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Les communistes syriens approuvent le véto sino-russe
Par Louis Denghien

mardi 11 octobre 2011, par Comité Valmy


11ème conférence du PCS à Damas, fin octobre 2010

A peu près dans le même temps où Dimitri Medvedev envoyait un avertissement (modéré) à Bachar al-Assad, une délégation de l’opposition syrienne était accueillie à Moscou. Lors d’un entretien accordé à la télévision russe RIA Novosti, le chef de la délégation, Qadri Jamil, a approuvé le récent véto russe et chinois contre le projet de résolution euro-américain condamnant Damas devant le Conseil de sécurité de l’ONU. « Nous sommes arrivés à Moscou pour saluer le veto opposé par la Russie et la Chine au projet de résolution » a déclaré Qadri Jamil. Qui a encore précisé : « Nous apprécions l’amitié de la Russie (…) Ne faites pas confiance aux médias qui disent que l’opposition syrienne condamne ce véto" .

On aura compris que M. Jamil et ses amis ne prennent pas leur consigne à Istambul ni à Washington, bases arrières du Conseil national syrien (CNS), qui fédère – pour le quart d’heure – Frères musulmans, militants « démocrates » à l’occidentale et extrémistes kurdes. Qadri Jamil se trouvait à Moscou à la tête d’une délégation du Parti communiste syrien, formation autorisée et associée au Parti Baas dans le cadre du Front National Progressiste (FNP), coalition de partis autour du Baas dominant. Le PCS, fondé en 1943, a connu de longues périodes d’interdiction et de répression, y compris dans les premières années du régime bassiste. En 1970, Hafez al-Assad le réintroduit dans le jeu politique syrien, en en faisant une composante du Front national progressiste. Mais à la fin des années 70, l’hostilité du PCS à la politique libanaise d’Hafez al-Assad le contraint à renouer avec la clandestinité. Dix ans plus tard, le réformisme de Gorbatchev a entraîné une scission chez les communistes syriens entre partisans de la Perestroika et partisans du statu-quo soviétique. Deux factions du PCS, revendiquant toutes deux et le sigle et la légitimité historique, se retrouvent à siéger au grand jour et au parlement syrien au sein du FNP.

La relative libéralisation amorcée dans les toutes dernières années de la présidence de Hafez al-Assad a permis au PCS, toutes tendances réunies, de s’ »oxygéner » un peu, et notamment de reprendre la parution de ses deux journaux, jusque-là interdits. Avec l’avènement de Bachar en 2000, les deux partis communistes, tout en soutenant mordicus la ligne internationale du régime, ont milité pour des réformes politiques, dénoncé la corruption, mais aussi la politique économique libérale impulsée par les »Bachar boys ».

Un soutien critique à Bachar, face aux Occidentaux

Manifestation du PCS (de soutien au régime face à l’ingérence) à Tartous, début juillet

Depuis le début de la crise actuelle le ou plutôt les PCS ont apporté leur appui à Bachar al-Assad, organisant ça et là des défilés de rue. Qadri Jamil est le secrétaire général du « Comité national pour l’unité des communistes syriens« , qui se revendique de l’opposition. L’autre tendance, le « PCS (unifié)« , serait lui la faction associée au pouvoir. Mais nous avouons que notre connaissance de la situation actuelle du mouvement communiste syrien est quelque peu embryonnaire.

Quoi qu’il en soit, dans un récent communiqué (28 septembre), le Premier secrétaire du PCS (unifié), Husein Nemer, a fustigé la désinformation véhiculée par les médias occidentaux et « certaines chaînes du monde arabe« , ainsi que les menaces proférées et les sanctions décidées contre Damas par l’Amérique et l’Europe, se félicitant au passage de l’attitude ferme de la Russie, de la Chine et des pays du BRICS au sein de l’ONU.

Mais, dans le même texte, Husein Nemer déplorait le « recours à des méthodes sécuritaires dans le traitement des manifestations » et dressait une liste des « insuffisances du régime« , notamment en matière sociale et démocratique. Pour être clair, le PCS critique plus que jamais les orientations économiques libérales du régime, et aussi le monopole, ou l’hégémonie du Baas. Nemer affirme que son parti a soutenu dès le début les revendications en ce sens des manifestants, tout en condamnant leur rapide « manipulation par des religieux fondamentalistes et des groupes radicaux à l’idéologie obscurantiste« .

Pour le reste, les communistes syriens reprennent tout l’argumentaire du gouvernement sur les bandes armées équipées, armées et subventionnées depuis l’étranger.

Sur les réformes initiées par Bachar, le PCS salue l’annulation des lois d’urgence et l’autorisation de principe de manifester, ainsi que la nouvelle loi électorale et celle sur la création de nouveaux partis, sans oublier les travaux de réforme constitutionnelle en cours. Le PCS rappelle qu’il a demandé dès 2005 que l’Etat soit séparé du Parti Baas, et que soient mises en routes les réformes décidées voici trois mois.

Des analyses assez justes du régime et de l’opposition

Dans le cours de son très long (un legs du soviétisme ?) communiqué, Husein Nemer se livre à une analyse assez pointue et lucide, nous semble-t-il, des forces de l’opposition, pointant comme les plus actifs sur le terrain les « coordinations locales qui comprennent des groupes de jeunes n’ayant pas d’orientations ou de plans idéologiques communs clairs si ce n’est le slogan « A bas le régime !« . Mais Nemer n’oublie pas les Frères musulmans qui peuvent être, dit-il, « considérés comme le parti le plus actif et le mieux organisé dans le pays et à l’étranger« . L’opposition en exil est (bien) vue comme un « large spectre de partis très divers« , dont certains sont « patriotiques » car s’opposant à l’ingérence étrangère, tandis que d’autres ont « travaillé dur pour obtenir le soutien des forces étrangères colonialistes« .

En ce qui concerne le régime bassiste, Nemer estime qu’il est « cohérent et offre de grandes potentialités ». Le Premier secrétaire du PCS constate que "cinq mois après le début des événements, aucune des institutions de base (parti, armée, sécurité, institutions d’Etat, ambassades, organisations populaires, syndicats, le FNP) n’a connu de divisions" . Certes, comme dit Nemer, « le tableau n’est pas statique » et plusieurs scénarii possibles sont envisagés pour l’avenir : Nemer assure que la poursuite du « traitement sécuritaire » de la crise n’est pas la bonne réponse, et il espère une « avancée vers une solution politique à la crise« .

Un peu plus concrètement, le PCS (unifié) met son espoir dans un « dialogue constructif et loyal entre toutes les forces patriotiques et honnêtes (…) dans l’objectif à un accord ou à un plan de réformes radicales répondant aux besoins des masses populaires et des garanties sur la réaction d’un Etat civil laïc et démocratique s’opposant aux plans impérialistes et israéliens dans la région ».

Au-delà de la phraséologie marxiste-progressiste, on peut donc résumer la position des communistes syriens, de l’une et l’autre tendance, par un soutien résolu au gouvernement pour tout ce qui a trait à la politique internationale. En revanche, la crise en cours leur permet de faire entendre leur différence et de réactualiser des revendications déjà anciennes. De là à dire que les (lointains) héritiers de feue l’URSS les considèrent comme une solution de rechange au gouvernement actuel….

Des militantes du PCS devant le siège de la Commission européenne à Bruxelles, le 10 mai dernier

http://www.infosyrie.fr/decryptage/les-communistes-syriens-approuvent-le-veto-sino-russe/

11 octobre 2011


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