COMITE VALMY

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Point de vue

A propos de la Syrie
par Alain Corvez

mardi 25 octobre 2011, par Comité Valmy


Malgré les erreurs stratégiques désormais patentes de l’OTAN, c’est-à-dire des Etats-Unis et de ses alliés arabes et occidentaux dont la France est désormais la figure de pointe, et semblant ne tirer aucune leçon de la montée en puissance des islamistes en Tunisie, en Libye et en Egypte, sans parler des risques en Algérie et au Maroc, le complot pour renverser le régime syrien continue avec la perspective évidente d’un nouveau chaos dans une région encore plus stratégique que le Maghreb : au nom des libertés réclamées raisonnablement par des manifestants au départ pacifiques, la coalition occidentale soutient, finance et arme des djihadistes salafistes entrés maintenant par milliers dans le pays, sans doute pour y installer un régime démocratique !

Si le chaos s’installe en Syrie, et la chute du régime actuel ne pourrait déboucher sur une autre issue, c’est toute la région du Liban à l’Afghanistan, en passant par l’Iraq, l’Iran, le Koweït, qui se verra déstabilisée, les millions de Kurdes y trouvant leur intérêt ainsi sans doute que les chiites qui, du Liban à l’Iran en passant par les Etats du Golfe constitueront un axe pertinent mais menaceront la stabilité en Turquie d’abord, et partout ailleurs dans cette mosaïque ethnique et confessionnelle. Israël semble avoir pesé ces enjeux à leur juste valeur et s’inquiète désormais de voir vaciller un régime stable à sa frontière, dont il s’accommode fort bien depuis longtemps, menacer de laisser la place à des extrémistes incontrôlables.

Le Président Sarkozy, sachant le message de vérité que le Patriarche maronite libanais allait lui délivrer l’a à peine écouté, lui indiquant en termes à peine diplomatiques que les chrétiens d’Orient devaient se préparer à venir en Occident qui était prêt à les accueillir !Ce qu’a déclaré SE Becharra El Raï est pourtant vrai : pourquoi ne pas laisser le jeune Président Assad, qui a décidé et commencé d’appliquer un train de réformes démocratiques sans précédent dans aucun pays arabe, aller au bout du dialogue qu’il a entamé avec une opposition intransigeante sur ses principes mais nationaliste.

Des réformes qui ne sont pas des faux-semblants puisqu’il ne s’agit pas de changer la Constitution sur des détails, mais de rédiger entièrement dans un délai de quatre mois une nouvelle Constitution comme le prévoit le décret 33 du 15 octobre, qui devra ensuite être proposée au peuple par voie de referendum

Le décret 100 du 4 août 2011 autorise la création des partis politiques et définit leurs modalités de fonctionnement conformément à la nouvelle Constitution et aux principes démocratiques, excluant seulement qu’ils soient constitués sur des bases religieuses, confessionnelles, tribales ou soutenu de l’étranger. Le décret 101 fixe la loi sur les élections générales avec la création d’un « Haut Comité des Elections » chargé de veiller à la transparence des opérations.

Fin août des décrets, 107 et 108 ont porté sur la décentralisation administrative du pouvoir et sur la liberté de la presse et « désigne toute agression commise à l’encontre d’un journaliste, durant l’accomplissement de sa mission, comme une agression contre un employé de l’Etat. »

Plusieurs mouvements d’opposition ont marqué leur satisfaction indiquant que ces réformes prenaient en compte les mutations structurelles du pays tout en fixant le nouveau cadre de l’Etat.

On comprend donc que la démocratie et le bonheur des Syriens n’est pas le souci de l’Otan mais que, la décision ayant été prise à Washington, tous les moyens sont bons pour renverser Bachar El Assad, y compris l’alliance avec les islamistes, alliance que l’Amérique croit contrôler depuis sa lutte contre l’Union Soviétique en Afghanistan qui a engendré Ben Laden. C’est l’Amérique qui a financé la formation de djihadistes dans des écoles au Pakistan pour les envoyer ensuite de l’autre côté de la frontière combattre les Soviétiques.

On se demande désormais pourquoi car, comme écrit plus haut, cette politique de gribouille, ne peut qu’inquiéter Israël, déjà menacé par les changements en Egypte. Il se pourrait donc que les experts israéliens ramènent à la raison leur principal allié et financier.

Les Kurdes du PKK qu’Assad avait calmé contre la Turquie pourraient reprendre leurs agissements et depuis la mi-octobre l’Iran a commencé d’agir contre eux sur son territoire : l’AKP d’Erdogan n’a pas intérêt à soutenir comme il le fait les islamistes qui veulent prendre le pouvoir à Damas, animé par leur haine et leur désir de vengeance de l’écrasement de leur révolte de 1982 à Hama par le père de l’actuel président. Fin août à Damas, dénonçant les erreurs de son gouvernement, l’ancien Ministre de la Justice turc, Ismaël Muftuoglu, stigmatisait cette politique contraire aux intérêts de la Syrie mais également de la Turquie.

