egypte a l’obligation morale et politique d’ouvrir le passage de Rafah de façon permanente, et 24h/24. L’Egypte ne peut pas continuer à soutenir les interprétations opportunistes du droit international qui justifient la privation des médicaments, du lait, de la nourriture et autres produits essentiels à la population de Gaza.

Le caractère sacré des vies humaines devrait primer sur les frontières et les traités, et c’est aux activistes de la solidarité de prendre les devants en portant ce point devant le gouvernement égyptien et les autres

Selon les Conventions de Genève, les Palestiniens, comme tous les autres peuples, ont droit à la liberté de mouvement et la protection contre les punitions collectives comme la fermeture arbitraire du carrefour frontalier.
Aucune fausse interprétation du droit international ne peut passer outre le droit des Palestiniens à la liberté de circulation en et hors Egypte juste parce qu’ils sont aussi, en même temps, engagés dans une lutte contre l’occupation, la colonisation et l’apartheid israéliens.

* Haidar Eid est professeur associé de littérature anglaise à l’Université Al-Aqsa, à Gaza (Source : Electronic Intifada)

http://pambazuka.org/fr/category/features/76632


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