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Medvedev-Obama : du redémarrage aux menaces
Par Dmitri Kossyrev, RIA Novosti

dimanche 27 novembre 2011, par Comité Valmy


L’auteur de ces lignes sait après quels événements le président russe Dmitri Medvedev a pris sa décision définitive concernant la réponse de la Russie au déploiement du bouclier antimissile (ABM) en Europe. C’est arrivé à Honolulu, pendant le forum (et le sommet) de la Coopération économie pour l’Asie-Pacifique (APEC), où s’est apparemment tenue la dernière rencontre entre Barack Obama et Dmitri Medvedev en tant que deux présidents.

Etant donné que l’APEC concerne avant tout l’économie, on y parlait de l’adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et de beaucoup d’autres choses. Un seul thème n’a pas été abordé, l’ABM. Les deux présidents ont convenu de continuer à ne pas s’entendre sur ce sujet. L’idée a été émise d’inviter Obama à Moscou avant la fin de l’année. Et il s’est immédiatement avéré qu’il ne pourrait pas venir.

Quand on veut on peut ?

Il est assez rare dans la pratique internationale qu’une invitation soit formulée publiquement par une partie et rejetée par l’autre. Généralement, on s’entend sur ce genre de choses à huit clos, et si la visite est impossible personne n’annonce l’invitation publiquement. Cette histoire, à elle seule, indiquait déjà que quelque chose allait se produire. Et aujourd’hui nous savons ce que c’est.

Le côté technique des mesures annoncées par Dmitri Medvedev est un sujet à part. Chacun y voit ce qu’il veut voir.

L’agence Associated Press a titré que les missiles russes seront dirigés contre des cibles en Europe. En Russie on attire davantage l’attention sur le fait que les ogives nucléaires de ces missiles seront équipées de systèmes de franchissement de l’ABM. Bref, il y en a pour tous les goûts.



En s’éloignant du côté technique pour aller vers la politique, il est très important de noter dans le discours du président russe la phrase suivante : "Etant donné le lien indissociable entre les armes stratégiques offensives et défensives, la Russie pourrait avoir des raisons de dénoncer le Traité de réduction des armes stratégiques (START-3). C’est prévu par le fond même du traité."

C’est le résultat assez triste des deux mandats présidentiels en Russie et aux Etats-Unis : on voulait sincèrement s’entendre sur une question à première vue évidente, mais on n’y est pas parvenu. Et la principale réussite de ces relations n’est pas encore sabotée, mais elle est fortement menacée.

Encore une question d’argent

On se demande alors pourquoi ne pas ignorer l’incapacité américaine de renoncer à son obsession concernant l’ABM. D’autant plus que les experts russes de l’opposition qualifient les craintes de la Russie au sujet de l’ABM d’exagérées, en rappelant que ce système ne présentera de danger qu’à la troisième et dernière étape de son déploiement.

Mais beaucoup de facteurs incitent à prendre les décisions actuelles.

Ce ne sont pas les élections en Russie : la politique étrangère n’est pas un problème électoral clé. D’autant plus que le discours de Dmitri Medvedev ne réjouira pas forcément beaucoup d’électeurs, il ressemble plutôt à une nécessité désagréable.

En l’occurrence, il est plutôt question d’argent, et ce n’est pas l’argent russe. L’échec du "super-comité" du Congrès chargé de trouver un plan de réduction de la dette fédérale est le principal événement de la vie politique américaine cette semaine. Parmi d’autres conséquences désagréables de l’incapacité des deux principaux partis américains à s’entendre même au sujet de choses sur lesquelles il est impossible de ne pas s’entendre, il existe un aspect concernant le budget du Pentagone. Il s’avère qu’en raison de l’échec au Congrès, à partir de janvier 2012 le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta sera contraint de lancer le programme de réduction du budget du Pentagone de 450 milliards de dollars en 10 ans. Et en y regardant de plus près, on se rend compte que désormais il faut le réduire encore davantage.

Le monde change, pas les hommes

Il serait préférable que le discours d’hier de Dmitri Medvedev sur les mesures de rétorsion de la Russie contre les plans de l’ABM fasse en sorte que certains se demandent si l’ABM est réellement aussi nécessaire s’il irrite un pays qui pourrait être un bon partenaire des Etats-Unis ?

Après tout, à une certaine étape, Moscou était prêt à accepter une déclaration juridiquement contraignante attestant que l’ABM n’est pas dirigé contre la Russie. Autrement dit, un document aurait suffi, mais les deux pays n’ont pas réussi à s’accorder même à ce sujet.

Les Américains vont peut-être se poser la question aujourd’hui, ou peut-être pas.

Le fait est que le thème de l’ABM aux Etats-Unis vit une vie enchantée et peu rationnelle. Cela fait penser que le principal problème ne concerne pas les missiles, mais qu’il réside dans les têtes des gens.

Il faudrait compter combien de fois dans l’histoire des relations entre Medvedev et Obama Moscou a dû prétendre que même si tout allait mal, les pays se comprenaient et leurs vues ne divergeaient pas significativement.

La Libye, et le Grand Moyen-Orient en général, d’où les Etats-Unis semblent partir en laissant le chaos et les ruines. La Syrie et l’Iran à l’heure actuelle. Obama a déjà déclaré à maintes reprises que Moscou et Washington se comprenaient mutuellement au sujet de l’avenir nucléaire de l’Iran. Mais est-ce que c’est effectivement le cas ?

Alors pourquoi à chaque fois qu’apparaît la moindre chance de s’entendre sur un sujet avec Téhéran (telle est la position de Moscou), les Etats-Unis et leurs alliés adoptent immédiatement de nouvelles sanctions anti-iraniennes ? Ils ne veulent pas négocier ? Alors que veulent-ils ?

On pourrait rappeler encore beaucoup d’histoires, telles que l’affaire Viktor Bout (condamné aux Etats-Unis pour trafic d’armes). Ou le fait que les mots "rétablissement de l’URSS" sont perçus aux Etats-Unis comme un verdict, indépendamment de savoir si quelqu’un veut la restaurer ou non. Mais tout aboutit à la même conclusion : le refus même pas des gouvernements mais des sociétés occidentales de renoncer à la politique d’il y a 20 ans.

En réalité, le monde a déjà changé à deux reprises durant cette période. Les Etats-Unis et les pays de l’UE sont aujourd’hui en faillite et ignorent comment gérer leurs dettes. Des régions tout entières de la planète ne ressemblent plus à ce qu’elles étaient il y a seulement dix ans.

Or pendant tout ce temps chacun des trois présidents de Russie (de l’ancien ennemi de l’Occident), à savoir Boris Eltsine, Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, tendait, au début de son mandat, la main de l’amitié à l’Occident. Tous les trois, dans différentes situations, parlaient de la possibilité théorique de la Russie d’adhérer à l’Otan, si bien sûr l’Alliance tenait compte des intérêts sécuritaires de Moscou. Et à chaque fois on butait sur deux choses : la Russie correspond-elle aux normes occidentales ? Et dans l’affirmative, alors pourquoi devrait-elle s’inquiéter au sujet de l’ABM ?

Et c’est la raison pour laquelle nous sommes dans la situation actuelle.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction


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