Quel intérêt la France a-t-elle à souhaiter le renversement de régime en Syrie, pays de longue tradition de proximité culturelle avec elle ? En 2009, 1.800.000 jeunes syriens ont passé le bac français et notre langue est obligatoire dans les écoles primaires, et première langue étrangère d’enseignement. La francophonie y est une marque de distinction et s’associe au prestige de notre histoire de luttes pour les libertés. Il n’est pas rare d’entendre la bourgeoisie damascène parler français entre elle au restaurant. Pense-t-on un instant que les islamistes qui prendraient inéluctablement le pouvoir si Assad devait tomber grâce à notre aide continueraient dans cette voie ?

Pendant ce temps-là, l’Allemagne, qu’on n’a guère entendue sur le sujet, a permis à SIEMENS de signer un contrat mirifique avec la Syrie, au détriment d’Alstom, d’EDF et d’autres sociétés françaises qui avaient de grands espoirs depuis le rapprochement que la France avait opéré avec l’élection du Président Sarkozy en 2007 jusqu’au brusque revirement de janvier 2011.

Un haut responsable des services de renseignements libanais indiquait récemment qu’ils évaluaient à 17.000 le nombre des combattants islamistes, entraînés et équipés, venant du Liban, de Turquie, d’Iraq et de Jordanie qui sont entrés en Syrie. On peut se faire une idée de leur valeur combattante en se souvenant des 3 mois de combats acharnés que l’Armée et les Forces de Sécurité Intérieure du Liban ont dû mener pour réduire leur soulèvement dans le camp de Nahr El Bared il y a deux ans. Un journaliste libanais estimait qu’ 1.500.000 armes étaient entrées en Syrie récemment soupçonnant Israël d’avoir financé ce trafic, à tort à mon avis pour les raisons évoquées plus haut, et je pencherais plutôt pour les officines arabes du Golfe habituées à ce genre d’actions.

En déclarant que la France n’expulserait aucun ressortissant syrien, le Quai d’Orsay a ouvert une boîte de Pandore dans laquelle vont pouvoir s’engouffrer des milliers d’immigrés clandestins, qu’ils soient Syriens ou Kurdes, prétendant être opposants au régime de Damas ou même Libyens, Tunisiens, voire Egyptiens qui ne sont plus contrôlés dans leurs pays en révolution et donc sans Etats ?

Alors, il est encore temps de se reprendre, comme semblent le faire certains Arabes : la venue mercredi prochain à Damas de la Ligue Arabe avec le Ministre des Affaires Etrangères du Qatar semble indiquer une inflexion de son attitude ; elle sera accueillie à bras ouverts par les autorités pour favoriser le dialogue entre toutes les composantes du peuple syrien a déclaré le Ministre adjoint des AE, Abdel Fattah Amoura.

Si une opposition farouche au pouvoir actuel à Damas est bien réelle, surtout dans les régions où l’islamisme a été férocement réprimé, s’il existe aussi une aspiration a plus de libertés et de démocratie de la part d’une partie de la population, il est sûr que la multiplicité sociale et religieuse du pays, respectée depuis toujours par le régime, voit d’un mauvais œil les attaques armées et considère que le mieux à même de réformer le pays dans le sens qu’elle souhaite est l’actuel Président, qui avait déjà avant les manifestations apporté des ouvertures administratives, financières et économiques, comme dans le domaine de la presse et d’internet. Bien entendu il faut davantage, mais le dialogue engagé avec l’opposition nationale et les mesures décidées vont dans le sens de ces aspirations. Laissons à cet homme formé intellectuellement en Europe, ouvert sur le monde le temps et les moyens de mener à son terme cette tâche difficile. Il le fera pour le bien de son pays mais aussi pour le bien de la région en lui évitant un chaos dans lequel seuls les extrémistes trouveraient leur bonheur.

La Syrie est une plaque tournante géopolitique : si le pays changeait d’orientation stratégique, les clivages confessionnels surgiraient avec leurs exigences fondamentalistes mais l’Iran chiite, l’Iraq qui le deviendrait encore plus, le Hezbollah du Liban ne perdraient rien de leur influence. Il y a peut-être un million de Palestiniens en Syrie, au moins un million et demi d’Iraquiens et les frontières sont poreuses ; d’ailleurs paradoxalement le Président Maliki est devenu l’allié d’Assad dont il a besoin de l’aide pour sa situation intérieure. Que deviendrait l’Iraq si les islamistes étaient à Damas ?

Si l’Occident qui se pare de toutes les vertus démocratiques veut réellement le bonheur du peuple syrien, ce n’est pas en prétendant que l’Armée tire sur le peuple qui manifeste qu’il l’aidera, mais en cessant de favoriser, voire de provoquer les attaques terroristes contre les militaires et policiers pris à partie par les djihadistes. Les morts par balles sont majoritairement des membres des forces de l’ordre.

Il faut au contraire favoriser le dialogue entre les autorités et les opposants sincères pour permettre de mettre en place les réformes démocratiques proposées par le pouvoir. C’est le message d’espérance que les chrétiens de Syrie et d’Orient ont tenté de faire comprendre à l’Occident, car eux savent bien ce qui les attendrait dans le cas contraire. Pourtant SE Béchara El Raï ne peut être taxé de suppôt du régime de Damas, lui qui a connu et dénoncé l’occupation de son pays par l’armée syrienne à une époque où l’Occident avait donné pratiquement ce mandat à la Syrie, à Taëf dans les années 90.Mais les conditions géopolitiques ont changé.

Alain Corvez

Résistance et Renouveau Gaulliste

24 octobre 2011


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